À l’occasion du dernier débat télévisé des trois candidats à la mairie de Montréal à Radio Canada, Richard Bergeron a manqué de grandeur en mettant Louise Harel et Gerald Tremblay dans le même sac. Celui de vieux politiciens corrompus. Il se prétend être le seul Monsieur propre. Pour l’être vraiment, il faut d’abord avoir traversé de longues années en politique active, au cœur du pouvoir, sans jamais avoir été entaché par aucun scandale, aucune collusion. Sans jamais avoir été tenté par la moindre corruption. Ce n’est pas le cas de Monsieur Bergeron. Il n’a jamais été à l’épreuve du pouvoir.
Si effectivement, Harel et Tremblay ont en commun de longues années en politique active, ils n’ont pas le même sens de l’éthique ni celui du leadership. Richard Bergeron n’aurait pas approché Louise Harel pour l’attirer à son parti si à ses yeux, elle était une politicienne corrompue. Je comprends pourquoi Madame Harel a finalement décidé de ne pas s’associer à Bergeron. Il n’a pas eu le leadership nécessaire devant les fédéralistes de son parti pour leur faire accepter qu’avec son expérience politique et ses idées pour Montréal, Madame Harel était digne d’être invitée à leur congrès du printemps dernier. J’ose présumer que Monsieur Bergeron craignait que le leadership de Louise Harel lui fasse de l’ombre.
Madame Harel, elle, a accueilli dans son parti des candidats de filiations politiques différentes. Mais aussi des anglophones, des allophones. Avec elle, Montréal sera la ville de tous les montréalais. Nous sommes en campagne électorale municipale et toutes les bonnes idées au service de Montréal et des montréalais sont les bienvenues. Que les porteurs de ces bonnes idées soient fédéralistes ou souverainistes. Anglophones ou francophones. Si Richard Bergeron et les membres de son parti n’ont pas été capables de faire cette nuance de taille, cela discrédite à mes yeux leur programme et leurs projets.
Dans les trente dernières années, Louise Harel a su gagner le respect de toute la classe politique. Sa nomination comme première femme présidente de l’Assemblée Nationale en est une preuve. Par ailleurs, au delà de son habileté politique, Louise Harel est une femme de cœur et de service. Elle aime les gens et beaucoup de gens l’aiment. Des milliers de québécois, des citoyens ordinaires, quelques soient leurs alliances politiques, sont témoins de sa grandeur par des milliers de services qu’elle a pu leur rendre dans le cadre de ses fonctions de députée. Aussi, comme ministre de différents ministères et comme porte-parole à l’opposition en plusieurs matières.
Dans la nouvelle équipe de Madame Harel, certains sont revenus à la politique active pour l’accompagner dans son grand défi. Celui de fonder la politique municipale montréalaise sur des bases d’éthique solides. (Mais aussi pour des projets visionnaires qui concernent tous les montréalais). Elle n’a pas attendu les grandes révélations des médias pour annoncer dès le début de sa campagne son intention de faire le grand ménage. Louise Harel n’a pas hésité à se détacher de son propre lieutenant aussitôt que les accusations le concernant ont été confirmées par lui-même. Et si Harel a insisté pour accuser l’équipe de Tremblay d’avoir orchestré la démission de Labonté, ce n’est pas pour détourner l’attention sur le vrai scandale comme certains commentateurs ont avancé. Mais pour apporter un fait qui en dit long sur les méthodes du parti de l’Union Montréal. De son côté, Labonté a le mérite, contrairement à Gérald Tremblay, de ne pas s’acharner à contredire les évidences de collusion que Tremblay lui-même a fini par reconnaître. Si le maire sortant de Montréal n’a pas eu l’intelligence de démissionner de la course à la mairie, j’ose espérer que les montréalais seront très nombreux à lui montrer la sortie.
Si la politique, d’après Paul Valéry, c’est l’art de se servir des gens, ça serait aux gens, aux montréalais de se servir de la politique, ce premier novembre 2009, pour faire de l’art. L’art de ne plus se faire avoir. L’art de nettoyer la vie municipale montréalaise de la corruption qui l’étouffe. L’art d’embellir l’histoire de cette ville que nous aimons tant, en mettant à sa tête une femme au dessus de tout soupçon.
Mohamed Lotfi
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