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« Nous voulons vivre dans un pays qui se donne les moyens de rester petit… nous voulons vivre dans un pays qui n’est la colonie d’aucune compagnie… un pays qui enseigne à ses enfants que le monde est le territoire de ce que nous sommes… nous voulons vivre dans un pays qui se souvient que notre métier d’humain est de cultiver les liens avec ceux d’avant, ceux d’après. »
***
Ces phrases sont celles d’Hugo Latulippe, le réalisateur de la série
« Manifestes en série », comme dans Manifeste du FLQ. Le même Hugo Latulippe
qui a réalisé « Bacon, le film » où il illustrait l’échec de la stratégie de
conquérir les marchés internationaux grâce à l’établissement de
mégaporcheries, auxquels se sont opposés de nombreux groupes de citoyens
qui, tout en élevant la voix, ont commencé à se réapproprier la démocratie
au Québec. « Manifestes en série » est une série d’émissions qui porte sur la
multitude de projets de société qui se développent présentement au Québec
et qui sont le fruit d’initiatives de citoyens qui ont une vision
différente de la santé, de la culture, du transport, de l’alimentation, de
l’éducation et de l’agriculture. Des projets à notre dimension pour meubler le pays que nous voulons fonder.
Le Québec que présente Hugo Latulippe est très loin de la vision pessimiste dont fait preuve Paul Gérin-Lajoie dans le Devoir de ce matin, qui déplore l’absence d’un grand projet de société québécois. Selon Paul Gérin-Lajoie, cette « panne de leadership » serait le résultat de la dispersion de l’opinion publique, le fait de petits leaderships individuels, par quartier. Il n’y aurait plus de leadership global, comme il y en a eu par le passé, ce qui expliquerait l’absence d’un grand projet de société. L’éparpillement de la société québécoise serait causé par la multiplication des groupes communautaires de toutes sortes qui ont chacun leur objectif. S’ils se mettaient tous ensemble de façon ordonnée, intégrée, cela ferait un fichu beau projet de société. On le voit bien, Paul Gérin-Lajoie pense grand. « Think big », comme dirait Pierre Falardeau.
Une vision diamétralement opposée au flou artistique que nous présente Hugo Latulippe dans ses Manifestes, pour qui les projets les plus innovateurs au Québec sont d’abord le fruit de l’imaginaire de gens créatifs en marge des sentiers battus, plutôt que le résultat de l’initiative de gens d’affaires, d’avocats et de politiciens qui veulent s’en mettre plein les poches en pensant grand comme ce fut le cas avec les mégaporcheries. Comme ce serait également le cas avec les projets comme Rabaska et Gros-Cacouna.
Pour résoudre cette crise de la démocratie que dénonce Paul Gérin-Lajoie,
Hugo Latulippe proposait, à l’occasion de son récent passage à « Tout le
monde en parle », qu’il fallait remettre la politique entre les mains de
ceux qui ont des projets et l’enlever à ceux qui en ont fait un métier.
Faire confiance à ceux qui occupent de petites parcelles du territoire
plutôt qu’à ceux qui veulent se l’approprier pour de grands projets qui
rapporteront gros. Même s’il préfère réaliser des films, Hugo Latulippe
avoue que lui et son épouse, Laure Waridel, devront un jour où l’autre
s’impliquer en politique, pendant deux ou trois mandats, quand leurs
enfants seront plus vieux, car c‘est le devoir de ceux qui ont des projets
de vouloir les réaliser. Une promesse qui est de bon augure pour le pays
que nous voulons fonder !
On le voit bien, un jour, le pays ne sera plus l’otage de ceux qui pensent grand, il sera d’abord le fait de ceux qui veulent y vivre harmonieusement.
* Manifestes en série, le lundi à 21 h. et en reprise le jeudi à17h. au canal D.
Louis Lapointe
Brossard
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