Aux malaises générés par la question des accommodements raisonnables s’ajoute aujourd’hui un début de crise linguistique. Nos partis politiques ne pourront éviter la tourmente. Pour sa part, le PLQ s’en tient aux propos lénifiants, même s’il est impliqué jusqu’au cou dans ce qu’il cherche désespérément à éviter. Mario Dumont, quant à lui, tire à gauche et à droite, mais apparemment sans plan de match. Le PQ ? Il s’élance, mais trouve toujours le moyen de marcher sur des pelures. Vite, inspirons-nous de Gérald Larose pour tenter de nous orienter vers un quelque part qui veut dire quelque chose. Prenons le cas, par exemple, de la sous-prolétarisation des immigrants unilingues francophones...
Si je reviens encore sur les propositions de Gérald Larose, c’est que je suis persuadé qu’elles constituent un cadre d’action qui peut s’avérer pro-actif, en autant que l’on sache tricoter en matière de stratégie et de tactique. M’apparaît particulièrement porteur cet extrait de son article « Si j’étais chef… », paru dans L’Action nationale de décembre 2007 :
L’immigration est une extraordinaire richesse pour le Québec. La gouvernance souverainiste posera des gestes forts pour lever les barrières à l’insertion sur le marché du travail érigées par les organismes professionnels, pour établir des programmes d’accès à l’emploi et interpeller l’ensemble des acteurs sociaux dans leurs fonctions d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants.
On se souviendra que, lors des audiences de la Commission Bouchard-Taylor, plusieurs intervenants ont déploré le fait qu’il n’était pas « payant » d’être immigrant unilingue francophone au Québec. Il semble que les minorités visibles soient particulièrement frappées par le phénomène, au point où certains croient qu’on assiste à l’émergence d’un sous-prolétariat francophone.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la gouvernance souverainiste souhaitée par Gérald Larose est davantage en gestation qu’effective. Avec un taux d’appui dépassant à peine les 30%, le PQ aura fort à faire s’il compte entreprendre les réformes nécessaires en matière d’intégration des immigrants. Pour le moment, c’est le PLQ qui semble vouloir prendre les devants, via le ministre Raymond Bachand. Ce dernier affirme vouloir convaincre les corporations professionnelles de lâcher du lest sur la question de la reconnaissance des diplômes acquis à l’étranger. Selon lui, il y a lieu de remplacer la notion de diplôme par celle de « la compétence acquise dans l’exercice d’une profession ou d’un métier » (Le Devoir, 19 décembre). Les mois à venir nous diront jusqu’où le gouvernement libéral est prêt à s’engager sur cette voie.
Cette volonté du ministre Bachand est louable, certes, mais il faudra avant tout mettre en place les mesures nécessaires pour éliminer l’écart existant entre la moyenne des salaires gagnés par les allophones unilingues anglophones et les immigrants francophones ne parlant pas ou peu l’anglais. Selon le C.D. Howe Institute, le revenu moyen des premiers en 2001 était de 27 216$, comparativement à 21 233$ pour les seconds. L’écart est considérable et confirme l’existence de classes sociales linguistiques. S’il est sérieux, monsieur Bachand devra tenir compte des besoins de l’ensemble des immigrants francophones, et non pas seulement ceux issus des pays européens.
À mon avis, il y a lieu de mesurer la portée réelle du phénomène. Par exemple, cette situation prévaut-elle surtout à Montréal, là où se concentre 80% des nouveaux arrivants ? Les allophones francophones sont-ils insuffisamment formés ? Sont-ils victimes de discrimination ? Peut-on invoquer l’inefficacité de la Loi 101 ? Et ces immigrants unilingues anglophones, qui sont-ils ? Il m’apparaît évident que le PLQ cherchera plutôt à étouffer les braises qui couvent, question de ne pas réveiller la bête souverainiste. La réticence de l’Office québécois de la langue française (OQLF) de publier son rapport sur l’état de la langue française à Montréal n’est certainement pas le fruit du hasard. France Boucher, la p.-d.g. de l’OQLF, est une libérale reconnue, ce qui en amène plus d’un à penser qu’on fait face à un cas de dissimulation politique. Plusieurs sentent la chaleur monter au PLQ, à commencer par Christine Saint-Pierre qui se rapproche à chaque jour un peu plus de la porte de sortie.
Cela dit, et en regard de ce que propose Gérald Larose, voici ce sur quoi devrait tabler tout parti politique convaincu de la nécessité d’intégrer les nouveaux arrivants francophones :
Régler une fois pour toutes la question de la reconnaissance des diplômes et des qualifications acquises à l’étranger, et agir en conséquence auprès des corporations professionnelles ;
Élaborer des programmes structurants d’accès à l’emploi, et non seulement des mesures d’appoint. Pour ce faire, les fonctions publiques québécoise et municipale devront être mises à contribution. Des mesures ayant suffisamment de mordant devront aussi s’adresser au secteur privé, là où se concentre l’unilinguisme anglophone ;
Amener l’ensemble des acteurs sociaux (et j’ajouterais : économiques) à repenser « fonctions d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants » ;
Franciser les lieux de travail et de commerce dans les petites et les moyennes entreprises et les établissements de commerce au détail (déjà prévu dans le projet de loi 195) ;
Inscrire dans la Charte des droits du Québec le droit à l’apprentissage du français, disposition qui obligera l’État du Québec à mettre en place des programmes conséquents et, surtout, suffisants (principe prévu dans le projet de loi 195) ;
Nommer à des postes décisionnels des citoyens significatifs issus de l’immigration, afin de démontrer aux nouveaux arrivants que oui, au Québec, l’égalité des chances n’est pas qu’un concept creux.
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Voilà un cadre général duquel peut découler une panoplie d’actions concrètes. Gouverner souverainement exige des engagements fermes, des engagements qui génèrent des résultats. Gouverner souverainement veut aussi dire dépasser le cadre idéologique du libéralisme que nous propose le PLQ. L’intégration des immigrants au marché du travail ne doit pas être seulement tributaire des impératifs économiques du moment. Elle doit aussi répondre aux besoins des individus, des communautés et de la collectivité en général. Le libéralisme ne suffit pas (désolé, monsieur Bachand), car il faut initier des mesures et renforcer celles qui s’inscrivent dans une perspective social-démocrate, donc de développement social.
À mon avis, certains députés du PQ pourraient être mis à contribution pour préparer un plan d’action combinant intégration des immigrants et valorisation de la langue française. Pensons aux Martin Lemay (Citoyenneté et Immigration et Communautés culturelles), Lisette Lapointe (Emploi et solidarité), Agnès Maltais (Fonction publique), Pierre Curzi (Langue, Culture et communications) et Marie Malavoy (Éducation), pour ne nommer que ceux-là. Ces députés disposent de réseaux suffisants pour mobiliser des représentants des communautés culturelles et des intervenants significatifs des milieux institutionnels et communautaires. Et ici je ne parle pas de réaliser des études. Celles-ci existent déjà (dont celle de l’OQLF…) et on peut d’ores et déjà développer à partir de ce qui est connu. Action, donc. Enfin, ces travaux pourraient être soutenus par le « Groupe d’action politique des Québécois et Québécoises issus de l’immigration » du PQ.
Il y aura un Conseil National du PQ en mars. Le temps presse, mais il est possible à mon avis de présenter aux délégués des orientations prometteuses, qui pourront par la suite être peaufinées avant d’être incluses dans la prochaine plate-forme électorale. Compte tenu de la conjoncture, il y a des rendez-vous que le PQ ne pourra rater. Il devra aussi éviter de mettre à l’épreuve sa crédibilité en s’enfargeant sur des questions secondaires ou bêtement électoralistes, comme celles du français dans les CPE ou des motoneiges dans les parcs…

