Madame Ferretti, j’éprouve le besoin de vous exprimer mes regrets. Récemment, en écho à un autre intervenant, Monsieur Laurence, j’ai fait ici mémoire de l’importance d’un personnage comme Pierre Bourgault et d’un mouvement comme le RIN dans les années 60 et au-delà. J’ai omis par ailleurs de mentionner l’importance de votre présence, de votre pensée, de votre parole et de votre action pendant cette période et jusqu’à maintenant. Comme femme, j’aurais dû y être tellement plus sensible. Désolée. Sans compter l’atout que représente le fait que vous êtes toujours là.
À ma décharge, il y a le fait que, en ce qui me concerne, je vous ai moins connue, un peu par négligence peut-être. Mais dans les années soixante, je n’étais qu’une jeune étudiante qui, loin en région, s’éveillait à la cause nationale, à travers la parole de Bourgault et celle de René Lévesque. Ce sont eux, pour ma part, qui m’ont réveillée. Dans les années soixante et ensuite, en dehors de Montréal et des cercles du militantisme constant et fervent, c’est surtout Pierre Bourgault et d’autres figures masculines que nous entendions parler. Et quelque peu Louise Harel... dans les années soixante-dix. N’êtes-vous pas beaucoup restée Montréalaise ?
Mais voilà que soudain, à partir de l’intervention d’un participant de Vigile, j’ai eu envie de rattraper mon retard. Et j’ai commencé à vous lire. C’est un début et à ce que je lis depuis, il y a en moi une plutôt forte résonance. Ce que je reproduis ici, signé Hélène Pednault :
« Ferretti (...) n’a pas besoin d’aller poser des bombes avec le FLQ,elle en est une.Sa lutte à elle n’est jamais clandestine. Le jeu de Ferretti est toujours ouvert,elle agit en pleine lumière et tout le monde connait le fond de sa pensée. »
ceci m’inspire un fort élan de respect et me donne encore davantage envie de connaître plus à fond votre pensée, même si elle me heurte parfois. Je vais continuer à l’explorer. Mais, en attendant, je souhaiterais que nous puissions vous entendre sur cette proposition de Monsieur Michel Laurence de relancer un RIN actuel. Ouvert aux jeunes ou dont ils s’empareraient ? Et pourquoi n’en seriez-vous pas vous-même une inspiration ?
Je sais que vous êtes fort discrète actuellement sur ce site et son forum mais... pourrions-nous vous entendre là-dessus ?
Et pour ce faire, je vous cite, comme en une sorte d’ introduction :
(Texte du 15 avril 2003 présenté sur Vigile, après l’élection du Parti Libéral)
« Comment, maintenant, mener victorieusement ce combat ?
D’abord en faisant confiance à notre peuple, à tout notre peuple.
Ensuite en évaluant correctement nos forces et en les conjuguant. Car, malgré les apparences contraires, elles sont nombreuses.
La première, sur le plan politique, demeure le Parti québécois, précisément parce qu’il est dans l’opposition et qu’il peut, de ce lieu, après dix-huit ans d’un exercice non concluant du pouvoir, non seulement repenser entièrement sa stratégie en fonction d’une reprise du pouvoir fondée clairement sur un appui du peuple à un projet de réalisation de l’indépendance, mais aussi repenser son objectif, abandonnant une fois pour toutes les options de souveraineté-association, souveraineté-partenariat, reconfédération, etc. et en se redonnant un programme social-démocrate cohérent. Car, qu’on aime cela ou pas, la mobilisation de notre peuple pour sa libération nationale n’est possible que dans la proposition d’un projet de société progressiste. C’est d’ailleurs ce qu’ont prouvé en 1995 les mémoires et débats présentés et tenus lors les commissions sur la souveraineté.
La deuxième, étant l’ensemble des mouvements indépendantistes et des mouvements sociaux, communautaires et syndicaux progressistes qui peuvent et doivent revendiquer par tous les moyens, sans relâche et sans restrictions (comme celle par exemple de nuire au Parti québécois) des politiques économiques, sociales et culturelles favorables à l’affirmation nationale, sociale et culturelle du peuple québécois, mettant ainsi en lumière l’incapacité du Part libéral à gouverner le Québec selon les aspirations et les besoins du peuple.
La troisième et non la moindre, c’est l’union redevenue possible entre le Parti québécois et tous ces mouvements de revendication nationale et sociale.
Bref, il nous reste à nous remettre à la tâche avec la conviction que nous avons de nombreux acquis, suffisamment d’expérience pour ne pas répéter nos erreurs, et, au pouvoir provincial, un ennemi facilement identifiable à combattre. »
Si cette vision est sensiblement la même aujourd’hui... nous pouvons la reprendre, non ?
Merci

