Présentation
Dans la correspondance échangée entre l’intendant Talon et le ministre Colbert, le verbe « provigner » et le substantif « provignement » sont souvent utilisés pour illustrer le processus de la colonisation de peuplement. Ces termes renvoient à la technique qui consiste à prendre une tige aérienne d’un rosier ou d’une vigne, de la mettre en contact avec le sol jusqu’à ce qu’elle s’y enracine, avant de l’isoler de la plante-mère.
Selon cette analogie, les colonies sont autant de provins de la plante-mère qu’est leur métropole naturelle et qui puisent à deux racines, la sienne et la leur, les éléments essentiels à leur croissance. Cela est possible du fait de la communauté d’espèce.
C’est pour cette raison que, en dépit d’elle-même, la France bourbonienne seule pouvait nous apporter cette liberté collective, ces moyens d’être un jour nous-mêmes présents au monde ; et la Grande-Bretagne aussi sûrement nous en privait, malgré elle, sitôt qu’elle peupla de ses ressortissants notre ancienne patrie, d’où nous sommes bannis tout en y demeurant.
« Il n’y a plus de Canada, écrivait Frégault, il ne reste que des Canadiens ». Le premier Canada s’est, dirait-on, comme résorbé vers sa source en 1763. Plus tard, en sortant de l’Empire britannique les Treize Colonies, la France nous fit passer, en 1783, de 5 à 66 pour cent des sujets britanniques nord-américains, ce qui obligeait Londres à nous ménager ; en engageant ensuite celle-ci durant une vingtaine d’années dans les guerres en Europe, la France révolutionnaire et napoléonienne l’obligeait à surseoir à ses projets de peuplement pour le Bas-Canada. Elle a continué d’œuvrer pour notre bien sans l’avoir voulu, comme si un instinct profond l’animait…
PARFONDOR
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