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« Tant que l’indépendance n’est pas faite, elle est à faire. Et je me suis laissé dire en haut lieu que nous n’étions pas prêts. […] j’ai des petites nouvelles : tant qu’un peuple n’est pas indépendant, il n’est pas prêt.  »   Gaston Miron
             
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Organisations supranationales : « Il faudrait résoudre la grande question : qui serait le fédérant ? quel peuple, quel bloc serait le centre ? »
Bruno Deshaies
Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 26 mars 2009      214 visites


Présentation

On lit dans La Guerre froide d’André Fontaine, page 342, ce passage où Macmillan, pour justifier le changement d’attitude de son gouvernement, longtemps adversaire déclaré de la construction européenne, « avait fait valoir dans un discours aux Communes que la CEE avait nettement perdu son ambition fédéraliste depuis l’arrivée au pouvoir du général (De Gaulle), et que “l’Europe des patries” de ses rêves lui convenait, quant à lui, tout à fait ». On ne peut que renvoyer le lecteur aux nombreux ouvrages qui font état de cette réticence au principe fédéral de la part des nations étant déjà des unités internationales.

Une privation peut n’être rien d’autre que cela. Et le fait pour une nation de n’avoir pas de « capacité internationale normale » – c’est la définition de la souveraineté selon le Robert, que M. Séguin gardait toujours à portée de main : lui aurait-il emprunté la notion de normalité qu’on retrouve çà et là dans son enseignement ? – n’implique pas nécessairement que cette nation est appelée à une vocation supérieure, transnationale ; non plus qu’une impéritie dans le temporel ne prouve à elle seule votre élection à l’ordre spirituel. 

Être privé d’une chose ne signifie pas qu’on l’a dépassée ni qu’on la transcende ; ne pas la connaître ne veut pas dire qu’on soit au delà de ce qu’on ignore : il se peut qu’on soit en deçà. Le comble de la sottise serait alors de se croire en avance sur ceux qui en sont pourvus.

Les couches pensantes des peuples annexés sont sujettes à ce genre d’illusions compensatoires. Elles pensent que le culte ou la culture suppléeraient à l’absence, pour leur nation, d’une personnalité juridique reconnue par d’autres qu’eux-mêmes, la différence ethnoculturelle tenant lieu de ce qui seul pourtant confèrerait à leur communauté l’existence distincte, c’est-à-dire ce que d’aucuns appellent l’altérité qui fait de son détenteur un sujet à part, séparé des autres par une solution de continuité. Pour faire comprendre ce point, je dirai que la tête de Gilles diffère de son pied mais n’en est pas distincte, les deux étant reliés par continuité ; toutefois, elle sera distincte de la tête de Pierre, quoique semblable et sera de surcroît différente du pied de Pierre.

Dans le cas d’une nation annexée, la « continuité » se traduit par le fait que les lois et les charges fiscales votées par la nation « annexante » s’appliquent telles quelles, directement et sans intermédiaire, à elle.

Ce serait sans doute bien d’être effectivement plus avancés que les autres, mais pas dans l’inexistence !

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