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Magasinage électoral
Joseph Facal
Le Journal de Montréal
mercredi 10 janvier 2007


Je ne me rappelle pas d’une conjoncture aussi périlleuse pour faire des prédictions politiques que ce début d’année. Tant à Québec qu’à Ottawa, les électeurs savent qu’ils devront tôt ou tard acheter, mais ils ne semblent pas du tout impressionnés par la marchandise en vitrine.

Avant Noël, il semblait acquis que le gouvernement Harper tomberait au printemps. On entendait même dire que Jean Charest jonglait avec un étrange scénario d’élections hivernales pour essayer d’aller aux urnes avant son vis-à-vis fédéral. Rien de cela n’est très certain. Comme disait jadis Jacques Parizeau : ceux qui parlent ne savent pas et ceux qui savent ne parlent pas.

Depuis qu’un député libéral s’est joint aux conservateurs, ces derniers pourraient survivre à un vote de confiance avec l’appui du NPD, nonobstant ce que feraient les libéraux et le Bloc. Bien sûr, à première vue, conservateurs et néo-démocrates sont à des années-lumière les uns des autres. Mais avec la montée du Parti vert et le virage environnemental de Stéphane Dion, le NPD pourrait être laminé si des élections avaient lieu rapidement.

Il pourrait donc se montrer plus ouvert que de coutume envers les conservateurs et leur permettre de gagner du temps. D’autant plus que le Bloc semble être revenu de sa curieuse poussée de fièvre de décembre qui lui avait fait voir tout d’un coup des raisons fortes pour faire tomber le gouvernement Harper le plus vite possible Après tout, Jack Layton avait soutenu jadis Paul Martin. Pour le bien des Canadiens, bien sûr...

L’année 2007 marquera aussi, si ce n’est déjà fait, la fin de la lune de miel de Stéphane Dion. Il ne suffit pas de nommer son chien Kyoto et d’avoir fort adroitement présidé une conférence internationale pour faire oublier la maigreur du bilan environnemental des douze années de gouvernement libéral. Il fallait voir les mines d’enterrement des libéraux québécois lors du congrès à la direction pour comprendre qu’ils ne croient guère que c’est monsieur Dion qui les sortira du trou dans lequel ils sont enfoncés dans le Québec francophone.

Comptez aussi sur le Bloc pour citer abondamment les écrits passés de monsieur Dion à l’endroit du Québec. Le problème des intellectuels est qu’ils écrivent beaucoup et que les écrits restent.

Et à Québec ?

Avant Noël, nous pensions tous que le sort de Jean Charest était lié à celui de Stephen Harper. C’est en partie vrai, mais moins qu’avant. Bien sûr, un gouvernement Dion rappellerait brutalement à monsieur Charest que le magasin général à Ottawa est fermé. Mais Stephen Harper fait systématiquement baisser les attentes à propos du règlement du déséquilibre fiscal. Il n’a pas non plus fait la grande annonce sur la limitation du pouvoir fédéral de dépenser dans les champs de compétence du Québec que monsieur Charest attendait impatiemment.

Malgré cela, le taux de satisfaction du gouvernement Charest se redresse lentement, mais régulièrement. Les dossiers litigieux sont écartés les uns après les autres. Orford est en voie de devenir un lointain souvenir. On a acheté la paix avec les médecins spécialistes. La seule grogne organisée est celle des syndicats mais, historiquement, elle n’a jamais nui aux libéraux dans l’urne.

En misant sur la courte mémoire de l’électorat, sur les éléments positifs de son bilan, sur une ou deux autres bonnes nouvelles en provenance d’Ottawa, sur les incongruités du programme péquiste et en continuant à semer le doute sur l’opposition, la partie reste parfaitement jouable pour les libéraux. Il faut remonter à Jean-Jacques Bertrand, il y a près de quarante ans, pour trouver un gouvernement battu après un seul mandat.

Du point de vue des intérêts supérieurs du Québec, il faut surtout craindre l’élection d’un gouvernement, libéral ou péquiste, qui aurait reçu moins de quarante pour cent du vote populaire, ou encore d’un gouvernement qui, en raison du découpage électoral, aurait gagné plus de sièges mais obtenu moins de votes que le parti adverse.

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