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Les rébellions de 1837-1838 revues et corrigées
Mario Cloutier
La Presse
vendredi 9 novembre 2007


Le musée Pointe-à-Callière présente jusqu’au 27 avril 2008 l’exposition 1837-1838, Rébellions, Patriotes vs Loyaux. Cette magnifique leçon d’histoire se visite comme un roman photo avec plusieurs artefacts peu connus, voire inédits.

Des murs rouge sang. Toute l’exposition 1837-1838 Rébellions Patriotes vs Loyaux de Pointe-à-Callière baigne dans l’écarlate, rappelant que le sang a coulé dans le Vieux-Montréal il y a 170 ans.

Cette exposition majeure réunit 190 objets, dont plusieurs inédits, prêtés par une quarantaine d’institutions canadiennes et de collectionneurs privés. La proposition du musée montréalais rassemble surtout, en un même lieu, l’ensemble des connaissances les plus récentes et les plus intéressantes concernant cette époque charnière de notre histoire.

"C’est une exposition qui va marquer l’histoire de Pointe-à-Callière", souligne d’ailleurs la directrice du musée d’histoire et d’archéologie, Francine Lelièvre.

D’abord, le parcours remet nos rébellions dans le contexte des luttes d’indépendance qui avaient lieu aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Également, il permet de voir le soulèvement en relation avec ce qui se passe au même moment en Ontario (Haut-Canada).

"Les deux rébellions partagent beaucoup de similitudes quant aux causes. Il ne s’agit pas de gestes spontanés. Elles s’inscrivent plutôt dans un contexte international", rappelle Mme Lelièvre.

Au nom de la liberté, les membres de l’élite québécoise, en grande partie des francophones mais aussi d’origine irlandaise, dirigent donc un soulèvement face à la couronne britannique et à ses loyaux supporters anglophones, mais parfois francophones, pour des raisons politiques, économiques et culturelles.

"Ce n’est pas qu’un conflit ethnique", souligne la directrice du Musée.

Objets impressionnants

L’exposition impressionne, entre autres, en juxtaposant des objets personnels, comme le journal intime de Caroline Debartzch, fille d’un Patriote, jamais montré auparavant, avec des dessins et des oeuvres d’art, du mobilier, du matériel de médecin, de soldat et des textes fondateurs.

"C’est la première fois qu’on rassemble toutes les premières éditions des documents officiels en un même lieu, de l’Acte de Québec de 1774 jusqu’au rapport Durham. Chaque document mériterait une exposition en tant que telle", soutient Mme Lelièvre.

D’autres articles s’avèrent touchants : des objets personnels de Papineau, une courtepointe fabriquée à même les habits rouges des soldats d’Argenteuil, une épée de grande tenue avec son étui, la lettre écrite par Chevalier de Lorimier quelques heures avant sa pendaison, ainsi que des boîtes en bois sculptées par des prisonniers du Haut-Canada. Pointe-à-Callière présente aussi le journal intime et l’aquarelle de la Britannique Katherine Jane Ellice, intitulée The Insurgents at Beauharnois.

L’exposition se suit comme un roman chronologique où les éléments clés de chaque étape sont décrits, puis illustrés par les artefacts. On peut ainsi voir le texte des 92 résolutions de 1834 des Patriotes, qui réclament un conseil législatif élu à Québec. Le NON définitif de Londres arrivera trois ans plus tard, accompagné d’un conseil pour le gouverneur : financez-vous en utilisant les taxes.

"C’est là qu’on décide de s’habiller avec l’étoffe du pays et qu’on refuse désormais d’acheter à Londres. On utilise le sucre du pays, on crée notre propre monnaie, le Papineau, et c’est là qu’arrive la fameuse ceinture fléchée", indique Francine Lelièvre

Les affrontements suivent en novembre 1837. Le gouverneur lance 26 mandats d’arrêt contre les chefs des Patriotes, dont Papineau qui se réfugie dans la vallée du Richelieu. En décembre survient la loi martiale. Les insurrections se poursuivront jusqu’en 1838. Et c’est en novembre de cette année que les Patriotes capituleront finalement. Douze d’entre eux sont exécutés et une soixantaine s’exileront en Australie.

Suivront, évidemment, le rapport Durham et l’Acte d’union. Une loi est votée pour rembourser les Patriotes qui avaient été injustement emprisonnés. Les Orangistes, mécontents, mettent le feu au parlement, entre-temps déménagé à Montréal, près de Pointe-à-Callière.

"On espère bien pouvoir le mettre en valeur un jour, conclut Mme Lelièvre. Il y a une telle concentration ici de l’histoire de Montréal, du Québec et du Canada. C’est un privilège qui, je crois, reste unique au monde."

1837-1838, Rébellions, Patriotes vs Loyaux, au musée Pointe-à-Callière jusqu’au 27 avril 2008.

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