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Ainsi, selon The Gazette du 6 mars, Lionel Groulx, dans ses écrits, se montrait ouvertement raciste. Diable ! Le quotidien aurait-il engagé Esther Delisle comme éditorialiste ? La même accusation farfelue qui constituait l’essentiel de sa thèse de doctorat à l’Université Laval, un travail constitué d’enfilades de citations hors-contexte, un torchon dont on ignore comment l’Université a pu croire respecter la déontologie universitaire en l’acceptant.
Lionel Groulx, homme d’un autre siècle et prêtre qui, comme bien d’autres ici, nés avant les années quarante, conservait encore la mentalité cléricale catholique d’Ancien Régime, n’avait rien contre les juifs sinon les préventions religieuses traditionnelles. Ce qu’il reprochait aux juifs en tant que citoyens correspondait à ce qu’il reprochait aux Anglo-Canadiens : il les voyait dans la même optique puisqu’ils étaient pratiquement tous anglophones. En revanche, il louait leur solidarité entre eux, sur les plans humain et économique, les proposant en exemple aux Canadiens français. Pour le traiter d’antisémite, il faut ne l’avoir jamais lu, faire abstraction du contexte de son époque, être de mauvaise foi ou lessivé par la pensée correcte, ce qui est déjà arrivé à deux ou trois de nos historiens.
On a aussi accusé Groulx de sympathies fascistes parce qu’il avait défendu un temps le corporatisme politique de Salazar et admiré Mussolini. Encore là, il faut se reporter à la mentalité catholique canadienne-française de l’époque qui, sur le plan politique, retardait de plusieurs décennies, sans compter qu’elle n’était pas familière de ce qui se passait hors du Québec, partageait une vision sociale vénérant l’ordre strict et l’autorité et, en général, n’avait même pas terminé le cours primaire. En un mot, son attitude là-dessus relevait du traditionalisme, de l’ignorance et de la naïveté. Règle générale, le clergé, malgré sa fréquentation du cours classique mais aussi du séminaire, n’avait pas vraiment plus évolué, politiquement, que ses ouailles. À l’école primaire (1949-1955), j’ai connu des institutrices dans la force de l’âge qui partageaient encore cette vision. Va-t-on accuser tous ces morts d’avoir été fascistes et antisémites ? Un anachronisme stupide qui accuserait notre propre ignorance : on ne juge pas l’histoire avec les catégories mentales du présent.
Que Papineau se soit, en son temps, élevé avec véhémence contre le droit de vote des femmes — le droit de vote censitaire, de 1791 à 1840, s’appliquait au Bas-Canada indifféremment du sexe, ce qui fut modifié à l’Acte d’Union — le rend-il plus antipathique aujourd’hui, alors qu’il pensait la même chose que la presque totalité des hommes d’alors ? Ce genre de jugement relèverait autant de l’anachronisme que celui des victimaires imbéciles qui, en 1992, exigeaient que les descendants actuels des nations colonisatrices demandent pardon des exactions que leurs ancêtres avaient commises, du XVIe au XIXe siècle, en Amérique.
Personnellement, je n’ai jamais été groulxiste, mais je récuse ces accusations vertueuses qui révèlent davantage la bêtise que la réflexion de leurs auteurs, surtout lorsque leur métier leur suppose une instruction certaine et au moins une certaine culture.
Raymond Poulin
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Et vlan ! Ce n’est pas surprenant venant de La Gazette. Elle a toujours été maladivement anti francophone. C’est curieux parce que son nom même est français : ’’Gazette’’ de l’italien gazetta, écrit périodique donnant des nouvelles politiques, littéraires, artistiques. Il ne faut pas oublier que la Gazette, à une certaine époque, invitait les anglophones à s’armer pour nous descendre. Très sumpathique n’est-ce pas. À quoi d’autre peut-on s’attendre maintenant ?.
Ivan Parent
Je pense exactement la même chose que vous monsieur Poulin. Je me souviens très bien de mon grand père maternel qui haïssait les juifs parce qu’ils avaient crucifié Jésus, et qui haïssait profondément les anglais, parce qu’ils étaient protestants. So what ?
Aujourd’hui, bien qu’ayant été soumis à son influence bienfaisante à plusieurs égards, je ne déteste pas les juifs pas plus que je ne déteste les anglais.
Quoiqu’il en soit la pensée de Groulx c’est une question de mentalité et d’époque. C’est ça la clé de l’interprétation des faits. Il est probable que si j’avais été adulte à cette époque j’aurais été en synthonie avec la mentalité du temps et cette façon de penser. J’aurais haï les juifs parce qu’ils ont crucifié Jésus, et j’aurais haï les anglais parce qu’ils étaient protestants. Est-ce qu’on va nous faire croire que le plan d’assimilation de Durham était une lettre d’amour envers les canadiens français ?
Il me semble que le Québec et les québécois ont évolué. Mais régulièrement on nous ressort cette rengaine et je constate qu’il n’y a pas de réplique véritable pour remettre les choses en contexte, et mettre en lumière l’autre côté de la médaille, c’est-à-dire, l’attitude des canadians eux-même dont plusieurs exemples sont mentionnés par d’autres correspondants ici.
Est-ce que vous ou Normand Lester peut-être finirez par produire une oeuvre éclairante à ce sujet. Un pavé dans la mare des certitudes des fédéralistes ne serait-ce pas merveilleux ?
Quoiqu’il en soit, Lionel Groulx demeure pour moi un phare par ses influences multiples et riches du cheminement du peuple québécois vers son autonomie pour ne pas dire sa libération.

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