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Libéral à souhait, le jeune Piazza...
De deux choses l’une : Ou les libéraux se croient en position de force pour cent ans à venir, ou bien ils se savent perdus et cherchent à préserver la façade
René Marcel Sauvé
Tribune libre de Vigile
lundi 10 mars 2008      243 visites


Libéral veut dire liberté, a déclaré le militant libéral de Laval Vincent Piazza, pour justifier le fait que les libéraux de Jean Charest n’ont aucune préoccupation pour la langue française au Québec, étant trop préoccupés par les choses plus "importantes" ou "prioritaires" telles la "paix sociale" qui préoccupait tellement Robert Bourassa. Donc le mouchoir de chloroforme et vite. Les libéraux ont de "grandes priorités" que ne sauraient comprendre les mortels que nous sommes.

Libéral à souhait, le jeune Piazza ne sait pas que libéralisme veut dire loi inique du plus fort et non liberté, qui suppose l’aptitude et la capacité d’agir avec pleine responsabilité et conscience de ses actes. Évidemment, ne demande pas aux libéraux de se montrer aussi exigeants en matière de doctrine d’État. L’association simpliste libéral et liberté leur suffit. Tout va bien et ne nous dérangez pas. Passez l’assiette à beurre, merci.

Le libéralisme, entre autres, consiste à changer de côté lorsque les jeux d’intérêts et de rapports de forces se retournent et prennent une tournure défavorable. De cette manière, on est jamais perdant et toujours sûr de garder bonne conscience. Par exemple : l’Italie, qui s’est alignée du côté de l’Allemagne lorsque celle-ci et la droite européenne semblaient en position de force pour cent ans à venir, mais qui s’est tournée contre ses alliés dès que la défaite de l’Allemagne nazie est devenue une certitude. Donc l’Italie n’a pas perdu la guerre, mais l’Allemagne et le Japon oui et obligés de payer le lourd tribut de la défaite.

Il y a des gens que j’accuse et que je blâme et ce n’est pas ceux qu’on pourrait croire à partir de la lecture du premier paragraphe.

Pendant 19ans, de la fondation de l’Alliance Laurentienne jusqu’à la victoire du Parti Québécois le 15 novembre 1976, les vieux militants peuvent témoigner du mépris et des menaces qu’on nous a fait peser sur la tête, y compris la prison, le chômage forcé et le rejet. Sitôt la victoire assurée, les "tizamis" ont soudainement surgi de partout et ont rejoint le Parti et surtout le Gouvernement souverainistes qui avait des emplois à offrir. Ce que nous étions braves et intelligents, nous, les purzédurs de la première heure.

Et maintenant que tout, ou presque tout, semble perdu pour nous, voyez comment on nous fait la leçon de choses et de morale. Ce que nous pouvons être ignorants et étroits d’esprit. Des jeunes imberbes viennent nous faire la leçon et qu’on apprenne vite.

De deux choses l’une : Ou les libéraux se croient en position de force pour cent ans à venir, ou bien ils se savent perdus et cherchent à préserver la façade.

"Les choses vont bien" avait dit Robert Bourassa peu avant sa défaite de 1976. S’il avait dit que, comme toujours dans le monde, les choses ne vont bien que pour une minorité d’oligarques,qui se font lécher les pieds par les autres qu’ils méprisent, on aurait facilement pardonné au chef libéral son arrogance du moment, ce qui ne fut pas le cas. En grand libéral très "large d’esprit", monsieur Bourassa s’est contenté d’une déclaration vague et mystifiante, qui réussit assez souvent chez une population peu avertie.

C’est à un exercice de mystification analogue que Jean Charest a convié son parti il y a quelques jours, qui n’a pas manqué de l’ovationner bien sûr. Quand on est libéral, "libre et large d’esprit" les formules réduites suffisent, ainsi qu’il convient à des gens aussi doués de talents. Il leur suffit d’être en place pour que tout marche bien et vous faites mieux de le croire.

Et nous, les gros méchants "séparatisses" qui sommes obligés de travailler de toutes nos forces pour établir un nouvel ordre de choses ? Nous devons nous montrer extrêmement exigeants sur le plan de la doctrine et des principes de stratégie d’État. Ce que nous voulons, c’est gérer l’État du Québec et non une province inféodée et servilement soumise au pouvoir unitaire et arbitraire d’Ottawa, pouvoir au service de l’oligarchie de Bay Street, qui n’a que des éloges pour Jean Charest et son équipe.

Alors soyez "libéral" et montrez-vous "larges d’esprit", n’ayez conscience de rien, dites que tout va bien et lorsque tout ira mal,vous deviendrez sénateur ou sénatrice et dignes des plus grands honneurs et des plus belles prébendes.

JRMS

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