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Réplique à Mario Cardinal
Les pressions du B’nai Brith : quelques nuances...
Les opinions de M. Coulon vont à l’encontre de la politique du Canada
Moïse Moghrabi
Le Devoir
mardi 31 juillet 2007


Le jeudi 26 juillet 2007, un article est apparu dans la section « Opinion » du journal Le Devoir, écrit par M. Mario Cardinal, relativement « aux pressions du B’nai Brith » quant à la candidature de M. Jocelyn Coulon.

M. Cardinal a l’impression que le B’nai Brith « confond ses propres valeurs », qu’il considère comme « des valeurs idéologiques [et] partisanes », avec « les valeurs canadiennes » qui, selon lui, puisent à d’autres sources.

Il y va en longueur à détailler des valeurs qu’il considère siennes, allant de la désapprobation « sans nuances » de « l’occupation israélienne » à la guerre du Liban de juillet 2006 et à la qualification de la politique américaine au Moyen-Orient « d’hypocrite ».

Bien que je respecte tout à fait les opinions ainsi que le droit de M. Cardinal à ses opinions, celles-ci n’ont absolument aucun rapport avec les reproches que le B’nai Brith fait à M. Jocelyn Coulon.

Tout d’abord, étant dans un pays démocratique et nonobstant le droit d’un premier ministre de nommer qui il veut au cabinet qu’il veut, encore faut-il que la personne nommée ait été élue dans son comté au préalable.

Cette élection est un processus démocratique par lequel les personnes allant aux urnes ont le droit de tout savoir sur les opinions et le candidat pour lequel on leur propose de voter.

Il n’a jamais été question de juger « les valeurs canadiennes » en matière de politique étrangère, ni d’en discuter de quelque façon que ce soit, mais plutôt de discuter des positions biaisées qui disqualifieraient M. Coulon du poste qu’il convoite.

Les politiques canadiennes établies

Il existe, à ce jour, des politiques bien établies au Canada vis-à-vis de ses alliés et vis-à-vis du monde en général. Ces politiques n’ont pas changé de gouvernement en gouvernement, que ce gouvernement ait été conservateur ou libéral.

M. Coulon fait plus qu’émettre ses opinions dans ses écrits lorsque, dans son article du 15 septembre 2004, il indique que les Américains massacrent délibérément des civils et que le 11 septembre 2001 est devenu une justification du massacre des musulmans en Palestine.

Dans un article du 15 novembre 2006, M. Coulon se réfère à l’Irak en tant qu’ « abattoir » et parle de « carnage » et « de faire cesser la boucherie » dont la source est Washington et Londres, qui entretiennent la guerre et propagent la violence alors que les Irakiens « crève[nt] par milliers ».

La nuance est grande entre la désapprobation et même la répugnance envers les pertes de vie et le massacre de la vérité que fait M. Coulon dans un article qui vraisemblablement ne cherche qu’à soulever des sentiments de révolte et de haine envers nos alliés.

Lorsque le B’nai Brith critique M. Coulon quant à sa position sur le Hamas, comme incompatible avec la politique canadienne, il se réfère aux articles répétés de M. Coulon (le 22 février 2006, le 8 février 2007, le 5 avril 2007 et le 19 juin 2007) où, à plusieurs reprises, il appelle l’Occident, dont le Canada, à « négocier » avec le Hamas, qualifiant d’absurde le refus de tout dialogue avec « les fauteurs de troubles » et « les terroristes » (les derniers guillemets sont de M. Coulon), ce qui s’applique, selon lui, au Hamas palestinien. Il cite des auteurs qui partagent sa position, pour appeler les États-Unis à « cesse[r] de marginaliser les autres puissances et de favoriser constamment Israël » — il est difficile de croire qu’il s’agit d’un ami d’Israël qui ne fait que critiquer sa politique, comme le prétend aujourd’hui M. Coulon.

À l’encontre de la position du Canada

Cette position consistant à négocier avec un groupe terroriste est une position contraire à la politique du Canada, établie par le Parti libéral du Canada. Il ne s’agit aucunement de discuter de « vrais valeurs canadiennes », comme le prétend M. Cardinal.

Le 1er mars 2007, M. Coulon affirme que « toute cette agitation martiale autour de l’Iran, tous ces coups fourrés » n’ont rien à voir avec la sécurité de la région, il dit que « tout cela fait parti d’une campagne de provocation graduelle visant à augmenter la pression sur l’Iran » dans le but de préparer la « joyeuse guerre [,] destinée à remodeler le nouveau Proche-Orient ». M. Coulon fait abstraction tant de la position du Canada aux Nations Unies que des pressions que tente d’exercer l’ONU sur l’Iran pour faire cesser ses activités nucléaires. Les opinions de M. Coulon vont à l’encontre de la politique du Canada.

Lorsque, le 29 mars 2007, M. Coulon écrit que « le terrorisme islamique » est une « menace insignifiante » et que l’Iran est une menace « parfaitement neutralisable [ ] », il fait fi de la politique du Canada concernant ces problèmes, y compris la position du Parti libéral qui a initialement instauré la loi antiterroriste, ainsi que de la réalité des attentats et des activités terroristes, à New York, Madrid, Londres, Toronto, au Maroc, en Égypte, et dernièrement des événements à la Mosquée rouge au Pakistan.

Avec l’incitation au génocide des Juifs par le président iranien et le développement nucléaire accéléré de l’Iran, ainsi que le soutien documenté à des groupes terroristes par cet État, n’est-il pas légitime pour le B’nai Brith d’être préoccupé par les opinions de M. Coulon. qui n’y voit pas de menace sérieuse ?

Les citations ci-haut ne sont qu’un petit échantillon des écrits de M. Coulon, qui sont d’ailleurs intégralement disponibles dans Internet, et l’on ne peut s’empêcher de s’inquiéter de la direction que prendra un gouvernement au sein duquel M. Coulon serait le conseiller expert en matière internationale, compte tenu de ses positions bien arrêtées sur ces sujets.

Tout est question de nuances.

***

Moïse Moghrabi, Conseiller juridique B’nai Brith Canada — Région du Québec

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