J’ai déjà dénoncé haut et fort dans une lettre à Vigile l’idée de Pauline Marois d’enseigner l’histoire et la géographie en anglais aux petits francophones. J’avais cru comprendre dans les jours qui suivirent qu’elle s’était rétractée et avait abandonné ce projet. On le voit maintenant, c’était mal connaître la « cheuffe ».
Ce qui me trouble profondément, c’est le silence – peu importe qu’il soit consentant, poli ou embarrassé – des partisans péquistes à l’égard de l’annonce officielle de leur dirigeante qu’effectivement, si elle est élue, elle verra à ce que l’histoire et la géographie entre autres s’enseignent en anglais à la fin du primaire. La réaction la plus défavorable jusqu’ici est venue d’une fédéraliste indéfectible, Lysiane Gagnon.
Pourtant l’affaire n’est pas banale ni sans conséquence. C’est le début très net de la bilinguisation de notre système d’enseignement. C’est renforcer le message déjà très présent que l’anglais est ce qui prime en matière de langue au Québec comme ailleurs. C’est entrer dans le processus qu’ont suivi les Franco-Américains depuis les années 1920 et qui a conduit à la disparition du français dans ce milieu qui a déjà compté près d’un million et demi de francophones : écoles française – écoles bilingues – écoles anglaises.
Madame Marois aura beau prêcher pour une nouvelle loi 101 (sans toutefois le CEGEP français obligatoire pour les non-anglophones, notons-le bien), si les élèves francophones initiés au bilinguisme intégral à l’école se tournent vers des produits culturels anglais (films, DVD, journaux, livres, etc.), l’avenir s’annoncera très sombre pour le français au Québec. Déjà que l’attrait de l’anglais chez les jeunes fait des ravages (dans la foulée des Simple Plan et autres Pascale Picard sous la bénédiction de Guy A. Lepage).
Récemment, Christian Dufour, un nationaliste très modéré, a senti le besoin d’alerter l’opinion sur les progrès importants du bilinguisme au Québec. De son propre aveu, ce sont les déclarations de Pauline Marois en faveur de « Québécois parfaitement bilingues » qui l’ont incité à écrire son essai Les Québécois et l’anglais, Le retour du mouton. Ce livre est plein d’analyses et d’interrogations sur la place présente et future du français chez nous. Le constat n’est pas particulièrement optimiste.
Pendant ce temps, que font les indépendantistes ? Font-ils semblant de ne pas entendre ? Se bouchent-ils les oreilles en même temps que le nez en s’apprêtant à voter PQ ? Ils se font grandement illusion. Comment croire qu’un gouvernement Marois 1- ferait avancer la cause souverainiste en ayant gardé le silence pendant toute la campagne sur ce sujet, 2- serait un bon défenseur du français en décrétant la bilinguisation des écoles ?
Pour ma part, je voterai selon mes convictions souverainistes et profrançaises, et ces convictions ne m’amènent pas vers le PQ à l’heure actuelle.
Claude Richard
Repentigny
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
