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Je me permets un petit commentaire supplémentaire sur la stratégie à suivre pour rallier la majorité francophone autour du projet national québécois. Cela constitue une ultime critique, en fait, du trait d’unionisme-souverainisme. La stratégie du trait d’unionisme-souverainisme, par nature, est conciliante, mais quiconque a une expérience directe ou savante des grands changements sociétaux, sait pertinemment qu’ils ne se font pas de cette manière, mais bien en construisant un rapport de force autour d’un projet polarisant. La société vénézuélienne, par exemple, est une société en révolution, démocratique, mais polarisée.
L’indépendantisme, donc, doit agir sur ce front, celui de la polarisation de la société québécoise visant à consolider la conscience nationale québécoise. La nation, pour moi, ce sont les francophones, je ne parle donc pas, habituellement, de la majorité francophone, mais bien, plus simplement, de la nation québécoise. Les anglophones, eux, n’en font pas partie, ils font partie de la nation civique, territoriale, mais pas, par sentiment, de la nation québécoise. Le cœur du problème, donc, est, pour la nation québécoise de battre, sur son territoire, le Québec, le bloc canadien.
Pour ce faire, il faut franciser les écoles, et, puisque la charte canadienne empêche de le faire légalement, il faut refuser de reconnaître la charte canadienne, ce qui est faisable, dans la foulée de la non-reconnaissance explicite et assumée de la constitution canadienne, que le Québec n’a pas signée, puis, comme je le mentionne dans le texte (http://www.vigile.net/Le-souverainisme-est-mort-vive-l), il faut refuser de conférer des privilèges à la minorité anglophone, au bloc canadien. Ce « désencarcanage » permettra d’être souverain sur la question linguistique québécoise. Évidemment, cela implique un combat, donc, une stratégie de polarisation, et non de conciliation ; c’est là une autre différence, essentielle, entre le souverainisme-trait d’unionisme et l’indépendantisme.
Cette polarisation, je crois, pourrait catalyser la prise de conscience nationale, de la nation québécoise, et peut-être même permettre d’aller chercher une majorité démocratique, car, tout compte fait, le bloc canadien et uni, consolidé, tandis que la nation québécoise, elle, est désunie, divisée ; l’unité de la dernière est donc la clé de la victoire nationale indépendantiste. La menace de francisation de ce bloc ne peut le consolider, car sa consolidation est déjà saturée. Ils ne peuvent donc pas faire de gains à ce niveau, mais seulement par l’anglicisation migratoire, et par la division de la nation québécoise. Ce sont leurs deux axes de déstabilisation, de lutte contre la nation québécoise.
Pour mener à terme cette stratégie, sans nier l’apport important de certains indépendantistes de longue date, il faut cependant qu’une élite indépendantiste nouvelle, jeune, se lève. Je suggère qu’elle exclue officieusement des rôles de leadership politique public les plus de 40 ans, tout en les incorporant dans des fonctions subalternes ou de conseil. Bien sûr, les fils à papa ne sont pas non plus les bienvenus, le but n’est pas de former une élite politique jeune, mais bien une élite politique de l’indépendance. Cette nouvelle élite devrait aussi avoir un horizon de moyen-long terme, car il est clair que le ressac de la fin de l’ère souverainiste empêchera toute entreprise réussie dans le sens de l’indépendance à court terme.
Pour répondre à M. Turcotte, je dirais donc que ceux qui vénèrent leurs chaînes, au Québec, ce sont ceux qui insistent pour réserver des privilèges à leurs maîtres, aux Anglais, au lieu de les contester, et que le réalisme aristotélicien, pour sa part, de M. Perry (http://www.vigile.net/Le-souverainisme-est-mort-vive-l), devrait avoir la lucidité de reconnaître la différence entre le ressac qui accompagne la fin du souverainisme, et la fin présumée de la nation québécoise. Finalement, je dis : Non, vous avez tort. Le ressac n’est pas la fin, c’est un creux, un trou caché, duquel naîtra, à l’écart de l’érable rouge, la lys, bleue de liberté. Ce qui manque au Québec, ironiquement, c’est un bûcheron, dont la hache est bien aiguisée, et qui sait comment faire tomber un érable à l’automne de sa vie. Ce bûcheron, chers Messieurs, c’est l’Indépendantiste.
Et rien n’empêche, admettons-le, un bûcheron moderne d’avoir de fiers goûts floraux, ni de les teindre des couleurs de la liberté, ni de les rendre féminines, par amour pour la nation*. C’est Josué, ô Théologien, qui a été jugé digne de conquérir la Terre Sainte, alors que Moïse était mort, lui, sur le Mont de l’Horizon, le regard porté vers la Promesse du Destin.
Ma génération fera l’indépendance du Québec. S’il faut le jurer, tel Bolívar sur le Mont Sacré de Rome, par le Dieu du Christ, Père des Hommes, je le jure : Ma génération fera l’indépendance du Québec. Le Père, bien sûr, est une métaphore de l’Absolu, de la divinité ; il trône, Souverain, Puissant, au-delà des paganisteries de l’Église catholique, au-delà des fétichismes islamiques, il est, par lui-même, Sublime, Indépendant.
David Poulin-Litvak
* Le mot lys, en français, est féminin, et le lys est une fleur, je crois, habituellement blanche.
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
Monsieur Poulin-Litvak,
L’important est d’y arriver. Tout le monde ensemble. Vous avez tort d’en faire une question de génération. Le sort d’André Boisclair devrait vous inspirer à ce sujet. On avait fait la promotion de son atout majeur, disait-on : son âge. Vous avez vu ce qui est arrivé.
Dans une cause de cette nature, qui consiste à renverser l’ordre établi, le talent de tous est requis.
L’indépendantisme est un geste de jeunes adultes, justement indépendants. Quel âge avaient les baby-boomers quand le souverainisme était à son age d’or ? Ma mère, parmi les plus jeunes de sa famille, nombreuse, avait, en 1976, 30 quelques années, et les plus vieux de sa famille, eux, devaient avoir un peu plus de 40 ans. Il faut être complètement ridicule pour prétendre que les aînés feront l’indépendance du Québec.
L’indépendance est un geste d’avenir.
Remarquez cependant que je ne suis pas idiot, je sais bien que les germes de l’avenir sont dans le passé, mais, ce qui est sûr, c’est que le leadership politique lui, importe. Je ne parle donc pas ici, par exemple, d’avoir un parti de jeunes, mais un parti dirigé par une élite montante. Comment voulez-vous que le rêve indépendantiste se réalise si, en plus d’avoir une démobilisation générationnelle, il y a une décapitation générationnelle ?
Boisclair était l’exemple typique du fils à papa. En fait, je doute que l’on puisse trouver au PQ – parti, selon les dires prophétiques de Vincent Lemieux, quand même l’un des plus grands politicologues du Québec, du baby-boom – qui que ce soit de jeune qui ne soit pas un peu fils à papa. Dumont, lui, je ne saurais le situer de manière tranchée, mais il n’a pas l’intelligence pour mener le Québec à son indépendance.
La véritable question que l’on doit se poser, c’est à savoir si c’est encore possible sous l’empire de la génération du baby-boom, qui est encore la génération dominante au Québec. Ma réponse, mon impression, c’est que non. Il faut attendre que cette génération passe, ce qui est triste, certes, ou, peut-être, que ces élites montantes prennent rapidement le dessus, et rallient par miracle le post-baby-boom et, en partie, le baby-boom.
Disons que le réalisme m’oblige à me fixer un horizon un peu plus long pour réaliser ma promesse. Mais, de toutes les manières, cette construction débute, selon moi, avec le constat lucide d’échec de M. Turcotte, mais il y a du travail à faire pour ériger les poutres et charpenter le Québec indépendant. Notons cependant, je le précise, que la rupture dont je parle, est une rupture d’élites, pas une fracture générationnelle.
Instinctivement, les plus âgés savent que Mme Marois, par exemple, ne pourra jamais mener le Québec à son indépendance. Ce sera peut-être, peut-on croire, la première et la dernière première ministre du PQ. Si c’est le cas, on a huit, au moins, en date de sa prise du pouvoir, avant qu’un parti indépendantiste puisse prendre le pouvoir. Sinon, si Dumont ou le clown restent au pouvoir, c’est la même chose, on a au moins huit ans à attendre.
Il faut donc, pour être réaliste, fixer un échéancier sur, au moins, huit ans. Peut-être, c’est mon espoir, que QS, ayant un leadership bicéphale, pourrait incarner la dualité post-baby-boom et baby-boom. Ce parti, cependant, si c’est pour être le cas, est pratiquement à refaire. Mais il y a quand même là un fondement qui pourrait être intéressant d’explorer. Il y a de bonnes idées, de bons débuts d’idées parfois, des intentions qui méritent attention.
Voici par ailleurs, un article intéressant (2005) sur la question générationnelle et l’appui à la souveraineté. Il démontre, en fait, que la thèse de la démission nationale des jeunes n’est pas sociologiquement fondée : http://www.ledevoir.com/2005/10/20/92982.html
Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une tendance lourde, le destin national, malgré les fluctuations courantes, obéit à des logiques sociologiques profondes, à ce genre d’impératifs qu’on appelle parfois des impératifs de l’histoire.

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