C’est pas vrai ! Claude Garcia récidive. Il la désire, il la veut, la privatisation de l’Hydro. Il en rêve, il en sue, il... (ok, je me censure avant que le webmaster ne s’en charge).
Ainsi, on devrait vendre Hydro-Québec pour payer la dette nationale québécoise, l’une des moins préoccupantes des pays industrialisés, ce qui sauverait, ajoute-t-il, 5 milliards par année au gouvernement ; l’électricité, vendue au prix du marché, coûterait au citoyen-client au moins la même somme annuelle globale, ce qu’il ne dit pas.
Mais c’est pas grave, puisque, toujours selon lui, on pourrait réduire les impôts d’autant. Environ 40% des Québécois ne payant pas d’impôts, qui bénéficierait du retour ? Cela non plus ne préoccupe pas Garcia. Vous remarquez bien qu’il s’agit de réduction d’impôts, pas d’amélioration ou d’augmentation des services publics. Aussi, dixit toujours le même, le Québec pourrait attirer de nouveaux investisseurs et accroître la prospérité générale. Tiens donc ! M. Garcia a-t-il mentionné quelque part que, bon an mal an, le Québec est exportateur net de capitaux ? Ce ne sont pas les capitaux mais les investissements autochtones qui manquent, pour des raisons trop longues à développer ici. Alors, dans ce jeu apparemment à somme nulle — sauf, bien entendu, pour les citoyens moins nantis — qui profiterait donc de cette privatisation sinon les nouveaux propriétaires privés ?
Au fond, M. Garcia, peut-être sans le savoir, vient d’administrer la preuve éclatante que l’étatisation de la production hydro-électrique a constitué le plus beau coup fumant de la Révolution tranquille. Voyons voir. L’étatisation a coûté 312 millions voilà 35 ans, ce qui représente au moins, en dollars actuels, 2 milliards et demie. Et quels seraient la dette nationale du Québec et son niveau de vie si nous n’avions pas, à cause de cette décision, mis au monde tous les sous-traitants qui ont fourni H-Q pendant toutes ces années et ainsi créé des dizaines de milliers d’emplois spécialisés très bien rémunérés, en même temps que nous avons ouvert les vannes, justement, à la formation de milliers d’ingénieurs, de techniciens, de professionnels de toute sorte, sans parler des milliards qui ont transité dans la multiplication des barrages et des centrales, sans mentionner les centaines de milliards épargnés par les consommateurs, ni de la justice distributive qui en a résulté puisque la consommation d’un kwh est la même à Matane, à Rouyn et à Montréal, ce qui a littéralement tiré les régions du désastre. Faut-il continuer ?
Ce qui, sur le plan économique, a sorti le Québec du sous-développement et continue à contribuer à son auto-suffisance et sa sécurité énergétiques, de même qu’à son développement économique, c’est l’étatisation de l’énergie hydro-électrique, que le Dr Hamel préconisait en 1935 et qu’un économiste québécois de la fin du XIXe siècle, dont j’ai oublié le nom, réclamait déjà.
Depuis quelques mois, on dirait que des âmes charitables, qui toutes veulent notre bien et vont finir par l’avoir si nous les écoutons, se décarcassent pour nous obliger, malgré eux, à nous ressouvenir de nos bons coups ; pour en mentionner seulement quelques-uns : l’Hydro, la Loi 101, la création d’un réseau national d’écoles secondaires publiques, des cégeps et du réseau universitaire de l’U. du Q., la Loi sur le financement des partis politiques, la création de la RAAQ, l’indemnisation des victimes d’accidents d’automobiles sans égard à la faute, l’assurance-hospitalisation, la "castonguette", etc.
Peut-être le temps arrive-t-il de songer à un nouveau 22 juin 60 ou à une nouvelle année 1962 ? Comme le répétait Jean Lesage, qui n’avait probablement pas réalisé jusqu’où cela mènerait : « Maîtres chez nous ! », ce qui, pour un ancien diplomate, sous-ministre et ministre fédéral, n’était pas piqué des vers. Cette fois, il faudra prendre l’expression au pied de la lettre, la mener jusqu’à sa conclusion ultime.
Raymond Poulin
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —



