Présentation
Poursuivant sa revue des rapports possibles entre deux nations, M. Séguin nous expose le cas d’une nation annexée. L’expression peut surprendre, l’usage étant d’appliquer cette notion à des territoires bien plus qu’à des communautés humaines. Mais si l’on veut reconnaître que l’annexion n’est un événement que pour les populations et non pour les montagnes ni pour les vallées, on conviendra que l’annexion affecte surtout les collectivités en déstructurant celles qui la subissent.
Caractérisée par la subordination sur place, l’annexion s’exprime notamment quand les lois votées par une nationalité étrangère sont en vigueur chez vous. On s’y sent « à l’étranger » du fait qu’on est à lui, précisément : on appartient à l’étranger qui, installé dans votre patrie, a supprimé votre personnalité juridique de peuple distinct et séparé, mettant un terme à votre altérité ; on n’est plus une nation à part, c’est-à-dire dotée d’une existence propre, mais un membre ou un appendice de l’autre, sans possibilité d’opposer votre veto à ses entreprises. On n’est plus qu’un objet, qu’un instrument de l’ambition ou du profit d’une autre nation même quand on entend n’agir que pour soi. L’étranger impose aux vôtres la supériorité de ses lois dans la plus parfaite légalité et se réserve la direction des opérations.
En gardant à l’esprit que pour M. Séguin, la nation est davantage une action conjuguée, une activité (operatio ou ἐνέργεια en grec) collective ou un processus d’actualisation – un « passage à l’acte » — qu’une essence ou une somme d’attributs ethnoculturels, on peut saisir la gravité du mal que représente l’annexion subie pour toute nation : son agir ne lui appartient plus et se retourne ultimement contre elle.
La nation « annexante » recouvre et englobe l’autre, ravalée à la condition de perpétuelle mineure, à l’instar de l’épouse dans le Code Napoléon.
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