Monsieur Tremblay,
En théorie, c’est très beau de professer un nationalisme québécois qui nous mènerait à l’indépendance. En réalité, le nationalisme québécois est à ce point récupéré par les uns et les autres, que l’indépendantisme est totalement marginalisé. Sur le terrain, lors d’une campagne électorale, les différents médias et tous vos adversaires vous jetterons à la face qu’être québécois ce n’est pas ce que vous dites. Que votre définition de la nation québécoise n’est pas la bonne, que votre indépendantisme même n’est pas le bon. Ils vont se servir de leur conception du nationalisme québécois contre la vôtre. Alors comment départager les vrais nationalistes québécois des faux ? C’est la confusion assurée, et de cette confusion, ce sont eux qui sortent gagnants.
Pourquoi en est-il ainsi ? parce que nous sommes victimes d’une imposture, parce qu’en fait le nationalisme québécois a toujours été de nature territoriale et civique. Le nationalisme québécois nait formellement avec le PQ en 1968. Les dirigeants du PQ avaient pour but de remplacer le nationalisme canadien-français (dont les tenants avaient pourtant opté pour l’indépendantisme lors des États généraux du Canada français en 1967), remplacer dis-je, un nationalisme ethnique par un nationalisme civique. Certes, cela s’est fait graduellement, on a d’abord fait croire que c’était kif-kif, mais 40 ans plus tard, on sait à quoi s’en tenir.
Tout ce qui fondait le nationalisme canadien-français, notre histoire, nos héros, notre culture traditionnelle, nos institutions, nos droits, tout a été déprécié, avili, oublié, (même la langue française fut un temps attaquée : vous souvenez-vous de ce mouvement qui voulait substituer le joual au français ?) En conséquence aujourd’hui, l’indépendantisme est une idée désespérément creuse : on en est rendu à croire devoir faire l’indépendance pour mieux promouvoir l’égalité homme-femme ou la protection de l’environnement. C’est ridicule, ça n’a rien à voir.
Nos générations ont été façonnées par la vision péquiste de la nation. Cette vision mène à une impasse et la plus grande difficulté sera de s’en extirper. Pour ce faire, il faut offrir une autre option, réelle, différente, signifiante, reprendre l’identité qui nous a été léguée par nos ancêtres : il faut se dire Canadien-Français à nouveau. C’est la seule façon de s’en sortir, sinon la « majorité francophone » va continuer sa dérive pour finir échouée à chanter avec Stepen Faulkner (Cajuns de l’an 2000) : « Son of gun, aurons-nous du fun dans les bayous ! »
Quant au P.I., si vous ne sortez pas de l’impasse, vous allez au-devant d’une cruelle désillusion, comme celle que connut le Parti indépendantiste des années 1980, celui des Monière et Rhéaume.
Bien à vous,
Robert Chevalier de Beauchesne
