« On ne peut pas risquer toute une région »

Maintenir la pression

Manif contre la venue du « pétrole sale » au Québec

samedi 26 janvier 2013

Chaussés de raquettes, de ski ou tirant un traîneau, des opposants au pétrole des sables bitumineux se sont donné rendez-vous sur les terres boisées et le massif des monts Sutton dans l’espoir de maintenir la pression contre la venue du « pétrole sale » au Québec.

Des membres du groupe Équiterre, Greenpeace, de comités locaux d’environnement et diverses personnalités publiques associées à la Coalition Eau Secours ont convergé vers ce petit village situé tout près de la frontière américaine.

Ces militants craignent de voir ressurgir une version atténuée du défunt projet Trailbreaker de la pétrolière Enbridge. L’entreprise voulait renverser le sens d’écoulement des oléoducs Sarnia-Montréal et Montréal-Portland. Cette inversion aurait permis de percer et d’obtenir de nouveaux débouchés notamment auprès de grandes raffineries américaines.

Pour mener à bien cette initiative, une station de pompage devait être construite à Dunham en Montérégie sur le tronçon de l’oléoduc entre Montréal, au Québec, et Portland, dans le Maine. Cette construction a été contestée et empêchée dans un jugement reconfirmé par la Cour du Québec.

Le projet Trailbreaker a été mis sur la glace, mais voilà que Enbridge a redéposé une nouvelle demande auprès de l’Office national de l’énergie (ONÉ). La pétrolière a même obtenu le feu vert pour le renversement d’une partie du pipeline situé en territoire ontarien entre Sarnia et Westover. Les plans d’Enbridge sont de mettre en valeur ensuite la portion entre Westover et Montréal.

Enbridge maintient toujours que son intention n’est pas de réactiver le projet Trailbreaker et que ses investissements de 3 milliards de dollars, annoncé en mai 2012 pour réactiver ses oléoducs et acheminer le pétrole de l’Ouest canadien vers les raffineries de l’Est font partie d’une initiative distincte.

« On ne peut pas risquer toute une région »

Équiterre y voit qu’une stratégie pour faire graduellement ce que la pétrolière n’a pu faire directement. Le morcellement des tronçons et l’obtention des approbations amènent ainsi tranquillement le pétrole de l’Ouest vers Montréal.

La manifestation de Sutton s’inscrit dans une logique de refus de faire de Montréal une portée d’entrée pour un éventuellement prolongement du projet plus loin au Québec.

Jean Binette, président du Comité de l’environnement de Dunham estime que l’idée de départ comporte des risques environnementaux difficiles à soutenir.

Il précise notamment que le pipeline qui traverse sa région, et qui était visé par le projet Trailbreaker, a été construit en 1950. Selon M. Binette, il n’y a pas de pipeline datant de cette époque qui puisse être considéré comme sûr en 2013. Il ajoute que lorsqu’il y a inversion du flux, les risques augmentent encore plus.

« On ne peut pas risquer toute une région, et même au-delà puisque le pipeline couvre Montréal jusqu’à la frontière du Vermont. N’importe quelle fuite importante pourrait se retrouver dans la rivière Yamaska, Richelieu ou le fleuve Saint-Laurent », a prévenu M. Binette.

Le président du comité de Dunham estime qu’il s’agit indubitablement d’un dossier politique, mais il se refuse à en faire un enjeu partisan.

« Nous avons fait des représentations auprès de tous les partis, et même jusqu’à Ottawa », a-t-il indiqué.

En février, Équiterre tiendra deux séances d’information publique sur l’arrivée des sables bitumineux au Québec. La première se déroulera le 6 février au Centre Roussin à Montréal et la seconde à l’hôtel de ville de Saint-Césaire, en Montérégie, le 11 février.

Et comme le sujet est dans l’air du temps, d’autres démarches s’inscrivent en marge du débat sur le retour d’un Trailbreaker modifié, les discussions sur l’arrivée du pétrole albertain se poursuivent. Le député de Québec solidaire Amir Khadir participera lundi à un débat-conférence intitulé « Sortir du pétrole : un choix incontournable » qui se tiendra à Québec.


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