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Les trois chefs jouent leur avenir politique ce soir
Denis Lessard
La Presse
mardi 13 mars 2007


C’est le match de leur vie que disputeront ce soir les chefs des trois principaux partis politiques. Jean Charest, André Boisclair et même Mario Dumont risquent de jouer leur avenir avec le débat des chefs, un affrontement télévisé qui, inévitablement, pèsera lourd sur le choix des électeurs le 26 mars.

Des centaines de milliers de Québécois auront un contact « sans filtre » avec les leaders et leur programme. Les téléspectateurs ne suivront pas nécessairement la totalité des deux heures d’échanges, diffusés du Parlementaire, le restaurant du parlement. Mais au cours des dernières années, à Québec comme à Ottawa, le débat télévisé a souvent été un tournant des campagnes électorales.

Déjà les attentes sont élevées pour Jean Charest comme pour Mario Dumont, pour des raisons très différentes. Depuis plusieurs jours, illustrant la remontée de l’ADQ dans les sondages, la campagne électorale semble avoir tourné au duel entre ces deux chefs. La pression est d’autant réduite pour André Boisclair, mais sa visibilité risque de l’être aussi.

Jean Charest, qui bénéficiait du lourd avantage de pouvoir choisir le moment du déclenchement des élections, pourrait-il se contenter de ramener aux libéraux un mandat minoritaire ? Sous haute surveillance au sein de son propre parti, André Boisclair peut-il se contenter d’un parcours sans erreur, alors que le pouvoir semble s’éloigner jour après jour ? Quant à Mario Dumont, qui semble avoir le vent dans les voiles, quel effet aurait sur lui une nouvelle descente aux enfers qui aurait un air de déjà vu : une reprise de l’euphorie suivie d’une campagne catastrophique en 2003 ?

Le chef libéral en sera à son troisième combat télévisé sur la scène provinciale. Mais ce débatteur redoutable sera pour la première fois sur la défensive. Jusqu’ici il n’avait eu qu’à attaquer les premiers ministres Lucien Bouchard ou Bernard Landry ; cette fois, ce sera à lui d’expliquer les listes d’attente dans le réseau de la santé, ou l’absence des baisses d’impôts promises en 2003.

« Je m’attends à être le menu. Ça va être rude pour moi. De toute évidence. Je ne me fais aucune illusion sur qui sera attaqué avec le plus de virulence », a reconnu Jean Charest qui prévoit être « la cible » ce soir.

Les conseillers d’André Boisclair soulignent pour leur part son sens de la discipline dans la préparation du duel. Depuis plusieurs jours, il potasse un volumineux cahier à anneaux où les recherchistes péquistes ont rassemblé l’incontournable de chaque dossier, les positions du PQ et les répliques à servir à l’adversaire. Selon Mme Perron, chef de cabinet d’André Boisclair, le leader péquiste ne risque pas de rester dans l’ombre d’un duel Charest-Dumont en dépit des derniers jours de la campagne électorale.

Son objectif, indique-t-on dans les coulisses : couper court à la perception qu’il n’est pas le meilleur des trois chefs pour diriger le Québec. Cette lecture est largement répandue dans les sondages : M. Boisclair arrive désormais loin derrière Jean Charest et Mario Dumont quand on demande qui est le plus « premier ministrable » des chefs.

Dans une entrevue à la radio de Radio-Canada hier midi, M. Boisclair soulignait qu’il avait clairement à portée de tir le bilan des libéraux et l’absence d’équipe de Mario Dumont pour marquer des points.

« Je me prépare modestement, j’aime aller dans le détail des dossiers, j’aime avoir les réponses aux questions. Je prépare les éléments de mise en vente de notre programme, ce sera pour moi, je l’espère, l’occasion de parler de notre plateforme électorale », a affirmé M. Boisclair.

Selon André Lauzon, responsable du débat pour l’ADQ, quoi qu’en dise Jean Charest, c’est Mario Dumont qui sera sur la sellette ce soir. « Parce qu’on regarde les sondages. Et l’ADQ qui monte, c’est un parti qui dérange les deux autres, qui casse leur party. » Aussi Mario Dumont s’attendait à ce que ses rivaux sortent « la bombe atomique » ce soir.

Pas question pour autant de gaver le chef adéquiste : en prévision du débat, « se bourrer raide en information cela ne sert à rien, c’est comme attendre la veille de l’examen pour étudier », souligne le stratège.

Pas de simulations pour aiguillonner le débatteur de l’ADQ. Avec ses conseillers il a repassé son programme, préparé des répliques pour toutes sortes d’attaques. M. Dumont aura eu un entraînement à la dure, il y a quelques jours : à l’émission Tout le monde en parle, on lui a présenté, en vain, un tableau où il devait chiffrer ses engagements.

>>> Avec la collaboration de Malorie Beauchemin, Tommy Chouinard et Hugo De Grandpré

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