Ne croyons surtout pas que les wikibruits marquent une nouvelle avancée dans l’art de la manipulation. Nous baignons en fait tellement dans l’information-fiction, depuis longtemps, que la conception actuelle du monde qu’ont la plupart de nos compatriotes est largement déterminée par l’accumulation des mensonges ayant, au fil de plusieurs décennies, donné aux bourreaux une image de bienfaiteurs. Ces mensonges à répétition ont convaincu beaucoup de Québécois de la supériorité morale de l’Occident et, plus particulièrement, de l’Empire anglo-étasunien. C’est ce qui permet aux pantins gouvernementaux du complexe militaro-industriel de nous extorquer des milliards de dollars chaque année pour se livrer aux pires crimes, notamment une guerre impérialiste de massacre de populations civiles en Afghanistan et au Pakistan.
Les médias jouent un rôle crucial dans cette structuration de la pensée servant les intérêts de la ploutocratie, mais la vaste majorité des journalistes ne sont que de vulgaires marionnettes dont la docilité, le manque de sens critique et l’ignorance déconcertante sont entretenus par un système dont les propriétaires tiennent solidement les rênes. Un journaliste de Radio-Canada sait très bien qu’il doit rapporter fidèlement pratiquement tout ce que racontent le ministère des Affaires étrangères, à Ottawa, et le Département d’État, à Washington. En revanche, il doit systématiquement mettre en doute les points de vue des « méchants », comme Cuba, la Chine ou l’Iran, et leur accorder une moindre visibilité, sinon les occulter totalement, dans ses reportages. Cette règle fondamentale imprègne toute l’information-fiction dont les médias nous abreuvent quotidiennement et a un effet profondément structurant sur la pensée du commun des mortels.
Des exemples de manipulations colossales
Dans mes chroniques sur Vigile, j’ai déjà parlé à quelques reprises du dossier du fameux génocide rwandais et de ses suites, dossier que j’ai étudié en profondeur. Or, les 100 jours de 1994 ne sont qu’un maillon dans une chaine de massacres qui se déroulent sans interruption depuis 1990 et constituent certainement, avec leur dizaine de millions de morts, le plus grand drame de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle. Ce drame se poursuit encore aujourd’hui derrière un voile de mensonges. L’Empire et ses laquais, y compris le Canada, protègent le plus grand criminel depuis Hitler, Paul Kagame, qui s’est donné le génocide de 1994 comme faux alibi, alors qu’il en est le grand planificateur et le principal exécutant.
J’ai aussi parlé un peu des attentats du 11 septembre 2001, où une histoire fantaisiste est devenue la vérité, tandis que les explications les plus logiques sont taxées de « théorie du complot ». Le monde à l’envers, quoi. J’ai mentionné les mensonges de l’Empire ayant servi à justifier chacune des opérations militaires depuis Hiroshima. J’aurais pu aussi parler de l’assassinat de John F. Kennedy ou des cinq Cubains innocents encore emprisonnés aux États-Unis alors que les groupes terroristes qu’ils tentaient d’infiltrer, en Floride, n’ont nullement été inquiétés. J’aurais pu parler de l’attentat de Lockerbie, un autre mensonge des plus sordides, qui a conduit à l’incarcération d’un innocent, en Écosse, heureusement libéré il y a quelques mois, pendant que les vrais coupables courent en liberté et que la vraie explication est très embarrassante pour les assassins de Washington. Les grands médias ne nous ont jamais dit la vérité sur cet attentat, et les proches de bon nombre de victimes le savent.
Les exemples de manipulation colossale de l’information servant à cacher les crimes de masse les plus crapuleux sont légion. Si ces manipulations, pourtant connues de bon nombre de gens, étaient systématiquement révélées au public par les grands médias, non pas dans un documentaire au milieu de la nuit, mais dans leurs manchettes répétées maintes fois, elles constitueraient des scandales infiniment plus importants que les ragots de Wikileaks. Il existe aussi d’autres manipulations importantes, qui ne servent pas à cacher des crimes, mais plutôt à empêcher les gens d’interpréter la réalité d’une manière qui les inciterait à remettre le système fondamentalement en question. De façon générale, les manipulations ont exactement le même effet que la censure et la propagande systématiques : elles façonnent les croyances profondes qu’ont les gens.
Les croyances des Québécois
Au Québec, les principaux résultats politiques de la manipulation de l’information, dans divers dossiers, sont les suivants : 1) Les Québécois connaissent les États-Unis surtout pour leurs films, leur musique et leurs condos en Floride, ils admirent la puissance de l’Empire et ils acceptent volontiers de participer à son économie de guerre, de pillage et de magouilles financières ; 2) Les Québécois ne comprennent pas les liens de cause à effet entre leurs problèmes provinciaux et le régime qui leur est imposé par Ottawa et ses collabos, donc ils ne comprennent pas, par exemple, qu’en étant obligés de cotiser à la caisse de guerre impériale et mafieuse d’Ottawa et de Washington, ils ont beaucoup moins d’argent pour équilibrer leur budget et financer l’éducation ou la santé ; 3) Les Québécois sont obsédés par le péril musulman depuis une décennie, ce qui les rend malléables lorsque vient le temps de leur vendre la guerre et ses profits.
Une Québécoise que je connais bien se scandalisait récemment des mariages polygames qu’un imam de Montréal célèbrerait apparemment. Pourtant, l’article qu’elle lisait, dans Le Devoir, portait avant tout sur les chefs religieux polygames de la communauté mormone de Bountiful, en Colombie-Britannique. Il s’agit de chrétiens qui ont respectivement 19 et 3 femmes, dont une qui n’avait que 14 ans au moment du mariage. Nous avons beaucoup entendu parler des prêtres pédophiles. Voilà maintenant des pasteurs mormons polygames en plus. Cependant, nous attendons encore les révélations sur les imams pédophiles.
Une autre Québécoise me disait l’autre jour que « la majorité des terroristes sont des musulmans ». Je ne pense pas que cette opinion soit exceptionnelle. Je dirais même qu’une telle affirmation tombe sous le sens pour la plupart des Québécois, qui voient dans la petite dame au niqab, au fond d’une salle de cours de francisation, de sérieuses raisons d’avoir peur. Comme le dit la courageuse ministre Christine St-Pierre, une pareille oppression de la femme mérite bien que nous encouragions nos soldats à civiliser les phallocrates afghans. Comme chacun le sait, ces derniers n’attendent que le bon moment pour tous se transformer en Marc Lépine ou en Moïse Thériault.
Les terroristes musulmans ont une caractéristique intéressante et sans doute très utile aux yeux de la CIA, du Pentagone et du Mossad : ils s’envolent en fumée aussitôt leur méfait commis. On ne retrouve aucune trace d’eux. Seulement les images pittoresques d’un barbu caché dans sa grotte qui serait leur patron, mais qui, au bout de neuf ans, réussit encore à échapper à l’OTAN. Les attentats du 11 septembre 2001 n’ont donné lieu à aucun procès, ni aucune enquête digne de ce nom. C’est tellement pratique quand on veut accuser des islamistes. Si je me souviens bien, la seule personne déclarée coupable d’un attentat terroriste majeur sur le territoire des États-Unis est un Blanc pure laine yankee : il s’agit de Timothy McVeigh, combattant étasunien décoré de la première guerre du Golfe et auteur de l’attentat d’Oklahoma City, le 19 avril 1995.
Chaque fois que je parle autour de moi des manipulations à grande échelle de l’Empire, je me heurte à l’incrédulité des gens, qui connaissent rarement les faits, ce qui est parfaitement normal puisqu’on les leur cache systématiquement. Les gens sont perplexes lorsque, par exemple, je leur parle de l’édifice no 7 du World Trade Center, car ils ont vu des centaines de fois à la télé les avions qui percutent les tours jumelles, mais n’ont jamais vu l’édifice no 7 s’écrouler comme un château de cartes, alors qu’aucun avion ne l’avait percuté. Néanmoins, la perplexité ou le doute que je sème dans l’esprit des gens ne les empêche pas généralement de conclure qu’il est impossible que j’aie raison et que « tout le monde » ait tort.
Les principes de l’information-fiction
L’impression que la vérité immuable à laquelle « tout le monde » adhère ne saurait être remise en question par une poignée de « conspirationnistes » découle de trois principes gouvernant l’information-fiction. Premièrement, ce qui n’est pas diffusé à répétition par les grands médias n’existe tout simplement pas pour la très vaste majorité des gens, y compris beaucoup de journalistes et de prétendus connaisseurs. Deuxièmement, une fois qu’on a attaché une clochette de lépreux à un contradicteur, en semant le doute sur sa crédibilité, ne fut-ce que par des mensonges purs et simples, cette personne n’est plus présentable et doit être exclue du circuit médiatique. Les journalistes qui contreviennent à ce principe s’exposent à des sanctions ou, du moins, à des reproches. Troisièmement, on réussit, en s’appuyant sur un groupe restreint d’experts notoires agréés par les médias à donner l’impression que « tout le monde » pense la même chose, alors que c’est totalement faux.
Ainsi, dans le cas du Rwanda, les Roméo Dallaire, les Colette Braeckman, les fausses ONG de défense des rescapés pilotées depuis Kigali et les divers petits spécialistes patentés de moindre envergure ne sont pas plus nombreux que les avocats de la défense du TPIR, les Robin Philpot, les Luc Marchal, les Pierre Péan, les Bernard Lugan, les Paul Rusesabagina, les Edward Herman, les David Peterson, les Christian Davenport, les Allan Stam, les Charles Onana, les Jordi Palou-Loverdos, les Peter Verlinden, les Jean-Marie Vianney Ndagijimana, les Keith Harmon Snow, les Juan Carrero et les dizaines de millions de Hutus et d’autres opposants du psychopathe Kagame qui, au Rwanda, en RDC et ailleurs dans le monde, sont constamment humiliés, stigmatisés, traqués, emprisonnés, torturés, violés et tués. Cependant, tous ces gens n’ont pas le droit d’être entendus par le grand public. Vous ne les entendrez pratiquement jamais à Radio-Canada. D’ailleurs, la vaste majorité des gens ne les connaissent même pas, contrairement au valeureux général, qui est devenu une célébrité. Ils sont soit ignorés, soit présentés par les médias comme des polémistes, des négationnistes, des génocidaires ou, en tout cas, des gens qu’il faut voir avec une certaine suspicion.
La très vaste majorité des journalistes ne comprend pas grand-chose au dossier de l’Afrique centrale et se fie tout bonnement aux mensonges répétés ad nauseam par une petite clique de menteurs bien organisés, qui ont su truquer l’information au départ et dont les mensonges ont imprégné les esprits, avec l’aide de l’assommoir médiatique contre lequel se heurte la vérité.
Des entrevues comme on n’en voit jamais à Radio-Canada
Interview avec le colonel Luc Marchal sur JamboNewsTV.
Interview avec Alain Debrauwer sur JamboNewsTV.
Ce constat ne s’applique pas seulement au dossier de l’Afrique centrale, mais à tous les cas où la mafia de Washington et de Wall Street, avec ses laquais et ses sangsues, comme les criminels de guerre d’Ottawa, a besoin de répandre des mensonges pour arriver à ses fins. Les médias de la ploutocratie, y compris Radio-Canada, que nous, les simples citoyens, finançons avec notre argent, se fient aveuglément aux maitres du jeu qui les convient sur place pour leur présenter de faux rapports, leur montrer de fausses preuves et transformer des assassinats de masse en spectacle télévisuel. Loin des latitudes équatoriales et du Moyen-Orient, en pleine démocratie occidentale, a d’ailleurs eu lieu, il y a une trentaine d’années, une opération psychologique du Pentagone des plus efficaces, à laquelle les médias ont participé goulument. Il s’agit de la crise des sous-marins soviétiques en Suède, que je vous raconterai dans le prochain article de la série.
Prochain article : Washington n’aimait pas Olof Palme


