On ne s’ennuie de rien ici. La solidité de la terre s’éprouve à chaque coin de rue. Tout est là devant nos pas. Toute offrande est splendeur. Aussi loin que le jour se lève, on peut partir, à la vie s’abandonner. Toutefois, il est un pays espéré de tous et ayant pour nom liberté. Ce pays rassemble les humains, les confronte, les éblouit.
La liberté consigne les gains, les victoires de ce monde, elle en révèle les injustices, les souffrances, les violations. C’est la plus humaine, la plus fidèle, la plus exigeante des sœurs.
Pourtant, notre liberté, on ne l’exerce plus ici que de mémoire, on ne la choisit plus que par instants cruciaux, on ne la rencontre plus que sur rendez-vous. Elle règne toujours ailleurs, chez les autres… chez quelques-uns d’entre eux. On la capture par gestes fragiles, on l’emporte avec nos peurs. On arrive chez-nous, on la cherche et la réclame encore.
Non, on ne s’ennuie de rien ici. On a trop marché déjà pour vivre d’ennui. On a trop envie de vivre, trop soif pour ne pas continuer notre route. Oui, rien ne manque à notre appel mais on a beau faire, on s’ennuie d’elle, notre souveraine. Nous manquent son cœur en mie de pain, ses yeux éclatants, sa stature de conquérante. Nous manquent sa présence et tous les humains qu’elle nous permet de rencontrer, tous les combats qu’elle nous lègue, tout l’espoir, qu’elle nous donne, toutes les illusions qu’elle nous enlève.
En carence d’elle, nous sommes. Elle, une et debout, parmi les fureurs de ce monde.
Ainsi depuis des siècles, sur nos terres d’Amérique française, il manque une coïncidence. Un amour sans faille. La réconciliation d’un peuple avec lui-même. Nous sommes en insuffisance de tout sur cette planète et il manque chez nous, ici même, le nom d’un pays appelé QUÉBEC. Ce patronyme enfin célébré, nous représentant à l’assemblée des nations, marquerait la rencontre ultime : celle d’un peuple et de sa liberté.
France Bonneau, 7 avril 08
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