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Quand je parle de la loi 101 avec des anglophones, ils me prennent pour un séparatiste. Ils prétendent apprécier le fait français, mais ne veulent ni le reconnaître, ni le protéger. - Bissoondath, Neil Romancier et nouvelliste - 1995
             
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Lettre ouverte à Jean Charest
Lise Payette
Le Journal de Montréal
lundi 31 juillet 2006


Connaissez-vous le proverbe qui dit qu’à l’impossible, nul n’est tenu ? Nous y sommes. Vous avez joué votre dernière carte. Après trois ans d’efforts, vous venez de vous casser le nez à votre tour sur le mur canadien, après tous ceux qui vous ont précédé au poste que vous occupez en ce moment, de Jean Lesage à Robert Bourassa, de Daniel Johnson à René Lévesque, des hommes qui n’étaient pas des petites pointures. Pensant réussir (et je crois que vous étiez sincère), vous aviez inventé un nouvel instrument qui devait devenir l’outil privilégié de l’entente entre les provinces afin d’affronter d’une seule voix le monstre qu’est devenu le gouvernement fédéral en près de 140 ans d’existence. Le Conseil de la fédération était la réponse à tous vos espoirs. Convaincre d’abord 9 autres premiers ministres et le reste serait facile. Vous aviez confiance de réussir ce pari. Ça n’a pas été le cas.

Le déséquilibre fiscal aura été votre Waterloo. Je ne m’en réjouis pas. Chaque échec qui rapetisse le Québec un peu plus, fait mal. Chaque fois. Et que vous ayez été mis à genoux par l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique fait mal à tous les Québécois sans exception. Quand on vous met à genoux, vous, le premier ministre, c’est tout le Québec qu’on met à genoux. Et c’est chaque fois difficile de se remettre debout. Pour tous.

En vous regardant à la télévision, entouré de vos 9 amis de la fédération, je n’ai pas pu m’empêcher de revoir la tête de René Lévesque après la nuit des longs couteaux. Meech, Charlottetown... que des souvenirs douloureux auxquels on ajoutera cette rencontre de Terre-Neuve où l’Ontario, l’Alberta et BC ont joué les « mononcles riches » face au reste de la famille qui a des attentes démesurées.

Société en mouvance

Après combien de défaites pensez-vous qu’il serait logique de penser sérieusement à dénoncer ce contrat de 1867 qui nous lie à des gens avec lesquels la plupart des Québécois ont de moins en moins de choses en commun. Plus le temps passe, plus le Québec qui affirme haut et fort les valeurs auxquelles il s’identifie, s’éloigne des valeurs qui font consensus au Canada anglais. Notre société, en mouvance constante, se reconnaît de moins en moins dans les choix que font les Canadiens.

Que faut-il faire pour sortir de ce cul-de-sac où chaque défaite nous replace ? Pourquoi dépenser encore du temps, mais surtout des énergies et des talents à faire marcher une vieille machine, conçue en 1867 ? Il suffit de relire ce que l’Histoire nous raconte de cette époque et des premiers coups fourrés du Haut-Canada et de John A. Macdonald, digne représentant des colonisateurs anglais, avec l’intention évidente de maintenir le Bas-Canada en état d’infériorité. Et ça a marché pendant longtemps. 140 ans.

Imaginez si pour une fois, nous nous unissions entre nous. Si au lieu de nous diviser entre Québécois, nous nous unissions afin d’affirmer que nous sommes un peuple coincé dans un mauvais deal dont il faut sortir pour nous donner la possibilité de nous développer ici et de jouer le rôle qui est le nôtre dans le monde d’aujourd’hui. Imaginez l’extraordinaire défi que nous pourrions relever tous ensemble et le formidable espoir que ce défi serait pour la jeunesse du Québec. Un pays à faire, ce n’est pas rien.

Il me semble que tous les efforts ont été faits pour sauver la fédération. À l’endroit et à l’envers. Les Pères de la Confédération se sont trompés. 140 ans plus tard, si on s’attaquait sérieusement à réparer leur erreur ?

Les souverainistes sont presque tous des anciens fédéralistes qui ont compris plus tôt que d’autres que la fédération était un piège à cons inventé par le Haut-Canada pour contrôler le Bas-Canada. Et vous ? Avez-vous vu la lumière à Terre-Neuve ? À quand le coming out ?

Le déséquilibre fiscal aura été votre Waterloo.

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