Madame la chèfe de mon Parti (jusqu’à maintenant),
Ne dit-on pas qu’il faut battre le fer pendant qu’il est chaud ? Au Québec, Madame Marois, le fer est chaud ! chaud ! chaud ! Vous le savez tout comme moi, sinon plus. Et personne ne doit s’enfuir avec le tisonnier. Pas plus qu’avec la Caisse... de Dépôt !
Je sais que vous aimez être appelée Pauline mais là, disons que je m’éloigne de la bonne franquette et de l’"inoffensivité". J’attends autre chose de vous. Pour moi, vous devez être une figure de proue – animée cependant - à l’avant d’un navire qui avance en fendant les vagues et non d’un navire en cale-sèche. J’ai cru, et je crois, que vous en êtes capable. Vous en avez même la fière allure. Et j’estime toujours que vous êtes une femme qui peut à tout moment – et peut-être surtout à celui où l’on si attend le moins - surprendre et confondre parce que je crois que vous êtes curieuse de comprendre, d’apprendre et de bûcher si nécessaire pour atteindre le but. On vous dit ambitieuse, je vous crois surtout volontaire. Méthodique et déterminée. Je prends une chance là-dessus, comme on dit.
Si j’ai appuyé d’entrée de jeu (au titre) sur le caractère d’ouverture de cette lettre, c’est qu’à deux reprises au moins, je vous ai adressé des lettres qui sont restées sans réponse. Je le mentionne pour votre entourage. La première lettre que je vous ai adressée était pour m’indigner, au départ de la campagne électorale de l’automne dernier, des bassesses machistes de journalistes à votre endroit, et la deuxième pour vous interpeller au sujet de votre façon de "discarter" de votre jeu le résistant Patrick Bourgeois lors de la Bataille des Plaines version 2009. Ces lettres dirigées vers vous via des canaux officiels, dont un sur le site du PQ, en cliquant tout en haut de la page d’accueil, à gauche de la droite... pour écrire à la Chèfe. Pour toute réaction, j’ai reçu l’espèce d’accusé-réception automatique et instantané, anonyme et déplaisant, qui me fait penser à la voix bêtement souriante – sans le sourire ; on n’a heureusement pas encore pensé à ajouter le ;) - qui nous prie de patienter parce que notre appel est important pour la Maison et qui nous met sur la voie d’évitement aux accents de musique d’ascenseur. Étant allergique à ce genre d’accueil et de réception, j’ouvre donc plutôt cette nouvelle lettre ici, sur Vigile.
Je vous écris cette fois pour vous partager ma confusion, mes hésitations et mon attente principale...
Je suis encore membre du PQ, ma carte, dont je n’ai toujours pas reçu de version officielle, expirant à l’automne 2009. Je n’ai pas encore fait cette année à vos caisses - ni à celles de Vigile mais cela ne tardera pas - le modeste don $ habituel - à ma mesure - car je suis de par nature procrastineuse mais aussi parce que je ne sais plus trop bien où j’en suis de mes convictions. Ici, sur Vigile, et ailleurs en société, avec mon entourage, ma famille, mes amis, mes voisins, je continue de me débattre pour convaincre que le véhicule politique le plus accessible et le plus efficient pour transporter vers le pays ceux qui le veulent est toujours le PQ. Et que, même s’il pouffe, tousse, crache, dégage des gaz à effets de serre, avance lentement, il vaut encore mieux payer son ticket pour l’emprunter que de rêver d’un TGV qui n’existe pas. Mais ne voilà-t’y-pas que je commence à avoir des doutes... Peut-être qu’un TGV... ?
D’abord, parlons du magnifique mot de SOUVERAINETÉ. Que j’aime ! Parlons-en ! Pour ma part, je suis sensible à la beauté des mots et celui-là m’apparaît l’être – BEAU - tellement plus que l’autre : INDÉPENDANCE. Mais voilà que - même en l’écrivant à l’instant - ce dernier, tout à coup, se met à m’interpeller. Je me mets à l’appeler moi-même de mes vœux. Pourquoi ? Peut-être avons-nous de fait galvaudé le premier ; nous l’avons enrobé de sucre et de chocolat et lui avons ainsi dérobé sa force - comme le signale l’auteur d’un Manifeste pour un Québec fier, Monsieur Michel Laurence. Et,« on ne peut attendre de vraie douceur que de la Force » a dit je ne sais plus qui. Alors, ma question unique au fond, c’est : POURQUOI NE PARLEZ-VOUS PAS D’INDÉPENDANCE ? Vous et chacunE de nos éluEs INDÉPENDANTISTES ? Qu’avons-NOUS à perdre ? Qu’avez-VOUS à perdre ? Sauf si les hypothèses qui sont parfois formulées s’avéraient, pourquoi ne parlez-vous pas CLAIR et VRAI, si vous êtes là pour l’objectif ? « La bouche parle de l’abondance du cœur » non ?
De par les temps qui courent, je sonde notre mémoire collective ; je lis, je lis, je relis, en plus de passages de notre histoire, des auteurs comme Robin Philpot, Patrick Bourgeois, Pierre Bourgault, Pierre Vadeboncoeur, Jacques Grand-Maison, Claude Morin, René Lévesque, Jacques Parizeau, Andrée Ferretti, André D’Allemagne, Hubert Aquin... J’essaie, à travers eux, de comprendre POURQUOI nous tardons tant ? Alors que le peuple du Monténégro...
J’ai tendance à partager la vision de Pierre Bourgault sur le prix de la lâcheté, que nous avons payé, pour ne pas avoir voulu parler franchement, haut et fort, sans détours. Il y a une publicité bancaire qui nous sollicite de ce temps-là : « Oser, ça fait grandir ! » qui vient après :« Il ne se passe jamais rien pour moi, je me demande pourquoi ? » Pour avoir voulu taire et ruser, faire croire ; pour ne pas effaroucher, ne pas faire peur... La première raison de nos défaites - avant même l’argent et les votes disons "aliénés" en 95 – ne serait-elle pas, comme le pense Bourgault, la lâcheté de la PAROLE de 76 à 94/95 (bref mais merveilleux intermède) et encore maintenant. Quant à l’autre raison, qui se confirme à moi si fort au fil de mes lectures, c’est notre perpétuel entre-déchirement, nos guerres de chapelles, nous qui croyons nous être libérés des clochers. Et ce, dès les débuts du Mouvement : RN/RIN/MLP/RP/FLQ/MSA/PQ ; Grégoire/Bourgault/Ferretti/Lévesque...
Terribles, les jugements des uns sur les autres, les jambettes, les pieds-de-nez, les insultes, le mépris... D’où ça nous vient, donc ? Je lève pourtant mon chapeau à Bourgault, Ferretti et à d’autres dont il se peut que j’ignore encore l’oblation (en 76/80/95) qui sont montés malgré tout dans la locomotive pour la création du PQ et pour les référendums. Bourgault dira que ce fut là sa pire erreur (en 68). Je ne partage pas son avis. Je crois que les failles en 80 comme en 95 et leurs correctifs nous appartiennent collectivement. Pas de lavages de mains après coups : « IL/ELLE aurait dû faire ceci, n’aurait pas dû faire, devrait faire ... » . Nous aimons tellement chercher les FAUTES !... des autres ? Le jugement de Pierre Bourgault sur René Lévesque est terrible. Pourtant, Bourgault a choisi, appuyé et participé. Alors... On assume. Bien sûr on peut questionner, analyser, critiquer mais non pas démolir après coup. Je crois que tous les acteurs de ce rêve d’indépendance depuis 1960 et un peu avant, ont agi au meilleur de leurs convictions et de leurs personnalités. Qu’aurait vraiment réussi Bourgault, lui-même enfirouappé dans les problèmes de son groupe et avec son entourage ? Son navire ne sombrait-il pas ? Avec des Si...
Voilà pourquoi, madame Marois, je ne quitte pas maintenant le PQ, votre/notre Parti, parce que les autres groupes qui font son procès et le passent constamment à tabac ne répondent pas - sur la place publique en tout cas – à la question : COMMENT ? Vous allez la faire COMMENT l’INDÉPENDANCE ? Vous allez procéder COMMENT ? Vous allez vous y rendre par QUELS chemins ? Avec QUI ? Qu’en est-il des plans, des budgets, des experts et des infrastructures pour le TGV ? Pour ma part, je n’obtiens pas de réponses qui m’apparaissent valables à ces questions.
Donc, je reste avec le PQ pour l’instant et je me dis que si nous voulons réussir ce grand projet un jour, il faut au moins éviter ces quatre erreurs manifestes du passé :
Laisser – et offrir sur un plateau - le pouvoir à l’argent – à Desmarais entre autres, notre argent au fond, nous démontre Robin Philpot ! Actuellement, le contexte est bon pour la dénonciation et le refus des magouilles de ces magouilleurs-potentats. Et là-dessus, merci à ceux qui sont allés le faire savoir devant la Caisse de Dépot, le 11 mai. Le PQ n’aurait-il pas dû être là, Mme Marois ? Et le Bloc ? Et tant d’autres ?
Laisser le soin de rallier les Néo-Québécois aux Canadians - et pour ce, laisser la langue anglaise continuer ses gains, même chez notre jeunesse, chez certains artistes de la relève - relève de quoi ? - et dans nos écoles. L’heure devrait être aux dents pour la Loi 101, fût-ce de prothèses. Et il nous faut témoigner, chacun de nous, de ce que nous sommes auprès d’au moins quelques nouveaux arrivés d’ici le prochain vote. Les attirer à nous.Leur donner envie de nous épouser. Peut-être ne demandent-ils pas mieux. Et auprès de quelques membres de la communauté juive-québécoise, tiens – puisque nous les avons nous-mêmes jadis exclus de nos rangs et qu’ils pèsent lourd du côté du NON.
Nous taire. L’heure est à la Parole. Droit et surtout Devoir de Parole. Et j’aime bien ce qu’écrit Andrée Ferretti sur la façon d’André d’Allemagne de militer : (Il) « ne cherchait jamais à convaincre autrement que par l’exposé sobre et documenté des causes proches et lointaines de notre dépossession, de notre aliénation et des raisons fondamentales qui rendent nécessaire l’avènement de l’indépendance nationale... » Et elle ajoute : « Je peux témoigner que cette manière passionnée et tout autant sereine (...) de communiquer son savoir et son espoir a toujours profondément touché ses auditeurs, qu’ils aient été intellectuels, ouvriers, artistes, vieux, jeunes, hommes ou femmes. » (La passion de l’engagement, p. 185)
Nous mépriser et nous détruire entre nous. Si nous apprenions le respect... Ne serait-ce que verbal. Même dans la bagarre. Et je pense à cette force sûre mais calme des arts martiaux.
Contourner ou tromper la peur. Si nous n’avons pas fait l’Indépendance par peur, rappelons-nous que ce n’est qu’en parlant ouvertement d’une chose qui effraie qu’on lui retire son pouvoir. Répondons aux questions. Démystifions. Vous aviez commencé à parler vrai en faisant allusion aux remous qui suivraient un Oui du peuple Québécois à lui-même. On vous a fait taire ou vous vous êtes tue. J’aurais aimé que vous continuiez. Aussi Jacques Parizeau après ses propos sur l’Argent et les votes... aliénés. Et sur cet État Desmarais qui nous tue.
Avant donc de débarquer de ce Parti que je crois encore susceptible d’être réinvesti par les tenants de la FERMETÉ, de la CLARTÉ, de l’AUDACE et de l’INDÉPENDANCE, je vais attendre un peu pour voir... Tant que Jacques Parizeau ne le reniera pas... Je sais, Madame Marois, que beaucoup de militants vous demandent de PARLER de ce Québec libre. Ou le souhaitent. D’en parler non seulement de temps à autre et du bout des lèvres dans les Congrès ou dans les exécutifs - où l’on ne semble pas en parler très fort d’ailleurs. Et, on a finalement ici réussi à me convaincre, je crois maintenant, à mon grand regret par ailleurs, qu’il faut parler non plus de SOUVERAINETÉ mais d’INDÉPENDANCE. Le mot est plus fort. Parce que moins contaminé. Plus giflant. Et il faut des gifles - morales/intellectuelles – pour réveiller. Certains en donnent ça et là, à leurs façons, de ce temps-ci, et je ne les blâme pas. Mais si vous ne vous mettez pas tout de suite – vous et nos éluEs, et toutes les instances locales, nationales et régionales indépendantistes - à parler d’INDÉPENDANCE jusqu’à l’obsession, voire au « beau risque » d’être battuEs à plate couture au prochain scrutin, je vais débarquer à mon tour. Et je sais que beaucoup sont sur le bord de... – ne faut-il pas déjà pratiquer les tournures anglaises ? – mais non, il n’y a qu’à ajouter : sur le bord de « filer à l’anglaise ».
Merci de me répondre.


