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Louis Cornellier, fin bricoleur d’idées
Michel Lapierre
Le Devoir
samedi 4 avril 2009


« L’objectif : le meilleur bricolage possible. » On ne s’attend pas à lire ce mot d’ordre dans un traité de rhétorique. Les auteurs de livres sur l’argumentation visent d’ordinaire la rigueur absolue. Le mot est pourtant de notre collègue Louis Cornellier, chroniqueur dont le maniement efficace des idées est devenu une seconde nature. L’essayiste narquois défie les ratiocineurs en déterrant une vieille évidence : « On ne saurait convaincre en ennuyant. »

Son petit manuel L’Art de défendre ses opinions expliqué à tout le monde constitue certes un ouvrage sur les manières les plus logiques d’argumenter par la démonstration, la délibération ou la réfutation. Mais il est surtout une courageuse réhabilitation de l’appel aux valeurs, parfois même de l’appel modéré aux sentiments ou à la tradition.

Les références aux faits, l’enchaînement rigoureux des idées, la pertinence des exemples ne suffisent pas. Convaincre, c’est amener quelqu’un à voir les choses comme il ne les avait jamais imaginées. C’est créer un nouveau monde dans la tête de l’interlocuteur.

Et cela ne peut se faire par une seule formule. Initier l’adversaire à une façon inattendue d’appréhender le réel suppose l’emploi de moyens de toutes sortes : preuves, illustrations, subtilités, voire ruses.

Cornellier est si conscient de l’extrême richesse d’un art véritable de la persuasion qu’il tient à le distinguer de la simple « logique formelle » et de l’« argumentation en laboratoire telle qu’elle n’existe pas dans la vie courante ». Ce qui le pousse à fixer la règle d’or qui rend son livre irremplaçable : « Argumenter ne signifie pas démontrer de façon absolue et définitive, mais plutôt bricoler un raisonnement à l’aide d’arguments dont la somme contribue à la plausibilité de sa thèse ou opinion. »

En faisant un examen très critique des nombreux stratagèmes que Schopenhauer, maître du cynisme, énumère dans L’Art d’avoir toujours raison, oeuvre posthume de 1864, Cornellier retient notamment le principe suivant : « Ce que l’on veut démontrer on le met à l’avance dans le mot. » C’est dire qu’il n’y a pas de débat stimulant sans un minimum d’éloquence.

Et il s’agira, le plus souvent, d’une éloquence de tous les jours. Voilà ce que Cornellier a certainement à l’esprit lorsqu’il rappelle que, « sans une solide culture générale et une attention constante portée à l’actualité », la meilleure méthode de persuasion finit par être vaine. On n’insistera jamais assez sur le fait que les arguments qui ébranlent suggèrent des mondes.

***

Collaborateur du Devoir

***

L’Art de défendre ses opinions expliqué à tout le monde

Louis Cornellier

VLB

Montréal, 2009, 112 pages



Source
http://www.ledevoir.com/2009/04/04/243718.html




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