Ces « actions » ont-elles encore un sens valable par rapport à l’intention qu’elles portent ? Une marche « organisée » de quelques centaines de personnes est-elle convaincante ? Il me semble qu’elle peut même avoir l’effet pervers inverse, non ?
J’espère me tromper et j’avoue qu’une "journée" de protestation populaire comme le suggère Mme Moreno - j’ajouterais avec débrayages, boycotts... pour introduire du nouveau - me rallierait peut-être si elle était le fait d’une volonté CONCERTÉE - partis d’opposition, syndicats, groupes populaires... - car oui, je crois que les gens de bien des milieux et de bien des régions commencent à en avoir ras le bol de ces spoliations éhontées de notre âme et de notre butin. Mais alors, il faudrait que cet évènement soit si pertinent, si convaincant quant à l’objet et au moment proposé, et si "pluriel" que les gens s’y reconnaissent et sortent de chez-eux, genre « C’est plus fort que moi ! »
Ne dirait-on pas plutôt que les marches, les manifs et les pétitions ne font plus partie des mesures qui dérangent ou qui questionnent vraiment ? Ne les avons-nous pas d’abord épuisées puis balisées et banalisées ? D’où, aujourd’hui, chez-nous, ou bien les marches et les manifestations laissent le peuple et ses gouvernants indifférents et n’ont droit qu’à un entrefilet dans un medium ou bien elles irritent un peu piétons, automobilistes et commerçants ou pire, elles dégénèrent, sabotent l’objectif et entraînent la colère et la résistance de ceux qu’elles espéraient rallier. Quant aux pétitions – et Dieu sait que j’en ai signées et qu’il y en a encore tant et plus qui me sont proposées – elles restent le plus souvent lettres mortes et - si elles sont de papier – deviennent encombrement et nuisance pour la planète.
Depuis le début de mai jusqu’à sa fin, il y en a une et une autre - manifestations/marches/pétitions - qui s’annoncent, s’organisent et sollicitent l’engagement des mêmes personnes qui ne savent plus qui croire, quoi prioriser et où donner de la tête. Deux « grandes marches » de suite, les 18 et 23 !???, c’est sage ? « Qui trop embrasse... »
Aussi longtemps que nous nous fractionnerons ainsi, ceux qui devraient s’inquiéter feront les gorges chaudes tranquillement alors que ceux que nous aimerions voir joindre un mouvement de fierté et de résistance resteront passifs en se demandant à quels jeux nous jouons. Et regarderont passer la parade.
Pour ma part, je ne marche plus. « So/so/so »... je ne suis plus capable... tellement c’est usé et éteint ! C’était monté tout seul de la gorge des Polonais !, ce n’était pas un cri de perroquet ! Et je suis sur le bord de ne plus rien signer non plus. Parce que je finis toujours par déprimer devant les ballons dégonflés. Je me sens un peu comme lorsqu’au théâtre, les ovations deviennent mécaniques. Personnellement, je me lève pour ovationner si, en dedans de moi, ça lève ! Alors, le jour où une manifestation lèvera d’elle-même – je sais, il faut une autorisation et peut-être est-ce cette absence de spontanéité qui tue la ferveur – lorsqu’une manifestation lèvera, disais-je, spontanément de par une réaction du sentiment de dignité collectif sans avoir eu le temps d’être infiltrée par ceux qui aiment tout simplement la casse, alors, je la stimulerai moi-même dans ma rue.
Mais pour l’instant, IL Y A LÀ QUELQUE CHOSE QUI NE MARCHE PLUS ! Non ? Alors, à quoi bon s’obstiner à marcher avant d’avoir compris ? Avouons-nous-le. C’est quoi ? Je l’ignore. Pour faire un pain, il ne faut pas que la farine, le sel, le gras... restent l’un à côté de l’autre. Il faut que ça se mélange. Et si, une fois les éléments mélangés, le pain ne lève pas, alors, c’est qu’il n’y a pas de levain. Moi, je crois – et je sais que je me répète - que c’est la dispersion des éléments : énergies, discours, objets, organisations, évènements, qui tue. Et aussi l’insuffisance du levain, soit ce désir irrépressible du respect et du contrôle de nous-même et pour ce, d’un pays à nous, de notre Souveraineté.
« Quand les sauterelles se battent » dit un proverbe africain, « ce sont toujours les corbeaux qui se régalent ». Cessons de nourrir les corbeaux par nos divisions, nos éternels recommencements, nos tergiversations et nos incongruences !
Aussi longtemps que nous n’aurons pas cette envie plus forte que nos factions d’être dans le même rassemblement ou défilé... Et sans se regarder de travers... rien ne lèvera ! Et, avant de reprocher à tel groupe, tel autre groupe ou tel individu, de ne pas se rallier pour une manif, peut-être faudrait-il comprendre pourquoi il y a une telle résistance ou une telle lacune de désir ? Peur ? Épuisement ? Compétition ? Méfiance ? Absence de foi ?... Quand on levait d’un seul BLOC pour chanter "Viens, un nouveau jour va se lever" ou "C’est le début d’un temps nouveau"... avant l’élection de 1976, tous les ingrédients y étaient. Et l’unanimité. C’est à ça qu’il faut travailler, autour de nous. Jusqu’à ce que les manifs lèvent toutes seules. Et en ce sens, je trouve intéressante l’idée de Monsieur Laurence - renaissance du RIN - qui semble une idée de liaison plutôt que de multiplication ou d’opposition.
Bonne fête des patriotes quand même !


