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M. Martineau,
J’ai trouvé d’un goût très douteux vos 2 chroniques sur Me Robert Lemieux en relation avec Maurice "Mom" Boucher publiées la semaine dernière et cette semaine.
Me Robert Lemieux est décédé le 21 janvier 2008 à l’âge de 66 ans. Dans la même semaine, alors que ses parents et amis, encore sous le choc, pleuraient sa disparation, vous vous êtes payé la traite, si je peux m’exprimer ainsi, sur sa personne, en mettant en doute son jugement et sa bonne foi dans le dossier de M. Boucher.
Cela ne se fait pas. Il me semble qu’il y doit y avoir quelque part une règle d’éthique qui commande une certaine réserve et un minimum de respect lorsqu’une personne vient de mourir et que ses parents et ses amis sont plongés dans le chagrin. Je comprends qu’à votre âge et dans votre situation de chroniqueur vedette, vous vous croyez immortel et vous ne semblez pas trop enclin à la compassion. Toutefois, en vieillisant et en acquérant un peu de maturité, vous allez vous rendre compte qu’on ne fait pas aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse à nous-même.
Lorsque vous allez mourir - un jour comme nous toutes et tous - essayez de comprendre et d’anticiper aujourd’hui un peu la réaction de vos enfants, de votre conjointe et de vos parents et amis, si vos ennemis - vous devez quand même en avoir un peu comme tout le monde - en profitaient pour vous crucifier et vous traîner dans la boue en mettant en doute votre bonne foi et votre jugement. Pour des raisons strictements humanitaires, je pense que vous avez raté là une bonne occasion de vous taire et de laisser braire, si telle était votre perception des choses.
D’autre part, moi qui ai cotoyé Robert Lemieux pendant de nombreuses années durant les années difficiles de la crise d’octobre 1970, je peux vous assurer que sa démarche dans le dossier de M. Boucher était parfaitement légitime et compréhensible si on la replace dans son contexte. Me Lemieux a déposé sa requête introductive d’instance le 21 décembre 2001, soit 3 jours après l’adoption par le Sénat canadien de la loi fédérale "omnibus" antiterroriste (le projet de loi C-36). Me Lemieux dénonçait depuis 1997 un bon nombre de dispositions de la loi fédérale sur le gangstérisme comme étant de dangeureux précédents en matière de violation des droits et libertés civiles.
Une analyse juridique du projet de loi C-36 déposé en novembre 2001 par 7 avocats sollicités par la Ligue des droits et libertés va dans le même sens, notamment la référence dans le texte de loi antiterroriste au terme de gangstérisme, donc forcément aux notions de gangstérisme en vigueur depuis la loi de 1997.
Je le sais fort bien, parce que Me Lemieux m’a téléphoné dans ce dossier pour connaître mon opinion, que son intention était d’attirer aussi l’opinion publique sur les conditions de détention particulièrement cruelles et inusitées de M. Boucher. Me Lemieux estimait, à ce sujet, que peu importe les crimes qu’on reprochait à ce monsieur, il avait droit, comme prévenu, à l’application égale de la loi et au même traitement que les autres prévenus. Cela ne fait pas de Me Lemieux un paria pour autant.
Enfin, il faut juger l’homme sur l’ensemble de son oeuvre. Robert Lemieux était un homme de coeur et de courage. Et c’était, il ne faut pas l’oublier, un avocat de la défense. Un des meilleurs du Québec. Comme disait Robert Badinter, avocat français célèbre et ancien Garde des Sceaux (ministre de la justice en France), le rôle de l’avocat de la défense est de défendre, de défendre et de défendre. Même ce qui, aux yeux de certains peut paraître, quelques fois, comme indéfendable.
Maurice "Mom" Boucher n’était pas, au sens commun du terme, un prisonnier "politique", c’est-à-dire une personne incarcérée pour des opinions ou des délits politiques,. Tous en conviennent. Mais, ses conditions de détention relevaient du politique beaucoup plus que du judiciaire. Robert Lemieux l’avait compris mieux que quiconque.
Pierre Cloutier ll.m
avocat
Me.Cloutier bonjour,
J’ai beaucoup apprécié la mise au point que vous avez faite à M.Martineau. Quand vous parliez de chroniqueur vedette, je suppose qur vous parliez de M"Martineau qui publie dans le Journal de Montréal. Je n’ai pas eu l’honneur de connaître Me. Lemieux personnellement mais, à 66 ans, avec le décalage du temps, cette période d’octobre ’70 m’a laissé en mémoire des souvenirs indélébiles de l’action de Robert Lemieux. Le problème à l’époque était que le grand public, dont je suis, n’était pas très bien informé des événements, en profondeur du moins. On connaissait ce que les médias voulaient bien nous dire. Ce n’est pas d’hier que l’information est biaisée.
Bref, bravo encore et en vous écrivant il me vient une idée. Ne serait-il pas pertinent, dans la mouvance politique actuelle, d’écrire une biographie de Robert Lemieux. Il est inconnu des jeunes, ils pourraient apprendre comment la politique peut être sale et tenter de détruire les hommes et les femmes qui lui font obstacle. Ils seraient peut-être plus enclins à prendre action pour leur assurer un meilleurs avenir et sortir de l’àplatventrisme. À part vous-même, vous devez connaître plein de gens qui l’ont côtoyé et qui pourraient apporter de l’eau au moulin. Qu’en pensez-vous ?
Merci encore pour votre mise au point.
Ivan Parent parivan07@videotron.ca

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