« L’indépendance du Québec se fera. Même ceux qui s’y opposent savent au fond d’eux-mêmes que ce n’est qu’une question de temps. »
Lise Payette

En entrevue avec Denise Bombardier

Line Beauchamp, ex-ministre libérale, plusieurs fois trompée

Tribune libre de Vigile
mercredi 6 février 2013
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A la une du Journal de Montréal de samedi le 2 février 2013, une photo de l’ex-ministre libérale de l’Education Line Beauchamp, avec, entre guillemets, « J’ai été naïve », EXCLUSIF, Line Beauchamp se confie à Denise Bombardier, avec une photo en plus petit de l’essayiste qui sourit et semble contente de son coup et toute fière d’avoir quitté Le Devoir... pour des raisons financières.

Cet article intitulé « L’écorchée du printemps érable » est un grand morceau de littérature féminine qui se situe entre Châtelaine et Paris Match. A propos de l’ex-ministre libérale qui a démissionné suite à la crise étudiante et à la loi 78, l’article parle beaucoup de ses états d’âme mais laisse sous silence sa ménopause (elle va avoir 50 ans le 24 février prochain) comme me le signale ma conjointe qui m’en a fait la remarque caustique mais pertinente après avoir lu l’article, ce que je n’aurais jamais été assez réaliste pour penser moi-même. Mais quand on descend dans la vie intime et les configurations psychologiques des gens, il faut s’attendre à ce genre de remarque en apparence un peu trop personnelle.

Line Beauchamp, dans sa naïveté et sa candeur, a beaucoup été trompée. Elle a voté OUI au référendum de 1995. Mais sa « sensibilité souverainiste » a été ébranlée par la remarque de Jacques Parizeau sur l’argent et les votes ethniques : en entendant ce discours, « elle ne souhaitait plus que le Québec se sépare ». Jacques Parizeau l’avait trompée. (Pas fort comme sensibilité souverainiste.)

« J’ai 34 ans et je suis naïve » dit-elle. En 1997, donc, elle tombe amoureuse de Pierre Bibeau, alors PDG de la Régie des installations olympiques. C’est un organisateur libéral à qui Lino Zambito affirme avoir donné une enveloppe contenant 30,000 dollars cash. Mais en 1997, elle n’était pas consciente de la place qu’il occupait dans le Parti libéral.

Denise Bombardier écrit : « Ce qui lui est intolérable, c’est qu’on lui dise que son conjoint l’a aussi trompée professionnellement. » Line Beauchamp s’est séparée de Pierre Bibeau avant les révélations de Lino Zambito. Son conjoint l’aurait donc trompée « sentimentalement » avec une autre femme avant de la tromper en tant qu’organisateur libéral qui pourrait être corrompu, elle n’en est pas absolument certaine mais elle a un doute sur celui qui l’a attirée au Parti libéral et qui, note perfidement la féministe Bombardier, « l’aurait instrumentalisée par ces petits-déjeuners qu’il a organisés pour elle » en présence de membres de la mafia ou d’entrepreneurs corrompus. Comme si elle était totalement innocente...

Après un homme, Jacques Parizeau, qui l’a trompée, voilà un autre homme, Pierre Bibeau, qui l’a doublement trompée, dans le « sentimental » comme le dit Joseph-Arthur dans « Le temps d’une paix » et, professionnellement, dans le politique. Parce qu’elle est bien naïve, dit-elle, dans le but rejeter la responsabilité sur les autres qui, comme par hasard, sont des hommes et la politique est bien cruelle. Doutant de Pierre Bibeau, elle dit douter d’elle-même. Ce qui est très souffrant.

Il y a aussi les étudiants qui l’ont trompée. Et c’est la partie la plus faible de l’entrevue. Parce que toutes les deux admirent Jean Charest, elle sont incapables d’admettre qu’un autre homme a trompé Line Beauchamp et c’est Jean Charest. En effet, Jean Charest a provoqué volontairement la crise étudiante parce qu’il espérait que la violence des manifestations (souvent initiée par la police) et le désordre causé par les grèves étudiantes ferait oublier la corruption de son gouvernement : les garderies de Tony Tomassi ; l’asphalte du ministre Whissel ; les treize mensonges sur la Caisse de dépôt, le déficit, la nomination des juges, l’horaire des écoles juives etc et les centaines de nominations partisanes, le salaire caché pendant dix ans, la complicité avec les développeurs du gaz de schiste et les centaines de millions gaspillés à Gentilly.

Faute d’une analyse des motivations politiques de Jean Charest dans le conflit étudiant, Line Beauchamp refuse d’admettre qu’elle a été manipulée par le premier ministre. Jean Charest l’a trompée et ce n’est pas Denise Bombardier qui va lui ouvrir les yeux puisqu’elle-même n’a pas fait l’analyse politique qui expliquerait l’attitude de Jean Charest qui a refusé tout dialogue avec les étudiants dans l’espoir de bénéficier politiquement de la crise au moment où 75% des Québécois étaient insatisfaits du gouvernement libéral et réclamaient une commission d’enquête sur le monde de la construction avec ses liens avec le financement des partis politiques.

A partir du moment où on passe à côté de la plaque sur une question aussi fondamentale, il est difficile de s’émouvoir devant les larmes d’une ex-politicienne qui déplore « qu’une partie de l’opinion refuse aux fédéralistes le droit d’aimer le Québec ». Et en effet, quand elle examine son parcours, avec tous ces hommes qui l’ont trompée dans sa vie personnelle et dans sa vie professionnelle, il y a de quoi être triste. Et j’écris cela sans ironie. A la fin de l’entretien, devant cette femme blessée, Denise Bombardier fait l’éloge de sa sincérité et de son authenticité.

J’ai des doutes là-dessus. Quand son nom a été mentionné à propos des déjeûners au club 357c en présence de Catania (et de Pierre Bibeau), Line Beauchamp a dit avoir participé à ces rencontres pour s’informer de la situation économique de Montréal. Avez-vous avalé cette couleuvre ? Pendant toute la journée, elle a donné des entrevues pour se disculper. Ce n’était guère convaincant.

L’entretien donné au Journal de Montréal et l’excellent portrait hagiographique de Line Beauchamp par Denise Bombardier, à mon avis, est une opération de sauvetage d’une ex-ministre libérale qui est en partie réussie. On ne peut que sympathiser avec cette femme tourmentée qui a été si souvent trompée et qui « vit une peine d’amour avec le Québec ». Quant à Denise Bombardier, elle se situe à un niveau qui lui est familier, celui de son non-roman « l’Anglais », basé complètement sur du vécu sans transposition, qui devient alors une forme d’exhibitionnisme qui fait appel au voyeurisme du lecteur…ou de la lectrice. Comme je vous le disais, entre Châtelaine et Paris Match. C’est du sensationalisme. Ça ne veut pas dire que tout le monde déteste ça. Au contraire.

On se laisse aller à rêver d’une entrevue avec la séduisante (dixit Réjean Tremblay) Nathalie Normandeau qui dévoilerait ses relations intimes avec le député adéquiste et le chef de police. Et qui ferait la généalogie de sa trouvaille sur les pets de vache plus pollueurs que les gaz de schiste.

Et aussi avec Michèle Courchesne qui a remplacé Line Beauchamp comme ministre de l’Education pour faire semblant de négocier avec les étudiants à la demande expresse de Jean Charest.

Les manipulations de ministres féminines par Jean Charest, quel thème prodigieux pour une féministe mais qui échappera toujours à Denise Bombardier qui a déjà appuyé inconditionnellement Jean Charest comme le prouve sa « Lettre ouverte au Premier ministre du Québec » publiée dans Le Devoir du 18 septembre 2010 et qui lui est restée fidèle même après sa défaite de justesse du 4 septembre 2012. A cause de sa partisannerie qui se rapproche de la mauvaise foi, elle est incapable de faire une véritable analyse politique du règne de Jean Charest, le premier ministre qui aura fait le plus de tort à la société québécoise dans son histoire par sa corruption face à l’argent et par ses mensonges qui sont une forme de malhonnêteté intellectuelle qui gangrène la démocratie.

Je terminerai sur une note un peu féministe en rapportant ce qui a le plus choqué ma conjointe dans cet article de Denise Bombardier. Au moment de l’infâme et provocatrice loi 78, avant de donner sa démission, Line Beauchamp a tenté de convaincre Jean Charest et le caucus des députés qu’il ne fallait pas passer cette loi. Ses collègues mâles lui ont dit : "Faut pas reculer Line, mais règle-nous ça !". Réaction de ma conjointe, en colère : "Maudits hommes, bande de suiveux et de lâches, qui envoient une femme au front !" Vous serez peut-être intéressé à savoir qu’elle a trouvé l’article larmoyant. Selon elle, beaucoup d’émotivité pour enfouir dans la mélasse des sentiments la carrière politique d’une ex-libérale pleine de lacunes et de faiblesses à l’image de son chef qui l’a manipulée et trompée.

Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 6 février 2013, en collaboration avec Marcelle Viger.

Commentaires

  • Mario Goyette, 9 février 2013 09h42

    Le human interest, ça m’fais chier. - Michel Chartrand

    Suite à une table ronde de trois ex-journalistes devenus députés à l’Assemblée nationale ; Christine St-Pierre, Bernard Drainville et Gérald Deltell a eu cette réflexion qui en dit long sur le climat politique au Québec.
    « Si vous faites une erreur ; après trois jours, la population a oublié. »
    On entend souvant les politiciens dirent : On tourne la page, comme dans la chanson.

    Aujourd’hui dans le Journal de Québec, un autre grande entrevue où Roméo Sagansh se confie à Georges-Hébert Germain en toute intimité : "Impossible d’oublier" dit-il.

    http://www.youtube.com/watch?v=ShGxJz_JPbE

  • Marcel Haché, 8 février 2013 13h16

    C’était à une époque où je ne m’intéressais plus à la souveraineté, à l’indépendance, à la Cause, au P.Q. et la Question Nationale, aux programmes et aux projets de société, au Québec, alouette. J’étais un séparatiste sans famille parmi Nous, les québécois et les québécoises. C’était avant que les libéraux succèdent au gouvernement de Bernard Landry.

    Line Beauchamp s’était-elle trompée encore ce soir là où les libéraux du nord de Montréal s’étaient réunis à 250$ le couvert, pour fêter un acteur mineur et minable du « scandale des commandites » ? Les rouges de la région étaient tous là, « ils sont tous venus » comme disait le fêté, dont Coderre et Charbonneau, le maire Ryan, mais surtout une ribambelle d’italiens en appétit, certains comme moi que le coup porté en 1995 allait bientôt commencer à donner des fruits, dont Nous commençons seulement maintenant à reconnaître l’amère saveur. Ce soir-là, Line Beauchamp fut la seule à s’adresser à l’assemblée. J’étais séparatiste et moi aussi j’avais voté oui en 1995. Mais à cette fête italienne, j’avais trouvé qu’elle était veule et flagorneuse. Je la trouve maintenant hypocrite.

    Et pendant ce temps-là… j’ignorais qu’un homme fidèle, sans gloire ni les honneurs qui vont avec, mais lui un véritable homme d’honneur, se débattait pour que Vigile survive…

  • Ivan Parent, 8 février 2013 12h20

    Bravo M. Barberis-Gervais, un texte bien senti

    Ivan Parent

  • Mario Goyette, 7 février 2013 10h25

    We are the world.

    Permettez que je saisisse la balle au bond M.Barberis pour faire un parallèlle entre la réaction de Jean-Marc Fournier, l’actuel député libéral chef de l’opposition qui a dit que le P.Q. récoltait le feu qu’il a lui-même allumé suite à l’ultimatum de l’ASSÉ au sujet du sommet sur l’enseignement universitaire et le clip de propagande promouvant la destruction d‘une ville américaine...

    « Quelque part aux Etats-Unis, des nuages de fumée noire s’élèvent vers le ciel. Il semble que le nid de cruauté est la proie d’un incendie qu’il a lui-même commencé ».

    http://www.youtube.com/watch?v=AiKX2sdi2kk

    Note : Comme vous pouvez le constatez, la vidéo a été retiré et demeure introuvable présentement mais soulève l’ironnie de la bêtise humaine dans les deux cas.

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