« Une société conquérante s’est implantée à côté d’une autre, conquise, qu’elle a cherché, par tous les moyens, à détruire, en l’assimilant ; puis, devant son échec, elle a cherché à la subordonner à ses intérêts. Une subordination à laquelle elle a donné le visage du fédéralisme, ne pouvant ouvertement lui prêter celui de l’État unitaire, mais y rêvant toujours. »
(Bernard Frappier, 2009)
Présentation
On répète, afin d’accréditer le prétendu pessimisme de Maurice Séguin, qu’il a déclaré l’indépendance « impossible », laissant entendre par là l’indépendance qu’un peuple acquiert en quittant un ensemble étatique pour faire cavalier seul.
Or ce n’est pas cette forme d’indépendance que M. Séguin estime impossible mais bien ce qu’il désigne du nom de « co-indépendance » ou d’ « indépendance à deux » pour des nationalités demeurant dans le même système étatique régi par une autorité commune quelconque, qui peut prendre la forme d’une union fédérale comme celle que nous connaissons depuis 1867, mais aussi celle de toute autre structure unissant le Canada-anglais au Québec-français, comme celle dont rêvait M. René Lévesque. Toute association avec un partenaire plus fort économiquement et démographiquement rendra illusoire la souveraineté du plus faible des deux associés : les souverainetés ne s’associent pas sans que l’une d’elle ne disparaisse.
Pour Séguin, l’indépendance pure et dure, quoique d’obtention difficile, n’est pas impossible : SEULE L’EST, À L’INSTAR D’UN CERCLE CARRÉ OU D’UN VERTÉBRÉ GAZEUX, LA « CO-INDÉPENDANCE » DES FÉDÉRALISTES AINSI QUE CELLE DES ASSOCIATIONNISTES QUI, EN SOMME, ESTIMENT L’IMPOSSIBLE PLUS RÉALISABLE QUE LE DIFFICILE… Si c’est être pessimiste que de penser le contraire, je vous souhaite de le devenir ! Mais en fait, quitte à chagriner ses commentateurs, Séguin ne se jugeait pas pessimiste puisque ses dernières paroles lors de notre dernier entretien en 1982 furent : « Je suis optimiste. »
Le problème du Québec est d’ailleurs bien antérieur à l’union fédérale de 1867 et à l’union législative de1840 puisqu’il consiste en la présence dans le même État de deux peuples, de deux Québec, luttant pour la prépondérance depuis 1763. Quelle que soit la structure nous joignant à lui, le Canada-anglais ne peut que prendre le parti de ce Quebec sans accent aigu contre le Québec de Champlain.
PARFONDOR
O O O


