Logique inversée

Les préoccupations environnementales pourraient-elles fournir au PQ et à Pauline Marois cette occasion unique de renouveler en profondeur la plateforme électorale du parti ?

vendredi 18 décembre 2009

Le sommet réunissant les chefs d’État et de gouvernement à Copenhague est sans doute vu, chez les souverainistes, comme une excellente occasion de dénoncer l’insuffisance des pouvoirs d’un État fédéré face à l’État central. Noyé dans l’ensemble hétéroclite de la fédération, le Québec serait mieux servi s’il avait à sa disposition tous les instruments d’un État indépendant.

Par ailleurs, la présence de plusieurs provinces canadiennes à Copenhague illustre fort bien la difficulté pour un État fédéral de parler d’une seule voix dans le domaine de l’environnement, une compétence partagée entre les deux paliers de gouvernement.

Au-delà de la dialectique canadienne et québécoise, le sommet de Copenhague révèle la difficulté pour les souverainistes de saisir l’importante transformation des positionnements idéologiques provoquée par les enjeux environnementaux. En ce sens, le Parti québécois, s’il désire véritablement retrouver son dynamisme, aurait peut-être avantage à reconsidérer certains dogmes qui le guident depuis plus de 40 ans.

Le PQ est un parti idéologique dont le principal objectif est de promouvoir l’indépendance du Québec. Ce type de parti politique peut être mobilisateur et source d’un grand dynamisme, comme ce fut d’ailleurs le cas dans les années 1970. Toutefois, le PQ est largement tributaire de la cause qu’il défend et des militants qui l’animent. Sans une forte mobilisation derrière une cause, ce genre de parti est appelé à stagner, voire péricliter.

Aujourd’hui, les possibilités pour le PQ de remporter les élections reposent davantage sur l’usure du pouvoir, qui provoque presque invariablement une alternance à la tête de l’État, que sur un projet mobilisateur et dynamique. Les sondages d’opinion montrent d’ailleurs clairement qu’en dehors d’une crise du fédéralisme, la souveraineté ne recueille guère plus de 30% d’opinion favorable.

Dans ce contexte, s’il veut retrouver sa vigueur, le PQ doit chercher à redevenir le parti d’une cause et peut-être que les préoccupations environnementales pourraient lui fournir cette occasion unique de renouveler en profondeur sa plateforme électorale.

Sur plusieurs enjeux, le sommet de Copenhague illustre clairement que les fractures idéologiques d’hier tiennent difficilement la route. Devant la menace des changements climatiques et les problématiques environnementales, les clivages historiques doivent peut-être passer au second plan. L’effort que doivent fournir les pays pour résoudre les défis de demain dépasse largement le clivage nord-sud, l’antagonisme gauche-droite et, au Québec, la division traditionnelle entre les fédéralistes et les souverainistes.

Cela ne veut pas dire pour autant que ces différents clivages disparaîtront, mais simplement qu’ils seront des enjeux périphériques à d’autres problématiques plus globalisantes comme l’environnement et la mondialisation économique.

Pour réussir à incarner à nouveau le changement et redevenir le parti d’une cause susceptible de mobiliser un électorat varié et créatif, le PQ devrait peut-être entrer dans l’ère du temps et abandonner les recettes d’une époque révolue. Pour ce faire, le parti aurait avantage à cesser de lier son projet de société uniquement à l’indépendance politique du Québec. Cela ne veut pas dire qu’il doit nécessairement abandonner son projet d’indépendance, mais simplement que la souveraineté doit être un enjeu parmi d’autres.

Ce qu’il faut peut-être faire, sans abandonner pour autant la souveraineté, c’est inverser cette logique aujourd’hui improductive. Il ne faut donc plus que l’environnement soit lié à la souveraineté, mais plutôt voir la souveraineté comme un élément, avec d’autres, qui permette à l’environnement d’être le moteur du changement social.

Cela implique bien sûr une transformation en profondeur de l’argumentaire souverainiste et de sa plateforme électorale. Penser qu’un virage aussi radical est possible est sans doute un peu illusoire, mais la question nationale peut-elle nous déchirer encore bien longtemps au moment où la planète se meurt ?

***

Antonin-Xavier Fournier

L’auteur est professeur de science politique au cégep de Sherbrooke.


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PQ - XVIe congrès avril 2011

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