Des jours difficiles à l’horizon

Les pièges qui attendent Couillard

Tribune libre de Vigile
samedi 5 avril
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Fût-il appelé à devenir premier ministre, le chef du Parti libéral du Québec se heurterait d’emblée à deux obstacles qu’il fait mine de ne pas apercevoir :

Premièrement, Philippe Couillard admet les faits : il a effectivement créé une entreprise avec l’ex-patron en fuite du CUSM, Arthur Porter, et croit pouvoir s’en tirer en disant, comme ça, que l’entreprise a été dissoute avant qu’elle ne devienne opérationnelle.
C’est assez joli comme formule, encore qu’on imagine mal que deux potes veuillent créer une entreprise sans avoir assez précisément en tête un assez gros projet en vue, sinon une foule de petits projets à portée de la main. On ne crée pas une business comme ça à partir de rien, sur un coup de tête, au terme d’un dîner bien arrosé ou au hasard d’une rencontre au cours de laquelle on se trouve charmant de part et d’autre.
Pour peu que les journalistes s’y intéressent, certains persisteront à vouloir savoir ce qu’avaient en tête ici comme plan d’affaires le premier ministre du Québec et son pote en cavale. Et si les journalistes échouent, peut-être un juge en viendra-t-il à contraindre un accusé nommé Arthur Porter à s’expliquer là-dessus. Philippe Couillard devra, pour sa part, expliquer pourquoi il a confié le CUSM à Porter alors que celui-ci venait de perdre son poste de directeur du Détroit Medical Health Center en raison d’un conflit d’intérêts et de sa mauvaise gestion.

Deuxièmement, le nouveau premier ministre Couillard croit qu’en affichant bien haut ses couleurs fédéralistes et pro-canadiennes, il sera reçu en triomphe dans un Canada anglais qui lui devra d’avoir gardé le Québec dans le Canada.
C’est oublier que l’élection d’un gouvernement Harper majoritaire en 2011 n’a pas seulement chassé les libéraux du paysage politique canadien : cette élection a tout simplement fait disparaître le Québec du paysage politique du Canada.
Et Ottawa fait tout désormais pour transformer le Québec dans son ensemble en une sorte de trou-de-beigne par excellence de l’économie canadienne comme en font foi sa politique du pont Champlain, les contrats de construction navale qu’on veut matérialiser dans une province mal équipée à cet effet comme la Nouvelle-Écosse alors que des chantiers québécois existants sont totalement négligés. Il ne serait pas étonnant que de la même manière, la puissance manufacturière aéronautique du Québec soit négligée dans la construction et l’entretien d’un prochain avion de combat devant remplacer le F18. Bateaux et avions : deux activités multi-milliardaires où le Québec deviendrait complètement absent des contrats fédéraux, accordés à même des impôts perçus aussi au Québec.
L’Axe Toronto-Montréal qui gouvernait traditionnellement le Canada au XXe siècle s’est rompu ; il fait désormais place à l’axe Toronto-Calgary, un axe nettoyé de toute scorie québécoise.

Pour le premier ministre Couillard, une balade sur la 401 ne mènera nulle part. Désormais les élites torontoises vénèrent la pensée conservatrice propre à l’Alberta et n’ont plus rien à cirer des revendications québécoises de quelque nature qu’elles soient.
On rigole volontiers ici du maire Rob Ford, mais les Torontois savent combien il a aidé les troupes de M. Harper à prendre pied dans l’espace ontarien et ne sont pas toujours chauds à l’idée de renvoyer un maire qui couvre pourtant leur fière ville de ridicule à travers le monde.

Le premier ministre Couillard devra se rendre compte que plus personne à Toronto - sinon dans de vieilles officines libérales entachées du XXe siècle - ne souhaite s’empêtrer à nouveau dans des négociations constitutionnelles ou dans des revendications québécoises marquées du sceau de divers pouvoirs, de points d’impôt, de droits linguistiques, etc.

La vérité vraie, c’est que sous l’Axe Toronto-Montréal qui a dominé le XXe siècle - et surtout sous le long cycle marqué par Lester B. Pearson suivi de Pierre E. Trudeau, Toronto s’est assuré scrupuleusement et systématiquement d’écrémer Montréal de certaines de ses grandes fonctions de métropole : la Bourse, les sièges sociaux réels des banques et de grandes institutions financières ; on aura saccagé artificiellement souvent, avec le concours d’Air Canada, la fonction de Montréal comme connexion canadienne avec l’Europe, l’Asie, l’Amérique latine. Au point où les libéraux, après avoir créé Mirabel, n’ont jamais pu lui procurer le pouvoir aéronautique conséquent.
C’est à l’ère de Pierre E. Trudeau que la presque totalité de la pétro-chimie de l’Est de Montréal est passée en Ontario et que l’Ontario est devenue la seule province productrice d’automobiles au Canada (imaginerait-on que l’Union européenne accepte que toute l’industrie européenne de l’auto soit concentrée en Allemagne ?)
Toronto voulait bien, dans toute cette phase de transfer de richesses de Montréal vers l’Ontario, souffrir de négociations constitutionnelles, traverser des phases de revendications linguistiques, etc., pourvu que l’écrémage se poursuive en douceur.
Je me souviens d’avoir participé à un vol inaugural d’Air Canada entre Montréal et Dusseldorf dans les années soixante. Après deux verres à bord, des journalistes de Toronto disaient volontiers que tout cela achevait, que les vols bientôt allaient passer au-dessus de Montréal pour aller atterrir à Toronto. Les élites de Toronto s’activaient déjà. Des chroniqueurs envisageaient déjà que Vancouver en vienne à dépasser Montréal en termes de volume de transport aérien. Ça s’est fait, et même l’aéroport de Calgary aujourd’hui dépasse Dorval.
Bref, maintenant que l’objectif est atteint, pourquoi Toronto marcherait-il encore dans la fiction d’un jeu de revendications du Québec ? De toute manière, l’argent qu’il y avait à faire à Montréal est fait et ce n’est pas à Montréal que se trouve désormais l’argent mais en Alberta.
Et, chose merveilleuse, le parti de M. Harper s’est installé confortablementau pouvoir sans avoir eu besoin du vote des Québécois, ce qui représente un virage fondamental que les libéraux fédéraux affamés de pouvoir ont eux-même très bien saisi. Si ma mémoire est bonne, Justin Trudeau s’est précipité à Calgary après avoir été élu chef du Parti libéral du Canada.
Pas folle la guêpe !

Commentaires

  • Marcel Haché, 5 avril 18h46

    Vous avez raison concernant la situation de Toronto. Il faut y avoir observé le trafic aérien une seule fois pour comprendre comment Dorval Trudeau fait « tiers monde » maintenant, et que Montréal est devenu une capitale régionale.

    Les élites québécoises, aussi bien fédéralistes que souverainistes, se sont imaginés que l’entité Canada allait observer le Débat national qui se passe ici sans réagir, c’est-à-dire en laissant intacte toute la capacité industrielle du Québec, malgré que peut-être le Québec quitterait la fédération. C’est sur le dos de Montréal qu’Ottawa et Toronto, maintenant l’ouest canadien, ont autant progressé. Le Débat leur a servi de prétexte. Ce n’est pas par hasard qu’il n’est rien parvenu au Québec, provenant des budgets d’Ottawa, concernant la construction navale. Et c’est pas fini…

    Cependant, si Couillard devient premier sinistre du Québec, il fera ce que tous les premiers ministres fédéralistes du Québec ont fait avant lui : il se servira de l’électorat péquiste comme d’une arme, pour emmener les fédéraux à l’écouter. Et ils l’écouteront d’autant mieux, le Couillard, qu’il sera à genoux comme premier sinistre du Québec, après qu’il se sera déjà mis à genoux devant le West Island, à qui il devra son élection et son futur maintien en place.

    Ce sinistre-là pourrait bien se mettre à gesticuler et se faire aller les baguettes à l’égard du Canada, tout en restant bien tranquille à genoux, ici au Québec, eh oui, et cela très-très-très longtemps. Et d’autant plus, maudite misère, que les indépendantistes pourraient bien relancer et rehausser eux-mêmes ses performances auprès du R.O.C , en reprenant un vieux discours du pays sur la table, qui Nous a pourtant valu une radicale dé-industrialisation ainsi qu’une radicale perte d’estime de soi, et dont nous pourrons prendre la mesure le 07 Avril au soir.

    Il peut arriver encore que le P.Q. gagne. Cependant Nous aurons tous perdu un peu dans cette campagne, et tout perdu si Couillard devient premier sinistre du Québec.

  • Peter Benoit, 5 avril 12h24

    Vous décrivez bien l’encerclement du Québec que ce soit, économique, politique ou autre. Pour vouloir développer quelque chose, il faut y croire. Comme Couillard ne croit pas au Québec, il ne pourra le développer et il arrive ce qui doit arriver : Absence de vision, investissements non stratégiques, opportunisme, négligence des secteurs porteurs d’avenir, dilapidation de fonds publics, endettement massif et mauvaise gestion. Et le corollaire de tout ça, c’est la collusion, la corruption et le manque d’éthique.

    Pour cimenter le tout, l’implacable logique trudeauiste : Les Québécois doivent s’intégrer au Canada pour accéder à la dignité de la Couronne britannique.

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