Les scandales de la FTQ, de 1974 à nos jours - Liberté de choix et transparence s’imposent

samedi 14 mars 2009

Le 21 mars 1974, des fiers-à-bras de la FTQ-Construction commettent de graves actes de violence sur le chantier de LG-2 à la Baie-James. Ce saccage, qui occasionnera une perte de plus de 33 millions de dollars, une fortune à l’époque, conduira à d’importantes modifications des pratiques syndicales dans le milieu de la construction. Une commission d’enquête, mieux connue sous le nom de la commission Cliche, est alors instituée. Des liens douteux entre les dirigeants syndicaux et le crime organisé sont révélés. Quatre syndicats affiliés à la FTQ sont reconnus coupables d’actes criminels et placés sous tutelle. André Desjardins, directeur général de la FTQ-Construction, fut forcé à démissionner.

Trente-cinq ans plus tard, un nouveau scandale vient frapper la FTQ-Construction. Les dépenses gargantuesques de 125 000 $ en six mois de son directeur général, Jocelyn Dupuis, et les liens de ce dernier avec des membres du monde interlope font la manchette. La similitude entre les deux scandales, à 35 ans d’intervalle, saute aux yeux, à commencer par les enquêtes de la SQ et les liens entre le syndicat et le crime organisé.

Force est de constater cependant que, si la commission Cliche a modifié le paysage syndical québécois, elle n’a pas clairement apporté transparence et démocratie à la FTQ-Construction, ni donné la liberté aux travailleurs de cette industrie de ne pas adhérer à un syndicat.

Action gouvernementale requise

Le gouvernement du Québec encadre et légifère les relations de travail, tout en octroyant des avantages particuliers aux grandes organisations syndicales. Il ne peut aujourd’hui rester les bras croisés devant l’intimidation, la violence et la fraude qui caractérisent toujours le plus gros syndicat québécois.

La semaine dernière, plusieurs travailleurs de la construction au Québec ont été stupéfaits d’apprendre ce que leurs dirigeants syndicaux font de leurs cotisations. S’ils en avaient le choix, plusieurs d’entre eux choisiraient sans doute de se désaffilier. Or, au Québec, on ne peut travailler dans l’industrie de la construction sans être syndiqué. Les syndicats ont ainsi le monopole sur le marché des travailleurs de l’industrie.

Les récents déboires de la FTQ mettent en lumière les failles du modèle syndical québécois et nous obligent collectivement à remettre en question sa raison d’être.

En attendant de redonner la liberté de choix aux travailleurs de la construction, il faudrait au moins s’assurer que les syndicats aient des politiques de reddition de comptes beaucoup plus contraignantes. Au Québec, les syndicats décident librement quels détails financiers ils divulguent à leurs membres. N’importe quelle entreprise privée cotée en Bourse — souvent avec un chiffre d’affaires bien moindre que celui des grandes centrales syndicales — doit fournir une ventilation de ses dépenses beaucoup plus complète et transparente, en plus de rendre des comptes publics.

Comment expliquer qu’en vertu des lois québécoises, une entreprise privée, dont les actionnaires sont libres d’acheter ou non des actions, est soumise à plus de transparence et de démocratie interne qu’une organisation syndicale dont les membres sont contraints d’en faire partie et de payer des cotisations ?

Le modèle américain

Aux États-Unis, les syndicats sont contraints d’ouvrir leurs livres et de révéler de l’information interne sur 47 aspects financiers et 21 aspects non financiers. Ils ont l’obligation de dissocier les dépenses de représentation de celles liées à l’activisme politique. Toutes ces informations sont accessibles sur le site Web du ministère américain du Travail (US Federal Department of Labor).

De plus, rappelons que nos voisins du Sud n’obligent personne à adhérer à un syndicat pour travailler. Les travailleurs américains payent donc librement la part des dépenses syndicales servant à défendre leurs intérêts, sans nécessairement payer pour la propagande politique s’ils la désapprouvent.

Avec les récentes révélations, le temps est venu de se soucier du bien-être des travailleurs plutôt que de celui des dirigeants syndicaux. Le gouvernement doit avoir le courage de redonner aux travailleurs de la construction leur liberté d’association, comme le garantit l’article 2d de la Constitution canadienne, et d’obliger les syndicats à une plus grande transparence financière. Une commission Cliche des temps modernes s’impose !

***

Éric Duhaime, Chercheur-associé à l’Institut Fraser


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