Robert,
J’ai reçu cette lettre par erreur, elle t’est sans doute destinée
Louis Champagne
Mon très cher Barberis-Gervais,
Croyez que j’ai autant de plaisir à vous répondre que vous semblez en avoir à m’écrire. Mes nombreuses occupations, mes amis qui viennent me voir, les importuns qui me font perdre mon temps, enfin les achats de vieilleries comme un violoncelle ou que sais-je encore limitent mon temps. Je prends quand même le temps de vous lire et je tiens à vous dire combien j’apprécie vos efforts pour vous mettre à ma place. À titre d’exemples, je vais vous donner une idée de mon emploi du temps des dernières semaines.
Depuis quelque temps, ma femme s’est découvert une passion pour la musique. En compagnie de Lucien Bouchard, elle passe des journées entières à discuter avec Edgar Fruitier et Maestro Nagano de Schubert, de Beethoven, de Céline Dion, de Michelle Richard et d’autres grands musiciens. Ils m’ont fait acheter un violoncelle à prix d’or pour un gamin qui en jouerait bien. Une chance que c’est déductible d’impôts, elle finira par me ruiner. Et pendant qu’on y est, connaissez-vous un poète du nom de Massien, Mecian, quelque chose comme ça, Maestro Nagano en parle souvent à ces rencontres, ma femme fait semblant de comprendre qui c’est, vous savez ce que c’est. Mais nous ne le trouvons pas dans les dictionnaires et mes enfants le cherchent sur internet sans succès non plus. Pourriez-vous le trouver pour nous, nous vous en serons éternellement reconnaissants.
Un service en attire un autre, je vais vous proposer quelque chose. Je dois me débarrasser d’un personnage encombrant que vous non plus n’appréciez pas. Je l’ai convoqué ici-même, à Sagard, pour lui proposer de présider les travaux de la Commission de révision du financement de la Francophonie. Nicolas et moi en avons discuté, il voulait y envoyer un certain De Villepin, mais ce trublion refuse. J’ai donc proposé un personnage politique important, mais devenu encombrant. Ce personnage est connu au Québec, il m’a rendu bien des services, mais son temps est fait. Nicolas est d’accord. Mais comme il refuse d’entendre raison, je vais devoir mettre sur lui une certaine pression. Je ne peux vous dire que son prénom, Jean.
Jean est en quelque sorte mon locataire. Pour lui permettre de loger sa famille, je lui ai déniché un petit quelque chose dans Westmount. Il a avec moi un contrat bétonné, secret, ce qu’il y a de plus secret. Mais comme il refuse de donner sa place, je vais devoir user des grands moyens. Je suis prêt à vous donner copie du contrat. Ce n’est pas bien beau, mais autant il faut qu’il déguerpisse maintenant, autant j’en avais besoin à l’époque. Et comme je ne suis pas chiche, je n’avais pas lésiné sur les moyens, ce qui fait que c’est assez gênant pour lui. J’ai vu votre jalousie quand vos camarades ont révélé les juteux détails de la Closerie de ma députée sur l’île Bizard. Ils ont fait sur elle des révélations troublantes, cinglantes, fracassantes, je ne comprends pas qu’elle soit encore là.
Moi je vous offre bien mieux. Pas du vieux stock de The Gazette de dix ans passés, pas des histoires de sa femme, non, non, du frais, du bétonné. Vous n’en croirez pas vos yeux quand vous allez lire ça. Et je vous assure que le contrat est signé de sa main à lui, Michou n’a rien à voir dans ça. C’est eux qui vont être jaloux, ceux de l’Île Bizard. vous l’aurez enfin votre vengeance. Allons, Robert, rendez-moi ce petit service, rendez cet immense service à la patrie.
Si vous êtes sceptique, venez me rencontrer à Sagard. Je vous montrerai les médailles que Nicolas nous a données, à ma femme et à moi. Je lui demanderai de vous en donner une à vous aussi. Carla est une artiste qui aime bien les littéraires comme vous. Mes cuisiniers vous prépareront la dinde que votre épouse ne vous a pas faite pour vous punir au jour de l’An. Et je vous montrerai le fameux contrat qui permet à Jean d’habiter à Westmount. Il y a autre chose dans ce contrat dans les sept chiffres. Comme vous le savez, j’aime bien avoir des amis dans le monde politique. Quand vous l’aurez rendu public, il s’en ira et je pourrai enfin le remplacer par quelqu’un de plus montrable. Paraît-il que La Presse prépare un coup semblable contre Pauline Marois. Je vous en reparlerai après m’être informé. Je pourrai aussi vous parler de la façon dont nous avons assuré l’avenir financier de John James. Quand vous dites que les grands financiers ne se contentent pas de donner des tapes dans le dos à ceux qui leur rendent de petits services, vous êtes pas mal perspicace pour un enfant qui a fréquenté le Parc Lafontaine et l’église des Jésuites de la paroisse de l’Immaculée Conception.
Je compte sur votre discrétion pour ne révéler ça à personne maintenant. Comme pour Gilles Duceppe, il faut choisir le bon moment. Ils appellent ça, je crois, le timing. En attendant, vous pouvez continuer à m’asticoter dans Vigile ou ailleurs, je ne vous l’ai jamais dit, mais je vous aime bien. Sans vouloir vous offenser, Patrick Bourgeois, Robin Philpot et Richard Le Hir sont plus coriaces que vous. Mais comme dit Nicolas, qui aime bien citer ce proverbe arabe, "les chiens aboient et la caravane passe." Comme vous le savez, la caravane, c’est le monde économique et les chiens qui jappent mais ne mordent pas, ce sont les littéraires comme vous. Un de vos pseudo-amis n’a-t-il pas écrit que vous êtes le littéraire maison de Vigile. Mais pensez à mon offre rapidement, et trouvez-moi qui est ce maudit poète, j’en entends parler tous les jours.
Je voulais dire à ceux que ça intéresse que je n’ai pas eu de problème de zonage agricole pour faire construire mon immense domaine de Sagard en Charlevoix.
Ah oui, en terminant, ceux qui voient une collusion entre moi et Pauline Marois parce que mon domaine est dans le comté de Charlevoix me font bien rire. Quand on veut amuser nos centaines d’invités à Sagard, on raconte cette anecdote et tout le monde se bidonne.
Paul Des Bourbiers,
Ordre du Canada, Grand Chevalier de la Légion d’honneur.
réponse de RBG
Je crois qu’il s’agit d’Olivier Messiaen.
Olivier Eugène Charles Prosper Messiaen, né le 10 décembre 1908 à Avignon et mort le 27 avril 1992 à Clichy-la-Garenne, est un compositeur, organiste, pianiste, ornithologue et pédagogue français.
Son œuvre trouve ses sources dans une profonde ferveur catholique, un goût prononcé pour le plain-chant médiéval, les rythmes hindous ainsi que grecs. L’Ascension (1933), le Quatuor pour la fin du Temps (1940), les Vingt regards sur l’Enfant-Jésus (1944), la Turangalîla-Symphonie (1946-48), et la Messe de la Pentecôte, entre autres œuvres majeures, ont contribué à faire d’Olivier Messiaen un des compositeurs les plus influents de la seconde moitié du XXe siècle.
Son enseignement au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris a également contribué à sa notoriété internationale, tant la liste de ses élèves est longue et prestigieuse.
Olivier Eugène Prosper Charles Messiaen est le premier enfant de Pierre Messiaen (1883-1957), professeur d’anglais et intellectuel catholique, et de la poétesse Cécile Sauvage (1883-1927). Un second enfant naît de cette union, Alain (1913-1990), qui deviendra poète, à l’instar de sa mère. Olivier Messiaen est profondément influencé par les poèmes de sa mère, notamment un recueil intitulé L’Âme en bourgeon ainsi que par les œuvres de William Shakespeare, que traduit son père et dont les histoires fantastiques, merveilleuses et sombres le fascinent. Il dira même que, des pièces du grand dramaturge anglais, « J’aimais plus que toute autre Macbeth (pour les sorcières et le spectre de Banquo), aussi bien que Puck et Ariel. » (Wikipedia)
Commentaire : C’est la mère d’Olivier Messiaen qui est poète. Impressionnés par Kent Nagano, ils ont confondu la mère et le fils. Ils ont aussi parlé d’un autre poète, Fred Pellerin, qui aime Symphonie (comme Lucien Bouchard) et que Kent Nagano apprécie beaucoup mais qui a un gros défaut : il est un ami de Gilles Vigneault et est indépendantiste.
