Et voilà que ça recommence. Les ténors de la démission collective et du détournement du Parti québécois, à qui Gesca ouvre grandes ses pages, sont à l’oeuvre pour frapper sur le moribond.
Ce n’est pas la première fois d’ailleurs. On a connu cela sous René Lévesque (avec le beau risque), sous Pierre-Marc Johnson (avec l’affirmation nationale) sous Lucien Bouchard (avec les conditions gagnantes) et maintenant sous Boisclair avec sa feuille de route provinciale. Et à chaque fois, les arguments sont les mêmes. Les québécois ne sont pas prêts pour la souveraineté, ils ne veulent pas de référendum, ils veulent que l’on réponde à leurs préoccupations quotidiennes etc. On connaît le refrain.
Pourtant, le seul moment fort du Parti québécois a été l’époque où un indépendantiste convaincu et déterminé, Jacques Parizeau, s’est levé et, envers et presque contre tous, s’est battu courageusement pour le projet de pays. Et n’eut été du vol manifeste dont nous avons été l’objet - l’enquête sur Option Canada plantera le dernier clou - nous aurions notre pays depuis 10 ans déjà.
Et voilà que vous attribuez les déboires du parti à "l’invraisemblable chapitre 1 de son programme qui l’oblige à faire suivre immédiatement une élection gagnante d’une démarche référendaire".
Si nous en sommes arrivés là, chère Madame, c’est précisément à cause de l’écoeurement généralisé des militants de ce parti face à la démission de ses élites et à la peur qui leur traverse le corps de bord en bord lorsque vient le temps de passer de la parole creuse ("Nous sommes tous des souverainistes", répété comme un mantra la main sur le coeur) aux actes.
J’étais au XVè Congrès comme président du PQ Johnson et je sais dans quelle atmosphère et dans quelles circonstances cette proposition a été votée. Même si elle est malhabile, cette proposition était l’aboutisement d’une démarche globale qui devait être présentée à la population, lors de l’élection, soit un projet de pays concret, emballant, détaillé et intégré dans le cadre financier d’un Québec souverain. Mais cela, vous vous gardez bien d’en parler. Un projet de pays ? Quel projet de pays ?
Or, dès son arrivée en fonction, le nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair, a pratiqué la politique de l’aveuglement volontaire concernant la directive du XVè Congrès qui l’obligeait à préparer et à présenter un projet de pays intégré dans le cadre financier d’un Québec souverain. Au lieu de cela, on a eu droit à une "feuille de route" "provinciale" intégrée dans un cadre financier "provincial". Un projet de pays ? Quel projet de pays ?
En adoptant la "feuille de route" provinciale et en ignorant le projet de pays, le Conseil National du parti dirigé par André Boisclair s’est placé dans une situation d’illégalité interne en violant délibérérement les Statuts du Parti québécois. Le Conseil National n’a, en effet, aucune juridiction pour passer outre à une directive du Congrès. Seul un Congrès peut désavouer un autre Congrès. Rappelez-vous l’épisode du "renérendum" et de la convocation d’un autre Congrès plus "docile" en 1981.
Au moment où j’écris ces lignes, le programme du XVè Congrès est encore en vigueur et il exige encore que le Parti québécois présente à la population un projet de pays concret et emballant intégré dans le cadre d’un Québec souverain.La consultation populaire est l’aboutissement de cette démarche, pas le commencement.
C’est surtout cela que les révisionnistes du Parti québécois, dont vous faites parties, ne veulent pas. Parce qu’ils n’y croient pas. Parce qu’ils n’y ont jamais cru. Parce que la politique est d’abord pour eux un gagne-pain et une carrière et que jamais ils ne mettront leur siège en jeu pour l’indépendance de la patrie. Mais que faites-vous au Parti québécois ? Fondez un parti provincialiste si c’est cela que vous voulez !
Pour faire un pays, cela prend de la passion, de l’abnégation et surtout du courage.Trois qualités que les révisionnistes et les souverainistes de fin de semaine n’ont pas. Le projet de pays ? Quel projet de pays ?
Pierre Cloutier ll.m
avocat


