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La lettre ouverte de Marc Ouellet
Mea culpa grinçant
Daniel Sénéchal
Tribune libre de Vigile
mercredi 21 novembre 2007      179 visites


Aujourd’hui, l’archevêque de Québec et primat du Canada, Marc Ouellet, y est allé d’une publication digne d’une boîte de positionnement stratégique malhabile en publiant sa lettre ouverte titrée : « Pardon pour tout ce mal ! ».

Évoquant son intervention à la commission Bouchard-Taylor qui a suscité diverses réactions, M. Ouellet remercie ceux qui lui ont envoyé des messages d’appui et il rend hommage aussi à ceux qui l’ont critiqué et à ceux qui l’ont porté à réfléchir, dit-il, ce qui a motivé sa lettre ouverte qui voudrait « prolonger la réflexion, dissiper les incompréhensions et inviter à une écoute réciproque dans un esprit de paix et de réconciliation. »

Il départage les réactions à ses déclarations devant la commission Bouchard-Taylor comme étant de deux ordres : les « enfin il était temps ! » et les « quel retour en arrière ? » Il tente de nous convaincre qu’il ne veut pas ramener le Québec aux années de Duplessis et il semble démontrer une certaine compréhension résignée du fait que « du point de vue sociologique et culturel, le pluralisme et la laïcité sont installés à demeure au Québec », allant jusqu’à se réclamer comme étant fier des accomplissements de cette société laïque dans ses réalisations en économie, santé, culture, services-sociaux, éducation, politique, etc.

Abordant le fait que le Québec jouit d’un niveau de vie enviable, animé par une culture de la liberté et de la tolérance dotée d’une d’une « belle ouverture » à l’immigration, ayant en outre du talent à revendre sur le plan artistique et culturel, l’archevêque enchaîne en se désolant d’une certaine quête de spiritualité qui languit et en se demandant si on pourrait imputer cela à l’autorité excessive de l’église ou le manque d’accès à de la formation si nécessaire à ces âmes supposées languissantes. Pour M. Ouellet, ce vide spirituel, « c’est le fruit de l’esprit du monde », qui, en éliminant Dieu, nous propose d’être nous-même le Dieu de notre vie.

Tout s’explique et se tient selon cet homme d’église : « la frilosité devant la procréation, devant la vie, compromet l’avenir du Québec et sa jeunesse cherche des modèles qui semblent lui manquer cruellement. » M. Ouellet nous convie à « un dialogue sérieux sur les valeurs et sur notre témoignage de chrétien pour redonner espérance et foi à l’âme québécoise. »

En regard de l’héritage religieux du Québec, M. Ouellet nous dévoile que son église ne manque pas de figures exemplaires, sans toutefois pouvoir les nommer et il se contente plutôt de rappeler que le pape Jean-Paul II a canonisé ou béatifié quatorze de celles-ci, en précisant toutefois que c’est un malheur qu’elles soient trop peu connues.

On entre dans le vif du sujet quand M. Ouellet nou dit qu’on accorde beaucoup trop d’attention au passif de l’église par rapport à sa contribution active à l’histoire et à la culture du Québec. Il réclame un regard plus juste et clairvoyant sur notre passé chrétien afin de nourrir la fierté et la confiance des québécois face à leur avenir.

S’inspirant d’un geste de Jean-Paul II dont il a été témoin à Rome en 2000, il invite les catholiques à un acte de repentance et de réconciliation et il reconnaît que le peuple québécois traîne une mémoire religieuse blessée. Cependant, M. Ouellet démontre sa méconnaissance face à l’univers philosophique ou religieux situé à l’extérieur de l’église catholique quand il nous dit que cette mémoire blessée des québécoises et des québécois bloque l’accès aux sources vives de son âme et de son identité religieuse.

N’ayant rien d’humble quant à moi, sa demande de pardon pour tout le mal causé par les religieuses et les religieux de son église ne me semble pas animée d’un sens très profond de contrition, elle est trop générale, en bref, sans substance.

Je connais personnellement un orphelin de Duplessis qui est maintenant âgé de 61 ans. Quand l’église de M. Ouellet le dédommagera et quand cette même église s’excusera auprès de lui et de ses semblables devant tous les québécois et le monde, là on pourra peut-être parler d’un acte de repentance et de réconciliation.

Pour revenir et conclure sur la communication de M. Ouellet d’aujourd’hui, elle est une plaidoirie pour le retour à l’enseignement religieux dans les écoles, précédée par une demande de pardon qui démontre un manque de sincérité patent.

Dans un autre genre de mea culpa, M. Stockwell Day, ministre de la Sécurité publique du Canada, a offert ses excuses pour la mort de Robert Dziekanski suite à l’intervention incompétente de quatre agents de la sécurité frontalière à l’aéroport de Vancouver le mois dernier.

Évidemment, il n’avait pas le choix en raison de l’appareil vidéo qui a capté cet événement et dont la bande vidéo fut diffusée à la grandeur de la planète. M. Day dit attendre dès cette semaine un rapport de l’agence des Services frontaliers du Canada.

On peut retrouver cette brève excuse de M. Day à la page 34 du Journal de Montréal d’aujourd’hui.

Maintenant, dans un autre registre, le Parti Indépendantiste n’a pas à faire d’excuses pour son programme élecoral d’accession à l’indépendance du Québec. Certains apôtres péquisto-souverainistes avancent que ce processus serait illégitime dans l’hypothèse où le Parti Indépendantiste prendrait le pouvoir avec une majorité de sièges sans une majorité d’électeurs.

Quant à moi, ce genre d’hypothèse de cette école de pensée attentiste s’apparente à spéculer sur le sexe des anges et je crois que l’avenir nous réserve bien des imprévus.

Je vais quand même, moi aussi, m’adonner à un petit jeu : avançons comme contre-hypothèse que le Parti Indépendantiste prendrait le pouvoir avec moins de 50% + 1 des voix, mais avec une majorité des sièges. Qu’est-ce qui empêcherait certains députés de d’autres formations telles que l’ADQ le PQ ou Qs - ceux-ci issus de comtés majoritairement souverainistes - de se joindre au Parti Indépendantiste pour la proclamation d’indépendance et la rédaction subséquente d’une constitution ?

D’autre part, je vous inviterais à regarder ce qui se passe actuellement au Kosovo pour vous faire comprendre qu’il y a différents moyens pour un peuple de se regrouper politiquement en vue d’acquérir son indépendance.

Une petite note en passant : en 1995, le oui l’a remporté à 60% chez les canadiens d’origine et on a perdu le référendum par la tricherie et les menaces de l’adversaire qui pouvait tabler sur l’entière collaboration de certaines communautés culturelles.

Face à cette réalité post-référendaire de 1995 dont le PQ semble incapable de se dépêtrer, notre stratégie de mobilisation consiste à mettre entre les mains des québécoises et des québécois un levier décisif pour l’avènement de l’indépendance de notre patrie.

Sur ce, vive le Québec libre !

Daniel Sénéchal
Montréal

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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