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Traduit en français, mon proverbe espagnol favori donne à peu près ceci : dans une bouche fermée, les mouches n’entrent pas. Autrement dit, se taire est le plus sûr moyen de ne pas dire de niaiseries.
Prenez les commentaires des derniers jours sur la langue française à la suite de la publication du dernier recensement. Sans exception, tous les fédéralistes y ont vu de bonnes nouvelles et tous les souverainistes y ont vu de mauvaises nouvelles.
Ce n’est évidemment pas un hasard. La langue est le coeur de l’identité québécoise, et la protection de cette identité est la principale raison de vouloir faire du Québec un pays.
Dans cette avalanche de chiffres, la vraie question est de savoir s’il y avait plus de bonnes ou de mauvaises nouvelles.
Bon et mauvais
Le nombre d’allophones qui parlent désormais le français à la maison a augmenté et les transferts linguistiques vers l’anglais ont baissé. Une incontestable bonne nouvelle. Les efforts n’ont pas été vains.
Par contre, au total, le pourcentage de gens au Québec dont le français est la langue la plus souvent parlée à la maison a baissé. Ce recul du français est certes léger, mais en sommes-nous rendus au point de considérer comme un progrès le fait de reculer « légèrement » ?
Sur l’île de Montréal, le pourcentage de gens qui parlent le plus souvent le français à la maison a baissé de plus de deux points en à peine cinq ans. J’ai de la peine à y voir une bonne nouvelle, à moins, ici encore, de se réjouir que ce ne soit pas pire.
Déclin
Dans le reste du Canada, il y a 400 000 personnes qui déclarent le français comme langue maternelle, mais qui ne l’utilisent plus à la maison. Cela porte un nom : assimilation. Les jovialistes ont au moins eu la décence de ne pas tordre les chiffres dans leur cas.
Pour tout le Canada, le pourcentage de gens qui parlent le français à la maison continue de baisser. Nous étions un sur quatre en 1971. Nous ne sommes qu’un peu plus d’un sur cinq aujourd’hui.
Quand votre poids démographique baisse, votre influence politique baisse aussi. Inévitablement. Comment, ça ne vous réjouit pas ? Que vous êtes grognon et frileux !
Recul
Bref, à des degrés très différents d’intensité, le français recule au Canada, recule au Québec, et recule à Montréal. Au Québec en particulier, tout n’est évidemment pas noir, surtout si on compare la situation du français aujourd’hui à celle d’il y a trente ans.
Mais en toute honnêteté, on voit mal comment il peut être possible, au total, de dire que les bonnes nouvelles l’emportent sur les mauvaises.
Il faut cependant être cohérent : on ne peut, d’un côté, vouloir plus d’immigrants et, de l’autre, déplorer que leur arrivée fasse reculer le français.
Quant aux deux ministres du gouvernement du Québec qui sont venus nous dire qu’il n’y avait là que des bonnes nouvelles, elles avaient des mouches plein la bouche.

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