Condamné par le doute, immobile et craintif,
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur,
Je parle à qui veut de mon pays fictif
Le cœur plein de vertige et rongé par la peur.
(Dédé Fortin)
Après 40 ans d’existence et plus, le PQ a réussi la quadrature du cercle. René Lévesque a quitté le Parti libéral en 1967 pour fonder le Mouvement Souveraineté-Association. Lire : un mouvement en faveur d’une confédération canadienne ou union de deux États associés économiquement, voire politiquement. Le RIN de Pierre Bourgault, résolument indépendantiste, s’est fondu dans le PQ naissant en 1968, mais combien à contrecœur. Rien n’a changé. Quelques indépendantistes parlent de ressusciter le défunt Ralliement pour l’indépendance du Québec pendant que le PQ abandonne l’idée, pour l’instant, de bâtir une union confédérale, telle que le pensait René Lévesque en 1968 et retourne carrément à l’affirmation nationale prêchée par Maurice Duplessis. Ce tournage en rond marque l’échec politique du Parti québécois.
Quelques rappels pour la compréhension des choses. Le référendum de 1980 n’a pas porté sur l’indépendance du Québec. La consultation populaire portait sur un mandat de négocier, avec le reste du Canada, une nouvelle entente constitutionnelle appelée « souveraineté-association ». René Lévesque a échoué dans sa tentative de réaménager le Canada.
La stratégie du « premier » Premier ministre péquiste était tout simplement suicidaire. Car, qu’on veuille l’admettre ou pas, René Lévesque a donné à ses adversaires référendaires l’arme pour détruire sa propre thèse. Pour réaliser une Confédération, il faut des États souverains. Le Québec ne l’étant pas en 1980, comment René Lévesque aurait-il pu arriver à négocier avec un autre pays (ici, le reste du Canada) le statut d’un État souverain associé, alors qu’il n’avait pas justement dans les mains ce statut d’État souverain ?
Pierre Trudeau avait raison de dire lors du référendum de 1980 : que le Québec fasse d’abord sa souveraineté (son indépendance ?) et, dans l’éventualité d’un Oui ferme et sans équivoque, le reste du Canada décidera, soit amicalement, soit par voie référendaire, si la thèse « lévesquiste » lui convient. Les Québécois ayant refusé ce mandat à Lévesque, il n’a eu d’autre choix que de revenir à un fédéralisme plus ou moins acceptable pour le Québec, ce qu’il qualifia lui-même à l’époque …de « beau risque ».
Lors des élections fédérales de 1984, le Parti québécois s’engagea à soutenir le Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney. Le Premier ministre québécois René Lévesque accepta l’offre du Premier ministre canadien et se lança à ses côtés pour les élections fédérales. Le Premier ministre québécois proposa alors à ses députés de renvoyer aux calendes grecques la souveraineté en échange de l’entrée du Québec dans la constitution, après consensus avec les autres premiers-ministres provinciaux.
Certains compagnons de René Lévesque refusèrent, on s’en souvient, de s’associer « circonstantiellement » avec les troupes fédéralistes de Mulroney. Jacques Parizeau, Camille Laurin, et plusieurs autres quittèrent la barque de René Lévesque. Pour eux, s’associer aux fédéralistes, c’était signer la mort du Parti québécois et surtout signer la mort de l’option indépendantiste. René Lévesque ne voulut rien entendre et persista dans cette union contre nature. Tout le monde connaît la suite.
Le 20 novembre 1984, le député de Deux-Montagnes Pierre De Bellefeuille quitta le caucus péquiste pour siéger comme indépendant. Il partit en déclarant qu’il jugeait impossible de continuer dans un gouvernement qui ne croyait plus en son but premier. Le 22 novembre 1984, le gouvernement péquiste éclata en mille morceaux. Le ministre des Transports, Jacques Léonard, démissionna pour protester contre les nouvelles positions du gouvernement péquiste (Il est maintenant député à…Ottawa). Denise Leblanc-Bantey faisait de même.
Quelques heures plus tard, le vice premier-ministre et ministre des affaires sociales, Camille Laurin, quitta à son tour le gouvernement. Le ministre des finances, Jacques Parizeau, numéro deux du gouvernement de Lévesque et véritable pilier de la cause indépendantiste, quitta à son tour le cabinet en déclarant que la religion ne peut survivre si le pape perd la foi. Deux jours plus tard, Louise Harel démissionna elle aussi. Denis Lazure, en voyage en Russie, démissionna à son retour. En tout, les troupes péquistes perdirent cinq ministres et trois députés d’arrière-banc.
Le passage de Pierre-Marc Johnson à la tête du PQ ne fit pas avancer la cause indépendantiste. Tout au contraire, l’éphémère Premier ministre, suite à l’échec de Lévesque, parvint tout au plus à présenter aux Québécois une « gibelotte constitutionnelle » qui ressemblait drôlement à du réchauffé. Il ressuscita l’affirmation nationale, thèse qu’il avait soutenue lors de la course à la chefferie à laquelle participait Pauline Marois.
Le retour en politique de Jacques Parizeau amena un éclairci aux indépendantistes. Les choses se précisèrent très rapidement. Celui-ci, un an avant le référendum annoncé pour 1995, promet, s’il prend le pouvoir à Québec, de faire un référendum, non pas sur un mandat de négociation avec le reste du Canada, non pas sur un mandat pour négocier la souveraineté-association (confédération) mais plutôt sur la souveraineté du Québec ou plus précisément sur l’indépendance nationale du Québec. Pendant la campagne électorale de 1994, le futur Premier ministre alla jusqu’à dévoiler aux journalistes, sans consulter personne, le libellé de la future question référendaire : « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain en date de…. ? Oui ou Non ? » Il n’y avait aucune équivoque. Question simple. Question très claire. Qui aurait pu faire la joie de Stéphane Dion.
Le Premier ministre Parizeau avait bien compris ce que Lévesque ou ses acolytes n’avaient pas saisi, ou n’avaient pas voulu saisir lorsqu’ils exerçaient le pouvoir : dans son esprit, il était impossible de créer éventuellement une Confédération canadienne, sans que les États associés soient d’abord des États souverains. Une seule des deux parties l’étant, il fallait donc, dans un premier temps, procéder à la création d’un nouvel État indépendant québécois. Parizeau avait vite compris que l’opération menant à l’indépendance et l’opération qui visait à une association avec un autre pays dans le but de créer une Confédération, ne pouvait pas se faire en même temps. Il fallait, dans un premier temps, que le Québec, librement et clairement, accède à son indépendance et ensuite, librement et clairement, tisse des liens économiques et peut-être politiques, avec le reste du Canada et les autres pays dans le monde.
A la lumière des événements, on peut dire que le référendum de 1995 a, somme toute, repris dans les grandes lignes, le scénario de 1980. A une différence près. René Lévesque promettait que tout changement constitutionnel serait approuvé ou rejeté par une autre consultation populaire. En 1995, cette possibilité fut tout simplement évincée par Parizeau. Le gouvernement, avec un Oui en poches, déciderait ce qu’il fallait faire pour la suite des événements. Et dans l’idée de Parizeau, cela voulait dire faire l’indépendance du Québec.
L’arrivée dans le décor référendaire de Lucien Bouchard et de Mario Dumont modifia la démarche de Jacques Parizeau. Le chef adéquiste Mario Dumont, loin d’être un souverainiste « très convaincu », tout comme son colistier « confédéraliste » Lucien Bouchard, voulaient que la question permettent de ratisser le plus large possible. Parizeau plia devant eux et signa, le 12 juin 1995, une entente confédérale devant la caméra. La nouvelle Trinité politique n’était pas une relation d’amour. Peu importe, le Oui gagné, le Père pourrait bien se passer du fils et de l’esprit pour réaliser son plan initial.
Mais cette entente du 12 juin 1995 était construite autour de quoi ? Il s’agit de lire la question référendaire pour se convaincre que cette entente ne portait pas, une fois de plus, sur l’indépendance du Québec, mais sur un mandat de négocier quelque chose d’extrêmement vague, quelque chose qui ne sera d’ailleurs guère expliquée, même pendant le débat référendaire. Sur ce, Parizeau ne fut pas fidèle à lui-même. En 1994, il avait promis, devant la face du Québec, de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec. En 1995, volontairement ou par astuce, il accepta de « ratisser » large et d’interpréter par la suite, à sa guise, les résultats obtenus, en vue de réaliser son rêve.
Laissez-moi vous raconter un fait. Il y a quelques années, j’ai demandé à un ancien Premier ministre péquiste, dans une conversation à bâtons rompus, de me répéter la question référendaire de 1995. Incapable de le faire, je lui rappelai (je sais toujours cette question par cœur) le libellé de la fameuse question. La voici, pour rafraîchir la mémoire des apparatchiks du « péquisme » de l’époque. « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente signée le 12 juin 1995 ? ». L’ancien Premier ministre m’interrompit alors que j’étais à débiter la question et que j’en arrivais au mot… « CANADA ». Celui-ci me coupa la parole et me dit : « Nestor, ce n’est pas écrit « après », mais « avant » dans la question. « Pardon, monsieur, c’est bien écrit dans la question : « après » et non « avant ». C’est ainsi qu’une petite « préposition » très anodine, changea le cours de l’histoire politique du Québec.
Je venais de comprendre, venant de la bouche même de cet ancien Premier ministre péquiste, qu’une fois de plus, en 1995, les Québécois ne s’étaient pas prononcés sur la souveraineté du Québec mais sur un mandat de négociation de souveraineté appelée dans les circonstances souveraineté-partenariat. Et que, dans les faits, rien n’était bien différent de la consultation de 1980, sauf le référendum promis par Lévesque pour sanctionner l’échec ou la réussite des négociations avec le reste du Canada.
La loi référendaire de 1995 stipulait que les négociations avec le Canada et les autres provinces ne devaient pas durer au-delà du 30 octobre 1996, sauf décision de l’Assemblée nationale québécoise. Il y avait donc dans la question référendaire un chèque en blanc accordé à l’équipe du 12 juin 1995. Un Oui permettait d’entamer des négociations avec le reste du Canada, et dans l’éventualité d’un refus, le gouvernement de Québec avait le mandat de proclamer unilatéralement son indépendance, durant l’année qui suivait le référendum.
Il faut bien se comprendre ici. En octobre 1995, les Québécois furent appelés à voter pour négocier une Confédération canadienne, mais dans les faits, les Québécois votaient aussi, par ricochet, pour que le gouvernement de l’époque déclare la souveraineté, sans les consulter à nouveau, advenant un échec prévisible des négociations avec les fédéraux. Certains ont qualifié cette astuce de « cage à homards ». A l’époque, j’avais parlé de brume référendaire. Le stratagème n’a pas fonctionné. Heureusement…
Ainsi, en 1995, les Québécois ont dit Non à cette démarche nébuleuse de la trinité politique œuvrant dans le camp du Oui. Ils ont voté Oui et Non à la question posée, 50/50, mais bon nombre de citoyens étaient dans… le brouillard. Quelques jours plus tard, un sondage vint confirmer mon appréhension. 52 % des personnes ayant donné une réponse affirmative à la question référendaire du gouvernement péquiste pensaient que leur Oui les faisait rester dans le.. CANADA. Peut-on proclamer la souveraineté nationale avec des gens qui ne savent pas, fondamentalement, à quoi les engage leur vote ?
Je considère toujours que cette façon de faire en 1995 n’était pas digne et n’est toujours pas digne d’un peuple qui aspire à la liberté. On n’enfonce pas dans la gorge d’une nation le choix de vivre complètement la liberté d’un peuple souverain. Il la conquiert et la porte, à la fois dans les joies et les contraintes. La liberté, c’est trop sérieux pour en faire un jeu de cache-cache.
Un autre rappel. Faisant une tournée européenne en 2001, particulièrement à Bruxelles, le premier ministre Landry avait évoqué une visite de l’un de ses éminents prédécesseurs, l’ancien premier ministre Robert Bourassa. Le chef libéral Robert Bourassa avait, en 1992, au grand dam de son entourage, évoqué la possibilité d’un référendum portant sur une souveraineté assortie d’une union économique avec le reste du Canada. Il avait dit alors que la question soumise pourrait se formuler ainsi : « Voulez-vous remplacer l’ordre constitutionnel existant par deux États souverains associés dans une union économique, responsable devant un parlement commun ? ». A l’époque, (que je m’en souviens !) le Parti québécois s’était royalement « moqué » à l’Assemblée nationale de cette formule de Robert Bourassa. Il réclamait un référendum sur la souveraineté et rien d’autre. Aujourd’hui, non seulement il s’est éloigné de la formule confédérale de Robert Bourassa, de René Lévesque et de Bernard Landry, mais il s’est dangereusement rapproché de la thèse affirmationiste de Duplessis et consorts.
Bernard Landry affirmait cependant en 2001, qu’il voterait Oui à la question proposée par Robert Bourassa lors de son passage à Bruxelles. Car, selon lui, le Parti québécois proposait à peu près la même chose, soit la souveraineté du Québec, assortie d’une forme d’union économique et politique (à l’européenne), avec le reste du Canada. Bourassa n’était cependant pas indépendantiste mais, il souhaitait, tout comme René Lévesque, une confédération canadienne, c’est-à-dire l’union politique et économique de deux États, soit le Canada et le Québec. Le PQ de 1995 proposait la même chose que Robert Bourassa. Personne ne peut contredire cela. Pourquoi les deux partis n’ont-ils pas fait alliance et permis au Premier ministre de l’époque (un Premier ministre libéral et rouge) de réaliser ce que tout le monde voulait, mais avec des mots différents ? La raison est simple : le Québec est la terre rêvée pour la politicaillerie et pour les assoiffés du pouvoir.
Depuis les départs de Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry et d’André Boisclair, le PQ semble sous respirateur artificiel. Le « nouveau » ( ?) Plan Pauline Marois (PPM) entend rompre, selon ses propres dires, avec l’immobilisme. Aveu sans équivoque que le Parti l’était depuis longtemps.
« Nous sommes convaincus qu’il faut passer de l’unique approche du tout ou rien à celle du toujours plus pour les Québécois. Nous voulons utiliser toutes les compétences du Québec pour faire avancer les Québécois », suggère le chef du PQ. Comme si tous les anciens Premiers ministres du Québec n’avaient pas essayé de faire la même chose. L’approche marois semble nouveau : elle est tout simplement le retour à des choses dépassées.
Que faire dit-elle ? Piger dans le passé politique atavique des Québécois et repartir les chicanes fédérales-provinciales, en combattant les intrusions du gouvernement fédéral dans les champs de compétence du Québec. Du duplessisme revitalisé. Encore, que faire ? Réaffirmer la primauté de la langue française au Québec, faire la promotion de la culture québécoise, promulguer une nouvelle loi 101 et faire adopter une Constitution québécoise. C’est ce que demandait Robert Bourassa en 1973, avec son concept de souveraineté culturelle. Rien de bien nouveau sous le soleil. L’a-t-on oublié ?
Déclaration de revenu unique en plus ? C’était le rêve de Maurice Duplessis. Il faisait toutes ses élections (et les gagnait) en répétant sans cesse qu’il fallait aller chercher notre butin à Ottawa. Jean Lesage disait la même chose avec son Maître chez nous. Et Daniel Johnson avec son Égalité ou indépendance. L’autonomisme prêché par l’ADQ va dans le même sens. Pauline Marois n’invente rien : elle vient tout simplement de se convertir au fédéralisme en se proposant comme championne pour défendre les intérêts du Québec. Le discours du p’tit frère d’Ottawa.
Le PQ a fait le tour du jardin. Les Québécois aussi. Et ils sont bien fatigués de toutes ces tergiversations, ces entourloupettes, ces têtes à queue interminables.
Ma réflexion personnelle est la suivante.
Dans le camp des fédéralistes, un fédéraliste est un fédéraliste. Dans le camp dits des souverainistes, un souverainiste n’est pas toujours un souverainiste. Un fédéraliste n’a pas besoin de se dire « convaincu » : il l’est. Dans le camp des souverainistes, il arrive qu’un souverainiste ajoute le mot « convaincu » à la suite du mot souverainiste. On est en droit de se demander s’il existe alors des souverainistes non-convaincus puisqu’il y a, à l’opposé, certains souverainistes qui prétendent être convaincus.
Les fédéralistes n’ont pas dans leur camp des fédéralistes étiquetés « purs et durs ». Ils le sont par le fait même qu’ils sont fédéralistes. Dans le camp souverainiste, il y a des souverainistes étiquetés « purs et durs » et des souverainistes à plusieurs étiquettes : mous, modérés, réalistes, mashmollow, gélatineux. Les « purs et durs » (exécrable expression !) du camp souverainiste proclament qu’ils sont plutôt indépendantistes que souverainistes. Les souverainistes qui ne veulent pas se faire appeler indépendantistes se considèrent comme des souverainistes arc-en-ciel ou tout simplement de souverainistes confédéralistes. Ils se démarquent des radicaux, des « purs et durs », et se disent « étapistes », modérés, kangourous. Ils sont des nationalistes plus ou moins mous, malléables, adaptables, manipulables. Ils sont des « duplessistes » déguisés.
Certaines personnes n’osent pas affirmer qu’elles sont souverainistes. Ils préfèrent dire qu’elles sont plutôt indépendantistes. Ces personnes ne tolèrent pas qu’on leur donne un autre nom que celui d’indépendantiste. Dans le camp souverainiste, les souverainistes voudraient bien que les indépendantistes s’appellent souverainistes comme tous les souverainistes, mais, les indépendantistes, pour ne pas sombrer dans l’anonymat de la bergerie souverainiste, gardent fièrement et toujours le titre d’indépendantiste. Ces indépendantistes, qui ne tolèrent pas d’être appelés souverainistes par ceux qui se disent souverainistes, se sentent souvent ridiculisés par ceux qui s’appellent souverainistes entre eux. Avec un sourire en coin, l’œil réprobateur, un brin d’ironie et de moquerie dans le discours, ils traitent les indépendantistes, qui ne veulent pas passer pour des souverainistes, de militants « purs et durs », des radicaux, des « caribous ».
Dans le camp fédéraliste, il n’y a qu’une seule Église. L’option fédéraliste ne comporte qu’un dogme politique. Il est clair et ne souffre d’aucune interprétation. Le Québec est dans le Canada et doit rester dans le Canada. Par contre, dans le camp dit souverainiste, les chapelles pullulent et chacune se sent porteuse de l’idéologie souverainiste.
L’option souverainiste a aussi de multiples grands-prêtres. Leur credo est changeant. Les interprétations sont fluctuantes et nébuleuses, souvent adaptées aux périodes politiques, au ton du discours des orateurs. Les croyances initiales dérivent constamment, éclatent régulièrement, disparaissent un certain temps et réapparaissent, un peu plus tard, avec une autre formulation.
Certaines branches souverainistes sont dites orthodoxes. D’autres plus molles et modérées, sont dites hétérodoxes. Certains, s’amusant avec les mots, proposent rien d’autre que de rester dans le Canada tout en jargonnant dans le coin qu’ils veulent le quitter sous la pointe des pieds. Ces gens veulent faire une Confédération canadienne. On connaît les grands-prêtres de cette Église réformée. D’autres, veulent quitter avec fracas. Opérer la cassure. Refaire à neuf. Quelques noms occupent toujours cette espace fondamentaliste. Ils louvoient dans les catacombes du paysage politique incertain.
Les fédéralistes n’ont jamais à remodeler leur discours. Il est toujours simple, lapidaire, concis. Le pays dans lequel ils vivent n’a pas besoin de grands changements. Tout au plus, un replâtrage occasionnel, une façade modifiée, des colonnes à déplacer. Les souverainistes ont toujours besoin d’un élagage de mots, de précisions dans l’expression, d’un dictionnaire pour expliquer à celui qui ose dire qu’il n’a pas très bien compris. Le lexique est confié à des apparatchiks qui, le moment venu, édulcorent le propos, agencent les périphrases pour ne pas éparpiller ou apeurer les brebis quelque peu récalcitrantes.
Les souverainistes qui se disent souverainistes sans être carrément indépendantistes et les indépendantistes qui se proposent de rester ce qu’ils sont sans rien concéder aux souverainistes, ne s’entendent guère entre eux. Ils sont souvent à couteaux tirés. On souhaite, à mots couverts, un conclave politique. Pour clarifier le discours, le centrer, le faire accepter par toutes les factions. Personne n’ose le convoquer. Et pour cause.
Pauline Marois a éloigné ce rendez-vous en biffant, sans consulter les militants de son parti, l’article I de son programme et en remettant en 2011 le Congrès général de sa formation politique. La démocratie, dont elle parle si souvent, ne semble pas s’appliquer à son action politique personnelle. Pour écarter les indépendantistes et ne conserver que les souverainistes de tout acabit, les stratèges lui conseillent de ne pas parler de son option et d’engager la bataille des chicanes fédérales-provinciale. La cage à homards est belle et bien ressortie et attend sur le quai de la future souveraineté. Le temps arrivé, on lancera l’attrape sur la mer bleue.
Madame Marois vise le poste de Premier ministre. Le poste de première femme, Premier ministre du Québec. Elle et les siens n’offrent maintenant, pour y arriver, qu’un changement de régime, une alternance rouge et bleue. Il n’est pas exagéré de dire qu’elle incarne un personnage que le chef fondateur de sa formation a dénoncé pendant presque toute sa carrière politique. Si René Lévesque revivait, que dirait-il, de celle qui occupe maintenant son poste et qu’on pourrait aisément appeler Madame Duplessis.
Ceux qui pensent – encore ! - que le PQ peut mener le Québec à son indépendance s’illusionnent grandement. Il a longtemps que j’ai compris que ce parti était du style caméléon. Adaptable, manipulable, calculateur et parfois intellectuellement et foncièrement malhonnête.
La dernière proposition Marois n’est qu’une reprise de ce qu’elle disait en 2003, en parlant de la souveraineté comme « toile de fond ». Les députés du PQ siègent, depuis quelques jours, sous une fausse représentation. Ils ne se battent plus pour le pays à faire. Ils se tuent à faire fonctionner le pays qu’ils voudraient quitter. En cela, ils imitent bien le petit frère bloquiste d’Ottawa, qui attend un prochain scandale pour faire sa prochaine campagne électorale.
Le Rapport Allaire de l’ADQ-Mario Dumont réclamait au moins le rapatriement de 22 pouvoirs pour le Québec. Le Plan Marois réclame maintenant beaucoup moins, tellement moins qu’il n’est pas exagéré de dire qu’il reprend la thèse de l’affirmation nationale de Pierre-Marc Johnson. Le PQ-Marois n’est qu’une pâle copie de l’Union nationale déchue.
J’ai personnellement abandonné le combat qui grugeait toutes mes énergies depuis plusieurs années. Le peuple du Québec n’a pas de nerfs et il aime ceux qui l’endorment, le dorlotent et lui font accroire tout ce qu’il veut bien entendre. Qui plus est, sa soumission est ancrée dans « les gènes » de son histoire. J’ai honte de ce qui nous est arrivé, de ce qui nous arrive. J’ai surtout honte de ceux qui se pavanent dans la bergerie péquiste et, rire en coin, pensent qu’ils ont pris le chemin de la liberté en proposant la reprise des vielles chicanes d’antan. Ils n’ont rien de courageux à proposer. Ils se contentent des faux-fuyants, des demi-vérités qui peuvent leur donner la joie du pouvoir. J’en vois saliver dans leur bureau de circonscription en ne pensant qu’à leur prochaine réélection.
Je vois le délabrement politique présent. Je vois mon peuple enchaîné, désabusé, délaissant les fibres de son âme profonde, à savoir sa foi et sa langue. Certains s’amusent à tisser ses chaînes en lui faisant croire que leurs gestes peuvent les en libérer. Pierre Bourgault disait avant de mourir que le parti de René Lévesque avait comme mission, non pas de faire mieux que les autres partis politiques (ce qui est assez facile…) mais de faire différent des autres partis politiques. Madame Duplessis a bien compris, que pour prendre le pouvoir, il fallait…faire comme les autres partis politiques : abandonner des convictions pour quelques randonnées en limousine. Désolé, je ne suis plus du voyage, Madame Duplessis !
Nestor Turcotte
Matane

