Monsieur le premier ministre du Canada,
À ce qu’on dit, votre armée de commandités battra bientôt en retraite sur la question du 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham, devant la détermination des patriotes du Réseau de résistance du Québécois, auquel j’adhère fièrement. Alors, pour mieux préparer votre prochaine offensive, vous avez commencé de haranguer vos troupes avec des arguments tous plus fallacieux les uns que les autres. Vous prenez le Bloc Québécois pour cible : il diviserait la population, confondrait le passé avec le présent et encouragerait la violence.
Vous êtes sans doute capable de vous accommoder des protestations du Bloc Québécois, du Parti Québécois et d’autres mouvements souverainistes. Vous êtes capable de faire fi des nombreuses condamnations sur la place publique. Vous êtes prêt à tout dans votre univers éthéré de la politique fédérale, mais vous frappez un mur lorsque vous rencontrez la détermination des patriotes du RRQ, qui se proposent d’envahir les plaines et de gâcher vos carnavals historiques. Là, vous reculez. Tiens, tiens. La répression a ses limites, n’est-ce pas ? Il faut quand même s’arranger pour toujours avoir le beau rôle, et c’est moins facile lorsque des patriotes montent aux barricades que lorsqu’un parti politique esseulé s’oppose à vos projets.
Avec l’argent que vous confisquez à la nation québécoise et avec votre pouvoir de le dépenser comme bon vous semble, y compris dans les champs de compétence des provinces, il est habituellement facile d’avoir le beau rôle. Les subventionnés fédéraux, les universitaires avec leur chaire du Canada et les autres vautours fantasmant à l’idée de déchiqueter le cadavre en décomposition se bousculent au portillon. Alors, vous pontifiez du haut de votre trône avec l’assurance de celui qui tient les cordons de la bourse et les rênes du pouvoir.
Le maître diviseur agitant le chiffon rouge
Après avoir acheté la fondation de Québec, vous avez voulu récidiver en achetant la bataille des plaines. Déjà propriétaire du lieu historique, vous vous êtes dit que vous et votre valet Juneau pouviez bien en faire ce que vous vouliez, sans consulter le peuple qui y a subi une blessure profonde dessous l’armure. Vous pouviez faire avaler à ce peuple l’histoire révisée à votre manière, une histoire sans conquérant, ni conquis, où la nation québécoise se fond docilement dans le magma canadien. Une histoire où la capitale de la nation devient une succursale d’Ottawa. Après les minutes du patrimoine, voilà que vous nous concoctiez les minutes de la bataille des plaines.
Facile, vous disiez-vous. Il n’y a qu’à employer la bonne vieille recette : vous payez généreusement les vautours avec l’argent de la nation québécoise pour qu’ils effacent les mémoires à grands coups de feux d’artifice, de spectacles dépolitisés et de reconstitutions amicales. Dans l’autre camp, abandonnés par leur gouvernement national de vendus et mitraillés par des médias au service des profiteurs fédéraux, les patriotes ne sont pas de taille. Ils doivent se débrouiller avec des moyens dérisoires. La nation québécoise se retrouve divisée entre ceux qui acceptent de jouer votre jeu pour leur plus grand profit personnel ou corporatif et les fiers Québécois qui ont conservé leur dignité, mais qui gaspillent souvent leurs cartouches à tirer sur leurs compatriotes obséquieux. Et hop ! le tour est joué. Vous n’avez certainement pas de leçon de division à recevoir du Bloc Québécois. Vous êtes un maître diviseur qui sait agiter le chiffon rouge pour ensuite accuser les autres de l’avoir fait.
Votre réseau de propagande radiocanadien, financé avec des centaines de millions de dollars puisés chaque année dans les poches de la nation québécoise, relaie servilement votre appel à l’unité. La majorité de la population du pays est pour l’unité nationale, dites-vous. Et votre pays, c’est le Canada. Autrement dit, comme à l’époque pas si lointaine de l’accord du lac Meech, le destin du Québec se joue dans votre esprit à Winnipeg et à St. John’s. Ou peut-être aussi à Moose Jaw. La fédération canadienne est la prison de la nation québécoise. On reconnait bien en vous le père véritable de la loi sur la clarté référendaire. Et vous voudriez nous faire croire que la bataille des plaines est strictement un événement historique, qui n’a pas de répercussions actuelles ? Qu’est-ce que ce carcan fédéral d’aujourd’hui sinon un avatar de la Conquête de 1759 ? Pensez-vous vraiment que les Québécois n’en ont pas conscience ? Votre stratégie de la division a ses limites, Monsieur Harper.
Les méfaits fédéraux actuels contre la nation québécoise
La bataille des plaines d’Abraham n’appartient pas qu’au passé. Elle représente le début d’une ère de répression, d’exploitation et de domination de la nation québécoise qui se poursuit plus que jamais aujourd’hui. Ce n’est pas le déni de vos amis des radios poubelles et de la presse de Desmarais qui pourra y changer quoi que ce soit. Vous êtes le successeur de Wolfe, Monsieur Harper. Vous êtes le conquérant. Vous menez une guerre de tous les instants pour que la nation québécoise rentre dans le rang. Vous poursuivez l’entreprise de massacre, d’anéantissement culturel et identitaire et de minorisation des Canadiens français. Je ne vous parlerai pas de tout ce qui s’est passé de honteux depuis 250 ans, comme les 10 000 morts de la Nouvelle-France, la répression sanglante de 1837 et 1838, les conscriptions des deux guerres mondiales, les mesures de guerre en 1970 et la Loi constitutionnelle de 1982, qui a réduit unilatéralement la liberté des Québécois de se gouverner eux-mêmes. Ce serait trop long et on me reprocherait de vivre dans le passé. On me dirait que, maintenant, avec votre fédéralisme d’ouverture, la situation n’est plus la même. Plus la même, mon oeil ! Laissez-moi donc vous rappeler ce qui se passe maintenant, au moment même où je vous écris.
Vous avez déposé, il y a peu de temps, un projet de loi ayant pour effet de réduire le poids du Québec aux Communes. Vous voulez aussi réformer le Sénat sans l’accord du Québec. Conservateurs et libéraux à Ottawa viennent de refuser de faire du français la langue de travail dans les entreprises fédérales au Québec, comme le proposait le Bloc Québécois. La bourse de Montréal ayant été avalée par celle de Toronto, vous voulez créer une commission canadienne des valeurs mobilières et faire fermer celle du Québec pour dépouiller encore davantage Montréal et le reste du Québec de leurs centres de décision. Vous êtes heureux lorsque les cerveaux québécois s’en vont travailler en anglais à Toronto ou à Ottawa.
Vous enlevez 45 millions de dollars aux artistes de la relève, que vous traitez de surcroit avec mépris, et vous donnez 25 millions de dollars à deux riches hommes d’affaires de Toronto pour qu’ils décernent des prix de 100 000 dollars chacun à des artistes étrangers. Vous êtes content des généreux allègements fiscaux dont jouissent les multinationales du pétrole, elles qui font des profits faramineux et qui nous mettent les nerfs en boule avec les montagnes russes des prix de l’essence. Pendant ce temps, vous regardez les industries québécoises agoniser, notamment celle de la forêt. Pour entretenir l’apartheid linguistique au profit de la colonie canadienne-anglaise de Montréal, vous subventionnez le centre hospitalier universitaire de McGill plutôt que de subventionner le centre hospitalier de l’Université de Montréal. Au diable les soins de santé !
Enfin, vous poursuivez en Afghanistan la guerre coloniale et pétrolière qu’avaient entreprise vos frères spirituels libéraux, malgré l’opposition des deux tiers de la population du Québec. Les Québécois en ont marre d’envoyer leurs fils et leurs filles courageux mourir dans les guerres des autres, pour une démocratie à géométrie variable, au profit d’une caste d’exploiteurs et de valets corrompus. Quand les Russes étaient en Afghanistan, les talibans étaient des combattants de la liberté. Aujourd’hui, ce sont des terroristes. La vérité vous importe peu. Seul l’argent compte.
Ai-je besoin de donner encore d’autres exemples des effets très actuels de la Conquête ? Faudrait-il encore que je vous récite toutes les autres manoeuvres de vos prédécesseurs qui, depuis 1759, n’ont eu d’autre but que l’asservissement de la nation québécoise ? La guerre que vous menez n’a rien à voir avec un scandale ou un parti politique, et tout à voir avec le système fédéral lui-même. Trudeau, Chrétien, Martin, Harper, Ignatieff et Layton : même combat contre la liberté de la nation québécoise et pour le fédéralisme de coercition. Demain, un autre que vous prendra le relais à la tête du gouvernement du conquérant et s’emploiera lui aussi à mettre le Québec à sa place. Jusqu’au jour où le Québec cessera d’avoir peur.
La violence sournoise et la raison d’État
Québec est sans doute la seule capitale au monde où, grâce à la déstructuration mentale des radios poubelles et grâce à la propagande fédérale, une partie de la population est heureuse d’envoyer la moitié de ses taxes et de ses impôts dans une autre capitale, pour la gloire d’une autre nation. Ainsi, les gens de Québec ont la grande joie d’être représentés par des députés ayant très bien appris leur leçon de colonisés satisfaits. Ils vous obéissent au doigt et à l’oeil et, comme leurs prédécesseurs libéraux de l’époque de Trudeau ou de Chrétien, rivalisent d’ingéniosité pour se rendre utiles à l’autre nation.
Josée Verner fait partie de ces députés. Elle est l’un de vos chiens-chiens les plus fidèles. Elle fait la belle, rampe sous les meubles, roule sur le dos et exécute bien d’autres pitreries. Il n’y a pas si longtemps, elle affirmait qu’il était hors de question d’annuler la reconstitution de la bataille des plaines. Après révision du scénario, elle s’est vue confier la tâche de jeter l’opprobre sur le Bloc Québécois et le Parti Québécois pour ne pas avoir condamné la colère du peuple. Holà ! On se regarde avant de parler, Médor.
D’abord, il faut que Mme Verner soit drôlement culottée pour exiger de ses adversaires politiques qu’ils condamnent des menaces de violence dont ils ne sont aucunement responsables et pour laisser entendre que les menaces ne viendraient que d’un seul camp. Ayant été influencés par la campagne des arriérés profonds des radios poubelles contre le RRQ, certains fédéralistes zélés, qui font sans doute partie de vos admirateurs inconditionnels, se sont sentis investis d’une mission sacrée. Ils ont écrit à Patrick Bourgeois qu’il était un « enfant de pute de chienne » et un « bâtard de la pire espèce ». Ils lui ont dit espérer que les autorités l’attendent à Québec avec « des matraques et du gaz en masse ». Ce n’est qu’un petit échantillon des propos édifiants crachés par le camp fédéraliste qui, selon Mme Verner, a l’autorité morale pour réprimander les souverainistes. Remarquez toutefois que le peloton d’exécution fédéral n’a rien de terrifiant. Il est en majorité composé de vieillards incontinents qui n’ont rien d’autre à faire de leurs années de retraite que de déféquer sur les vilains « séparatistes ». On retrouve leurs excréments un peu partout dans l’Internet dès qu’on entre leurs noms dans un moteur de recherche.
Ensuite, il faut tout un culot à Mme Verner, ses amis des radios poubelles et sa brigade sénile pour invoquer le respect de l’ordre public et condamner les appels à la désobéissance civile du RRQ. Rappelons-nous octobre 1995. Le camp fédéraliste se moque des règles démocratiques que s’est données la nation québécoise pour décider de son avenir. Des Canadiens anglais venus nous dire leur grand amour débarquent à Montréal dans des autocars et des avions affrétés par de généreux donateurs dont les dépenses ne seront jamais comptabilisées par le camp du non. La machine à naturaliser les immigrants s’emballe. Des étudiants ontariens et albertains se font passer pour des Québécois et votent pour le non. Une gigantesque fraude a lieu au nom de l’unité canadienne. Ottawa et ses collabos n’ont surtout pas de leçon de respect de la loi et de la démocratie à donner aux souverainistes québécois.
Vous avez le beau rôle, n’est-ce pas, Monsieur Harper ? Vous n’avez pas besoin, vous, de manifester dans la rue et de vous salir les mains. C’est tellement facile quand on a la raison de l’État fédéral pour soi. Quand on peut compter sur la complicité de ses homologues libéraux et néodémocrates pour écraser la nation québécoise par une violence sournoise, faite d’humiliation, de corruption et de mensonges. Israël a le droit de se défendre, avez-vous dit lorsque cet État criminel a fait pleuvoir des bombes sur le Liban. Dans votre esprit, le raisonnement est sans doute le même au sujet de la fédération dont le Québec est prisonnier : cette fédération a le droit de se défendre. Les Québécois n’ont d’autre choix que d’accepter leur condition de vassaux, car Dieu est avec le Canada et vous confie la mission d’accomplir sa volonté.
Sachez toutefois que, si triomphante et confortable que puisse être, en apparence, la domination d’Ottawa sur le Québec actuellement, les jours de cette domination sont comptés. Le RRQ et le reste du mouvement indépendantiste québécois n’abandonneront jamais. Si vous pensez calmer le jeu simplement en reculant sur la question de la reconstitution de la bataille, détrompez-vous. Nous sommes loin d’être satisfaits. Vous et vos collabos allez restituer le Québec à la nation québécoise. Pour commencer, vous allez lui redonner ses plaines d’Abraham et cesser d’y organiser, avec l’argent des Québécois, vos grotesques festivités. La nation québécoise va pouvoir y faire disparaître les symboles humiliants de la Conquête et votre unifolié impérial qui flotte partout au coeur de sa capitale.
La nation québécoise a tant d’objets de fierté qu’elle n’a pas besoin d’honorer ses bourreaux comme s’ils avaient été ses bienfaiteurs. Une nation qui avait exploré les deux tiers d’un continent, fait preuve de génie et de ténacité pour s’y établir et su tisser des liens fraternels avec les peuples autochtones n’avait pas besoin d’un conquérant pour lui apporter la civilisation. La nation québécoise n’aura pas de peine à trouver dans son histoire de valeureux personnages à honorer par ses monuments et ses toponymes.
Vous pouvez toujours reconstituer la bataille des plaines d’Abraham à Ottawa et vous affubler d’une perruque et d’un mousquet si ça vous chante. Ça ferait peut-être même un effet boeuf au Stampede de Calgary. Mais, cet été, vous allez comprendre que le Québec appartient aux Québécois, quelle que soit leur origine, et non à ceux qui occupent leur territoire au nom du fédéralisme dominateur que vous représentez.
En 1759, nous avons perdu une bataille, mais nous allons gagner la guerre. Vive le RRQ ! Vive le Québec libre !
Bernard Desgagné
Le 15 février 2009

