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Quand on fait la morale aux autres, il faut être soi-même irréprochable. Ça vaut pour les pays comme pour les individus.
Allez voir dans votre dictionnaire la définition du mot chauvin. Le mien dit : « Qui a une admiration outrée, partiale et exclusive pour son pays. » Autrement dit, si c’est de chez nous, c’est toujours bon, généralement sublime et forcément mieux que ce qui vient d’ailleurs.
Comprenez-moi bien : il est normal d’être fier de son pays. Il est légitime aussi de croire que votre pays a quelque chose d’unique à apporter au patrimoine commun de l’humanité. C’est ce que je ressens et souhaite pour le Québec.
Mais cela n’a rien à voir avec cette intime conviction de tant de Canadiens, plus souvent anglophones, que le Canada serait d’une essence morale supérieure aux autres nations, qu’il est une sorte de condensé de plus belles vertus humaines et, à ce titre, un exemple dont les autres pays devraient s’inspirer.
De nombreux Canadiens sont réellement convaincus que nous sommes plus ouverts, plus tolérants, plus généreux, plus progressistes, plus cool que ces Américains arrogants, ces Français prétentieux ou ces Russes ombrageux. Le monde se porterait tellement mieux, n’est-ce pas, s’il était plus canadien, plus comme nous.
Ce virus qui gonfle démesurément la glande de l’orgueil ne frappe pas seulement Justin Trudeau ou tous ces jeunes Canadiens qui font coudre la feuille d’érable sur leur sac à dos pour qu’on ne les prenne pas pour des Américains ou parce qu’ils pensent que cela les rendra plus sympathiques à Katmandou.
Il frappe aussi d’éminents intellectuels canadiens, comme les Tully, Kymlicka, Taylor ou Ignatieff, inlassables diffuseurs à travers le monde de cette idée du Canada comme phare de vertu éclairant la pénombre de l’humanité.
Dans sa version vulgaire, cela va du mauvais goût cocardier d’un Don Cherry payé par les fonds publics au « plusse » meilleur pays au monde de Jean Chrétien, en passant par les drapeaux canadiens qu’on demandait à nos athlètes de ranger tellement leur nombre mettait les autres athlètes mal à l’aise dans les villages olympiques.
Le Canada complice ?
Il semble bien que, dans la réalité, le Canada lave moins blanc que ce qu’il voudrait laisser croire. En Afghanistan, nos forces armées remettent leurs prisonniers aux autorités locales qui les tortureraient, selon ce que rapportent nos propres diplomates sur place. Si on les torture, c’est évidemment pour leur extraire des renseignements qui profiteront à ceux qui les combattent, donc à l’armée canadienne.
Bref, le Canada foulerait aux pieds les conventions internationales à propos des droits des prisonniers de guerre dont il est signataire.
L’opposition libérale était en bonne voie de déchirer une pleine mercerie de chemises quand on a appris que les gouvernements Chrétien et Martin en avaient été informés dès 2002 et à chaque année depuis.
Ajoutez à cela des explications loufoques. Lundi, tout cela n’était que rumeurs sans fondement. Mardi, des gens impartiaux veillaient au bon traitement des prisonniers. Mercredi, une entente formelle entre les gouvernements canadien et afghan encadrait tout cela. Jeudi, pas d’entente mais l’intention d’en conclure une. Une duplicité bien peu canadienne.
Évidemment, il n’y a pas de solution simple. Les forces canadiennes ne peuvent garder indéfiniment ceux qu’elles capturent. Avant de les remettre aux autorités afghanes, l’armée canadienne les livrait aux Américains qui s’y connaissent aussi en méthodes persuasives pour vous faire jaser.
Guantanamo et Abou Ghraib, ça vous dit quelque chose ?
Il est vrai que le Canada fait partie d’une coalition de 37 autres pays présents en Afghanistan, qui vivent tous le même dilemme. Mais au moins ces autres pays ne passent pas leur temps à bomber le torse pour faire la morale au monde entier.

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