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Les signes avant-coureurs
Gilbert Lavoie
Le Soleil
mardi 30 janvier 2007


Il y a des choses qui ne trompent pas en politique. Quand Louise Beaudoin a annoncé qu’elle ne serait pas candidate pour le PQ, en fin de semaine, tout le monde a compris qu’elle ne croyait plus aux chances d’André Boisclair de gagner les prochaines élections.

"Je ne me voyais pas dans l’opposition pendant cinq ans", avait expliqué Mme Beaudoin le 15 avril 2003, en annonçant son retrait de la vie politique. C’est la même raison qui l’a incitée à annoncer qu’elle ne serait pas candidate cette année.

Louise Beaudoin est une femme de pouvoir : simple députée sur les banquettes de l’opposition, ça ne l’intéressait pas. Pourtant, elle devait faire partie de l’équipe de rêve d’André Boisclair. À la fin de 2006, elle expliquait encore, en privé, attendre le déclenchement des élections pour confirmer sa candidature, en raison de son emploi à l’Université du Québec à Montréal. Les égarements du chef et la mauvaise fortune du parti l’ont convaincue du contraire.

Louise Beaudoin a un incroyable réseau de contacts au sein du Parti québécois. Elle savait sans aucun doute que les sondages et les groupes de discussions menés par les experts du parti n’étaient pas favorables. "Se faire battre, ce n’est jamais agréable, avait elle déclaré en 2003. Quand on se présente, c’est pour gagner". En 2003, elle était ministre sous Bernard Landry ; elle n’avait pas le choix. En 2007, elle avait ce choix et elle l’a exercé. Tant pis pour l’équipe de rêve...

Le retour au pays d’André Boisclair et la réunion de la Conférence des présidents, samedi prochain à Québec, ne pouvaient survenir à un pire moment. On savait déjà que le doute s’était installé au PQ. Les départs de députés comme Stéphan Tremblay et Jonathan Valois ont ouvert la porte à des candidatures de calibre chez les libéraux. Jean Charest s’est fait un point d’honneur d’aller à Alma, dimanche, pour présenter son candidat-vedette, le docteur Yves Bolduc, qui fera la lutte au successeur péquiste de Stéphan Tremblay.

Autre surprise, la candidature pour les libéraux de MM. Claude Corbeil et Yves Baril, présidents respectifs de la Fédération des producteurs de porcs du Québec, et de la Fédération des producteurs de volailles. Traditionnellement plus proche du PQ que du PLQ, l’Union des producteurs agricoles envoie ainsi un message à M. Boisclair qui s’est fait des ennemis en milieu rural, lorsqu’il était ministre de l’Environnement.

Normalement, l’annonce des candidatures constitue un outil précieux pour mobiliser les troupes à l’approche d’une campagne électorale. Les libéraux ont fait quelques bons coups au cours des dernières semaines, notamment dans Rivière-du-Loup, avec le maire Jean D’amour. Même chose dans Vanier, avec l’arrivée de Jean-Claude L’Abbée. Le PQ a bien tenté de contrer la manoeuvre en annonçant que Jean-François Bertrand, le fils de Guy, serait candidat, mais il ne fait pas l’unanimité et l’assemblée d’investiture n’a pas encore été convoquée. Même l’ADQ, avec ses moyens limités, a trouvé le moyen de nous surprendre, en fin de semaine, en obtenant l’appui de quatre maires de l’ouest de l’Île de Montréal. Ça ne lui donnera pas de députés à Montréal, mais ça encouragera les militants des autres circonscriptions.

C’est dans ce contexte que M. Boisclair participe ce soir à l’assemblée d’investiture de Pierre Curzi, dans Borduas. M. Curzi est une vedette. Il a été invité à Tout le monde en parle, dimanche soir, Son assemblée d’investiture devait être un beau moment pour les militants péquistes, mais elle sera ternie par le sondage CROP de ce matin.

Le plus dur, dans ce sondage, c’est très certainement la réponse des Québécois à la question de savoir lequel des chefs est le plus apte à gouverner. M. Boisclair se retrouve au niveau de Mario Dumont, à 22 %, et Jean Charest mène avec 29 %.

Évidemment, il ne s’agit que d’un sondage, d’une photographie de l’humeur populaire à un point donné dans le temps. Ce sont les tendances lourdes qui comptent.

Mais justement : les intentions de vote pour le PQ n’ont jamais récupéré le terrain perdu depuis qu’elles sont descendues sous la barre des 40 %, en février 2006. Et pour la première fois, les libéraux viennent de doubler leurs adversaires. Les pressions sur Jean Charest en faveur d’élections hâtives seront énormes.

C’est Ferland qui chantait Fais du feu dans la cheminée, je rentre chez nous. André Boisclair arrive de Paris. Il trouvera la cuisine bien chaude...

Pour joindre notre chroniqueur : glavoie@lesoleil.com




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