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Le 12 février, Le Devoir publiait une lettre écrite par trois étudiants universitaires portant évidemment sur le mouvement étudiant. Le titre est révélateur : « Étudiants et classe moyenne : même combat ! » En somme, ils appelaient la classe moyenne du Québec à appuyer la lutte des étudiants contre le dégel des frais de scolarité et le désengagement de l’État en éducation.
Nul n’est mon objectif ici de prendre position en ce qui a trait au financement de l’éducation et à son accessibilité. Je souhaite plutôt me servir de cette sortie publique pour porter un jugement critique sur l’état actuel des groupes de pression au Québec.
Le repli sur soi
Les divers groupes de pression québécois, quels que soient les intérêts qu’ils défendent, se sont tous repliés sur eux-mêmes depuis plusieurs années. Leur conscience ne se limite qu’à leur champ d’action propre. Ce n’était pas le cas autrefois, en particulier pendant les années soixante. À l’époque, l’ensemble des groupes de pression avait pris conscience de l’état misérable de la condition québécoise qui dépassait tout intérêt particulier. Cela les poussa à outrepasser leur cadre limité respectif afin de s’inclure au sein d’un puissant mouvement social prenant une envergure nationale inimaginable.
Ainsi, le Front de libération des femmes, groupe féministe constitué en 1970, avait pour slogan : « Pas de libération des femmes sans libération du Québec ! Pas de libération du Québec sans libération des femmes ! » Ce slogan démontrait de façon claire qu’à cette époque l’intérêt particulier d’un individu était indissociable de l’intérêt général de l’ensemble de la population.
Le domaine de l’éducation n’a pas fait exception. En 1968, 15 000 personnes manifestaient en faveur de la francisation de l’université McGill. Quelques mois plus tard, 30 000 personnes manifestaient dans la capitale pour s’opposer à l’adoption du Bill 63, qui donnait le libre choix en matière d’enseignement.
Le droit à une éducation implique aussi le droit à une éducation en français. Or, ce droit garanti par l’article 6 de la Charte de la langue française est pourtant complètement ignoré actuellement par les divers groupes constituant le mouvement étudiant au Québec. En témoigne l’exemple de l’association étudiante de la Faculté de droit de l’Université de Montréal qui a décidé il y a quelques mois de permettre la publication d’articles en anglais dans son journal étudiant.
Le français : un combat qui rassemble tous les Québécois
L’actualité médiatique des dernières semaines nous a démontré que le français est toujours dans un état précaire. À Montréal, il est difficile de se faire servir et même de se faire soigner en français et ce, même si la Loi 101 fêtait ses trente ans cet été. Les divers groupes de pression québécois ont donc intérêt à recommencer à se préoccuper du sort de la langue de Molière, pilier de notre identité commune. Un virage semble déjà s’être amorcé puisque la CSQ par exemple a décidé de faire de la condition de la langue française l’une de ses priorités cette année.
Il est possible aussi pour les associations étudiantes de prendre part au mouvement. Elles pourraient par exemple militer pour qu’on étende les dispositions de la Loi 101 aux cégeps, considérant qu’il est anormal que près de la moitié des allophones ayant passé par l’école française fasse ses études collégiales en anglais. Voilà une lutte qui mériterait assurément le soutien de tous les Québécois, toujours préoccupés qu’ils sont par leur statut de minorité au sein du Canada.
Maxime Schinck
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