En commentaire à Je vais faire Ramadan et à un CPE l’emporte contre un père musulman, je voudrais poser une question aux Québécois et Québécoises qui sont musulmans.
Au nom de la liberté de religion inscrite dans les Chartes et au nom d’un certain interculturalisme tel que défini dans le rapport Bouchard-Taylor, il faudrait préconiser des rapports harmonieux entre les cultures et favoriser un mode d’intégration qui ne cherche pas à abolir les différences. Cette conception de l’interculturalisme m’empêcherait de dire ce que je pense de ce père musulman car je ne devrais pas chercher à abolir les différences et je devrais accepter sans discuter, par respect de l’autre et de ses croyances religieuses, toutes ses demandes d’accommodement. Je n’approuve pas ce genre d’interculturalisme plutôt statique.
Selon Emilie Côté, Abdelhakim Khouas est le père de deux garçons qui fréquentent le CPE Gros Bec, situé dans Hochelaga-Maisonneuve. Selon ses croyances religieuses, l’homme doit veiller à ce que ses enfants ne mangent pas de porc et uniquement de la viande halal (pour qu’une viande soit certifiée halal, l’animal doit avoir été tué selon les rites musulmans).
Les deux parties s’entendent jusqu’à ce que le fils de M. Khouas mange des saucisses de boeuf (non halal) lors d’une sortie à la cabane à sucre. Le lendemain, le père blâme l’éducatrice qui accompagnait les enfants devant son fils.
Après l’incident de la cabane à sucre, le deuxième fils de M. Khouas fait son entrée au CPE. Son éducatrice refuse de lui servir des plats sans viande. C’est là que le père dépose une plainte à la Commission des droits de la personne et la jeunesse (CDPDJ).
Dans sa décision, la juge Michèle Rivet souligne que chaque cas d’accommodement raisonnable est à traiter dans son « contexte factuel précis ». Dans le litige en question, « la façon dont monsieur Khouas veut assurer l’éducation religieuse de ses fils, en totale conformité avec ses propres croyances, n’a pas été exercée dans le respect des droits d’autrui ni même dans celui de l’intérêt de son enfant ».
Quand il était impossible pour les éducatrices de séparer la viande des plats -pour des spaghettis ou du pâté chinois, par exemple-, M. Khouas demandait que son enfant mange plutôt deux entrées et deux desserts. À cet égard, « il n’est pas dans l’intérêt des enfants de subir une telle improvisation lorsqu’il s’agit de leur alimentation », écrit la juge. Et dans la mesure où la garderie a adopté une règle de neutralité religieuse, les demandes de M. Khouas représentent une « contrainte excessive ». (fin de la citation)
On remarquera qu’en conformité avec le droit à la liberté de religion inscrit dans les Chartes, la juge Michèle Rivest ne remet pas en question les “croyances religieuses” selon lesquelles un père doit veiller à ce que ses enfants ne mangent pas de porc et peuvent manger uniquement de la viande certifiée halal.
Voici la question que je pose aux musulmans québécois. Est-ce bien raisonnable de baser sa façon de vivre et en particulier son alimentation sur le Coran, un texte qui date du 7è siècle après Jésus-Christ et qui dépend d’un contexte culturel totalement différent du contexte actuel ? J’ai cité les passages du Coran qui interdisent de manger du porc dans Je vais faire Ramadan. Qu’est-ce que la consommation (jouissive) de saucisses, de tourtières, de côtelettes de porc, de boudin, de bacon, de sauce à spaghetti, de pâté chinois, de fèves au lard vient faire avec Dieu ?
Cela me fait penser à l’interdiction catholique de manger de la viande le vendredi en souvenir et par respect de la crucifixion de Jésus le vendredi saint. On nous a enseigné dès l’âge de sept ans (c’était en 1945) que c’était un péché mortel que de manger de la viande le vendredi...jusqu’à Vatican 2. On mangeait du poisson le vendredi. Or cette obligation de faire maigre le vendredi sous peine de péché mortel fut abolie suite au concile Vatican 2 ( 1962-1965) et entra en vigueur le 14 octobre 1966 quand l’épiscopat canadien annonça qu’il laissait les fidèles libres de pratiquer la pénitence de leur choix. Il abrogeait ainsi les règlements sur l’abstinence du vendredi et sur le jeûne des jours de carême.
J’avais dix huit ans. Péché mortel de l’âge de 7 ans jusqu’à 18 ans de manger de la viande le vendredi pendant onze ans (pour moi) ; à partir du 14 octobre 1966, ce n’est plus péché mortel.
La religion musulmane (comme la religion juive) n’a-t-elle pas besoin d’un aggiornamento et existe-t-il une autorité semblable à un concile catholique pour réhabiliter le porc. Les mulsulmans québécois (comme les juifs québécois qui mangent kosher) ne pourraient-ils pas faire un concile au lieu de demander des accommodements déraisonnables comme l’a fait Abdelhakim Khouas !
Le bon abbé Ulysse Desrosiers, dans les Archives de Radio-Canada, le 26 juillet 1966, sur le péché mortel, dit : “ Qu’on se pose des questions, c’est heureux. On passe d’une religion d’imposition à une religion plus évangélique fondée sur l’amour et non sur tu n’as pas le droit de faire ci ou de faire ça.”
Pourquoi ne pourrait-on pas être un bon musulman québécois et manger du porc (en 2008) tout comme on pouvait (à partir de 1966) être un bon catholique et manger de la viande (de porc) le vendredi ? On n’aurait plus besoin à ce moment-là d’accommodements. L’interculturalisme, ça consisterait à inviter l’autre (qui est différent) à modifier ses façons de voir et ses comportements afin de favoriser l’harmonie dans la vie sociale au Québec en 2008 pour que vienne le temps de la conciliation comme le souhaitent Gérard Bouchard et Charles Taylor.
Je prône donc un interculturalisme dynamique où les personnes impliquées sont prêtes à se poser des questions. Ça s’appliquerait aussi aux femmes et jeunes filles qui portent le voile. Qu’est-ce que les musulmans veulent que NOUS changions dans nos conceptions et nos comportements ?
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 18 juin 2008
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