Malaise
Je suis en mal d’aise
en cette prison constitutionnalisée
entre balivernes et fadaises
à m’aménager un avenir estropié
J’ai donc mal à mon pays
de part en part meurtri
souffrance dans ses possibilités
en train de se peaudechagriniser
J’ai mal à notre somnolence
à cette indifférence de nos déficiences
mal à nos atermoiements
si riches en égarements
J’ai mal à nos moindres affirmations
que dénaturent ces légions de polissons
mal à nos moindres parlures
qu’on travestit en bavures
Mal à notre angélisme héréditaire
qui a fait les délices centenaires
de ceux qui profitent et qui rient
de notre incorrigible bonasserie
Mal à notre presse
maladivement concentrée
qui ne fait que nous ballotter
entre culpabilité et navrante détresse
Mal à notre statut de province
engraissé à la dépendance
qui nous aiguille vers une décadence
qui mathématiquement nous évince
Mal à nos tergiversations
porteuses de génuflexions
mal à nos peurs séculaires
immortalisées dans notre reliquaire
Mal à nos sixièmes années
qu’on veut gaver de bilinguisme
plutôt que ne s’établisse
leur première langue parlée
Mal à nos ressources
qu’on laisse modiquement grappiller
pour qu’on nous abandonne en douce
un environnement défiguré
Lancinance de malaise généralisé
à boursoufler son imposture
en cherchant dans la fausse verdure
un nouveau sentier pour s’enliser
Mal à notre corruption bien implantée
qu’on cherche à soustapifier
dans une phobie du diaphane
digne de république de banane
Mal à notre quête de prophètes
peddler de solutions surfaites
qui nous amènent à gratter le fond
du baril de nos grandes illusions
Mal à cette sempiternelle dernière chance
que l’on donne à ce boiteux attelage
sans cesse en partance
pour un nouveau mirage
Mal à notre course effrénée
vers mille nulle part
à toute cette énergie dilapidée
sans entrevoir la moindre aurore
Mal à notre pierre à silex
orpheline d’étincelles
à notre personnalité complexe
à colonne de vermicelle
Malade de nous voir nous étioler
séduits par le chant de sirènes
qui nous susurrent de nous attabler
pour notre dernière cène
Malgré tout se nourrir de l’espoir
que par un bon matin
s’estomperont cette nébulosité sans fin
et cette manie suicidaire de surseoir.

