Maxime Bernier contredit Julie Couillard - L'ex-ministre jure qu'il ne savait pas

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Hélène Buzzetti
Édition du jeudi 26 juin 2008

Mots clés : conservateur, Julie Couillard, Maxime Bernier, Crime organise, Ministère, Québec (province), Canada (Pays)

Maxime Bernier a été chaleureusement accueilli par les Beaucerons hier à Saint-Georges.

Photo: Jacques Nadeau

Ottawa -- Qui de Maxime Bernier ou de Julie Couillard le public choisira-t-il de croire? Le ministre conservateur déchu a contredit hier soir son ex-conjointe en affirmant que jamais cette dernière ne l'avait informé de ses relations passées avec des membres du crime organisé.

Pour la seconde fois depuis qu'il a démissionné à titre de ministre, le député de la Beauce a pris publiquement la parole pour discuter publiquement de sa déchéance politique récente. Si M. Bernier s'était contenté de remercier ses électeurs lors de son entrevue radiophonique accordée à la station CHEQ il y a deux semaines, il s'est aventuré un peu plus loin hier en fournissant une partie de sa version des faits quant à sa relation controversée avec Julie Couillard.

«Est-ce que Julie Couillard m'a informé de ses liens passés avec des personnes impliquées dans le crime organisé?

La réponse est non. Elle ne m'a pas informé et jamais personne d'autre ne l'a fait, et ce, à quelque niveau que ce soit. Je ne savais de son passé que ce qu'elle avait bien voulu me dire. J'ai seulement été mis au courant des rumeurs concernant le passé de Mme Couillard le 20 avril dernier, soit quelques semaines avant que ces informations ne deviennent publiques. À l'époque, je ne fréquentais plus Mme Couillard.» Le passé de Mme Couillard, laquelle a eu 39 ans samedi, a été dévoilé publiquement le 7 mai.

Dans son entrevue accordée au réseau TVA, Mme Couillard avait pourtant affirmé avoir averti son amoureux très tôt dans leur relation. «Maxime [Bernier] était tout à fait au courant de tout», avait-elle dit. Elle avait même raconté que M. Bernier l'avait prise en pitié, reconnaissant qu'elle n'avait pas eu une existence «facile». Mme Couillard a fréquenté pendant quatre ans un collaborateur de Maurice «Mom» Boucher (qu'elle aurait d'ailleurs épousé s'il n'avait pas été assassiné en 1996), s'est mariée à un membre en règle des Rockers, en plus d'avoir fréquenté dans sa jeunesse un membre de la mafia italienne montréalaise et, plus récemment, en 2005, une personne devant beaucoup d'argent aux Hells Angels. C'est au contact de ce dernier qu'elle s'est intéressée à la sécurité dans les aéroports, comme l'a révélé Le Devoir.

Le bureau de Harper savait depuis plus longtemps

Les affirmations de Maxime Bernier soulèvent bien des doutes. En effet, plusieurs journalistes sur la colline parlementaire ont fouillé pendant des semaines le passé de Mme Couillard avant que ces informations ne deviennent publiques. Des appels à ce sujet ont été faits au bureau du premier ministre Stephen Harper bien avant le 20 avril. Plusieurs ici, à Ottawa, doutent qu'une fois l'entourage de Stephen Harper mis au courant de ces informations, celles-ci ne se soient pas rendues jusqu'aux oreilles du ministre concerné.

M. Bernier a fait une autre affirmation hier, celle-là à propos des documents oubliés à la résidence de sa conjointe, des notes préparatoires en vue d'un sommet de l'OTAN tenu à Bucarest les 3 et 4 avril derniers. «Le seul moment où je me trouvais au domicile de Mme Couillard en possession de ces documents, c'est le 4 avril dernier, lors de mon retour de Bucarest», a-t-il dit. M. Bernier a indiqué que ces notes n'étaient pas suffisamment importantes pour être numérotées, ce qui explique, selon lui, qu'aucun «signal d'alarme n'ait été déclenché» au sein de son ministère lorsque les documents ont manqué à l'appel. «Quant à moi, je n'ai pas remarqué que ces documents étaient manquants et je n'ai aucun souvenir de les avoir égarés.» Il a dit l'avoir appris le dimanche 25 avril au soir, la veille de sa démission.

Pour être bien certain que le message passe d'un bout à l'autre du pays, M. Bernier a répété ce passage de son discours, tout comme celui sur le passé de Mme Couillard, en anglais. Ce fut le seul moment où le député s'est adressé à la foule francophone dans la langue de Shakespeare.

Pourquoi Mme Couillard n'a-t-elle pas averti son conjoint immédiatement après le 4 avril qu'il avait oublié des documents chez elle? À cette question, M. Bernier n'a eu que son silence à offrir. Récemment, le gouvernement conservateur a fait circuler la thèse que ces documents avaient peut-être été volés par Julie Couillard.

Notons que M. Bernier confirme implicitement qu'il fréquentait encore Mme Couillard le 4 avril dernier. Or le bureau du premier ministre avait affirmé aux journalistes qui s'enquéraient de cette relation (avant qu'elle ne devienne publique) que celle-ci était terminée depuis longtemps. Dans certains cas, le mois de décembre était mentionné comme date de rupture.

Love in

Pour sa sortie très publique d'hier, Maxime Bernier avait choisi de s'organiser un love in. Une invitation avait été lancée sur les ondes radiophoniques de se rendre au Centre des congrès de Saint-Georges-de-Beauce pour un cocktail gratuit. Selon des participants, environ 1000 personnes étaient présentes, des sympathisants inconditionnels du député venus lui apporter leur soutien moral. M. Bernier a répété qu'il restait député conservateur. Il a fait plusieurs fois allusion aux valeurs beauceronnes de «liberté, de responsabilité individuelle et d'intégrité». «Dans toute cette histoire, je suis resté un homme intègre et responsable», a-t-il dit en haussant subitement le ton de sa voix. Il a affirmé que cette épreuve avait fait de lui «un homme meilleur». Mais, a-t-il ajouté, «je ne peux pas vous promettre de devenir parfait».

Son père, lui aussi un ex-député conservateur tombé en disgrâce à l'époque de Kim Campbell pour une allégation de favoritisme, était présent à l'événement. Gilles Bernier a même dit que toute l'affaire Julie Couillard était «une arnaque». Il n'a pas donné plus de détails.

Maxime Bernier a aussi informé son public conquis qu'il n'avait aucune intention d'étaler sa vie privée sur la place publique, même s'il a dit avoir appris que la frontière entre les deux sphères «est très mince» en politique.

Ainsi, M. Bernier n'a pas dit clairement depuis quand il ne fréquentait plus Mme Couillard. Il n'a pas dit non plus si celle-ci avait fait pression sur lui pour que la firme Kevlar, pour qui elle semble travailler, obtienne un plantureux contrat gouvernemental à Québec. Même mutisme au sujet d'une nomination fédérale que sa belle-mère a obtenue alors que M. Bernier et Julie Couillard se fréquentaient encore. On ignore aussi comment ils se sont rencontrés. Des informations laissent entendre qu'un dirigeant de la firme Kevlar les avait mis en contact.

Non seulement Julie Couillard a-t-elle provoqué la chute de Maxime Bernier, mais un conseiller du sénateur et ministre Michael Fortier, Bernard Côté, a dû démissionner pour avoir lui aussi fréquenté Mme Couillard et avoir subi de sa part des représentations en faveur de Kevlar.

Avant de quitter son ministère des Affaires étrangères, Maxime Bernier avait commandé une enquête sur la perte de ses documents secrets. Il a promis hier que les résultats de celle-ci seraient rendus publics. De hauts fonctionnaires du Conseil privé ont affirmé récemment que l'enquête serait terminée à la fin du mois de juillet.


Vos réactions


@ M. André Michaud - par Gilles Bousquet
Le vendredi 27 juin 2008 07:00

Ah les hormones!!! - par andré michaud
Le jeudi 26 juin 2008 15:00

Fortier s'en tire facilement - par jacques noel
Le jeudi 26 juin 2008 15:00

Le pauvre petit Bernier! - par Natalie Vielle
Le jeudi 26 juin 2008 14:00

Pas d'impact - par Jean Pierre Bouchard
Le jeudi 26 juin 2008 12:00

Les conservateurs nous prennent pour des imbéciles - par Roger Dion
Le jeudi 26 juin 2008 10:00

Totalement innocent ? Oui! - par Pierre Samuel
Le jeudi 26 juin 2008 08:00

Quel incompétent inconscient - par Pierre-S Lefebvre
Le jeudi 26 juin 2008 08:00

Maxime Bernier ne savait rien, vraiment ? - par Bernard Gervais
Le jeudi 26 juin 2008 08:00

C'est déprimant. - par Isabelle Lefebvre
Le jeudi 26 juin 2008 07:00

Quel zigoto! - par Michel Lebel
Le jeudi 26 juin 2008 06:00

"Il y a peu de chances qu'on détrône le Roi des cons". cf: Georges Brassens - par Gilles Delisle (gilles-delisle@videotron.ca)
Le jeudi 26 juin 2008 06:00

Seul son coiffeur le sait..... - par jacques noel
Le jeudi 26 juin 2008 06:00

Cela sent mauvais... - par Jean St-Jacques
Le jeudi 26 juin 2008 06:00

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