Les menaces de partition du Québec, de Trudeau à Charest et Dion

Tribune libre de Vigile
mardi 7 octobre 2008
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Dès le début des années 60, le chroniqueur Pierre Elliott Trudeau prêtait aux indépendantistes québécois des visées expansionnistes et brandissait le spectre de la partition du Québec : « Quant aux Séparatistes [sic] québécois, ils auront aussi du pain sur la planche : si leurs principes sont justes, ils devront les pousser jusqu’à l’annexion d’une partie de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick, du Labrador et de la Nouvelle-Angleterre ; mais, par contre, ils devront lâcher certaines régions à la frontière de Pontiac et de Témiscamingue, et faire de Westmount le Dantzig du Nouveau-Monde. » (Cité Libre, avril 1962)

Devenu premier ministre du Canada, Trudeau a répété sa menace quelques mois après l’élection du Parti québécois en 1976, comme l’a rapporté Lise Bissonnette : « "Si le Canada est divisible, le Québec doit être divisible aussi", de réclamer hier soir le premier ministre canadien devant un auditoire partisan du comté montréalais de Verdun. » (Le Devoir, 12 mars 1977)

Deux ans avant sa mort, Trudeau était tout fier de rappeler sa "prophétie" de Cité Libre : « J’ai consigné cette remarque en 1962, plus de trente ans avant que certaines communautés anglophones et autochtones ne commencent à parler de partition du Québec en cas de séparation. Je ne prétends pas être prophète : la simple logique rendait cela tout à fait prévisible. » (Pierre Elliott Trudeau, L’essentiel de sa pensée politique, 1998, p. 109-110)

Cette "simple logique" de Trudeau découle de sa conception ethnique de la nation québécoise, alors que le Québec se définit par son territoire, ses institutions et sa langue officielle, dans un contexte pluraliste et inclusif. Trudeau avait pourtant reconnu en 1992, à la veille des deux référendums simultanés (un canadien et un québécois) au sujet de l’Accord de Charlottetown, que « les habitants de cette province habitent un territoire délimité par ses frontières propres. Ils y parlent majoritairement le français. Ils se gouvernent sous un régime particulier de lois. » (Pierre Elliott Trudeau in L’actualité, 1ier octobre 1992)

En 1995, près de 50 % des Québécois se prononcent pour le OUI lors du référendum sur l’indépendance du Québec : le ROC (Rest of Canada) est en émoi. Au cours de la campagne électorale fédérale de 1997, Jean Charest, chef du Parti progressiste-conservateur du Canada, fait une déclaration inquiétante rapportée par Paul Wells :

« Canada is divisible and Quebec may be too, Progressive Conservative leader Jean Charest said yesterday [...] On the even-thornier question of partition ‑ the possibility that parts of Quebec may stay in Canada while the rest secedes - Charest said it would be "on the table" after a Yes vote. […] As he did before the 1995 referendum and has done since, Charest said a Yes vote would be "a black hole" in which "there are no rules". » (The Gazette, 20 mars 1997)

Le ROC offre alors un pont d’or à Jean Charest pour qu’il quitte la direction du Parti progressiste-conservateur du Canada (resté dans l’opposition après les élections) afin qu’il vienne à Québec pour sauver le Canada. C’est ainsi qu’en 1998, Jean Charest devient chef du Parti libéral du Québec ; il devient même premier ministre du Québec en 2003 ! Avant la prochaine élection au Québec, il serait important que les Québécois sachent si leur premier ministre a changé d’avis au sujet de la menace de partition du Québec.

Une déclaration semblable à celle de Jean Charest a été faite récemment par Stéphane Dion, chef du Parti libéral du Canada et candidat au poste de premier ministre du Canada. Lors de l’émission Maisonneuve en direct de Radio-Canada le 30 septembre dernier, un auditeur a demandé à Stéphane Dion s’il s’opposerait à la partition du Québec après un référendum où 55 % des Québécois auraient répondu OUI à une question claire et donné cette réponse claire. Stéphane Dion a répondu : « Si jamais on devait arriver dans cette situation, et j’espère qu’on n’y arrivera jamais, c’est évident que tout le monde va essayer de s’arranger pour que les choses se passent pour le mieux dans des conditions extrêmement difficiles. On va mettre tout sur la table et on va essayer d’être justes envers tout le monde. Mais ça va être extrêmement difficile et pénible. Moi je ne veux pas que cela ça se passe et j’espère vous convaincre un jour de l’idéal canadien. » 

  Rappelons que conformément au droit international, « le territoire du Québec et ses frontières ne peuvent être modifiés qu’avec le consentement de l’Assemblée nationale. » (article 9 de la Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec, entrée en vigueur le 28 février 2001).

D’ailleurs, la Constitution du Canada stipule que les « frontières interprovinciales […] ne peuvent être modifiées que par proclamation du gouverneur général […] autorisée par des résolutions du Sénat, de la Chambre des communes et de l’assemblée législative de chaque province concernée ».(article 43a de la Loi constitutionnelle de 1982),

François-Xavier Simard

Auteur du livre Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau (Les Intouchables)

Commentaires

  • 13 octobre 2008 13h59

    Jacques Noël

    J’ai entendu Gilles Duceppe sur la rue Ste-Catherine à Montréal à une épluchette de blé d’Inde et lors de son investiture dans son comté. J’ai évidemment écouté ses discours au complet. Chaque fois il a terminé son discours en soulignant que la souveraineté est la solution aux problèmes du Québec. C’est un faible échantillon je l’admets mais c’est mieux que rien.

    La question a été posée à Gilles Duceppe. Pourquoi vous ne parlez pas de souveraineté ?
    Il a répondu : J’en parle tout le temps, mais c’est pas moi qui décide des trente secondes qui passent à la télévision.

    Jacques dans la foulée des commentaires de Luc Archambault sur les médias, tu devrais avoir compris que tu dois te méfier des raccourcis médiatiques. Pourquoi ce ton accusateur et méfiant ? Remets-tu en question la présence du Bloc à Ottawa pour non-souverainisme ?

    Robert Barberis-Gervais, la veille des élections fédérales du 14 octobre 2008

  • Gilles Bousquet, 8 octobre 2008 13h14

    M. Jacques Noel écrit : « C’est quand la dernière fois que Gilles Duceppe a parlé de souveraineté ? »

    C’est probablement la dernière fois qu’il a parlé en public.

    À mon avis, nos chefs souverainistes ne peuvent pas parler continuellement de la souveraineté du Québec afin de ne pas écoeurer le peuple du Québec. Faut le faire quand l’occasion s’y prête et qu’il y a quelque chose de nouveau pour la faire avancer.

    Pour ce qui est des ex-satellites de l’URSS, leurs frontières commencent à se modifier avec l’aide de l’occupation russe.

  • jacques noel, 7 octobre 2008 19h24

    Moi aussi je crois que Chrétien aurait tenu son propre référendum au Québec avec une "question claire", genre "Voulez-vs que le Québec se répare du Canada ?"(Chrétien n’a jamais fait dans la haute subtilité...).

    La meilleure stratégie de Parizeau aurait été de le courcicuiter en déclarant l’indépendance puisque, selon sa question à lui (qui était bien claire) le Québec pouvait déclarer son indépendance après le refus de parteneurship du Canada. Et sur tous les poteaux du Québec c’était écrit : NON À LA SÉPARATION. Les ceusses qui n’ont pas compris la question étaient des sous-doués intellectuels.

    Quant à la partition du Québec, ben si c’était pas pour faire peur au monde, qu’est-ce que c’était ? Les 15 républiques soviétique ont acquis leur indépendance avec les mêmes frontières qu’elles avaient pendant l’URSS. Idem pour la Slovaquie. Idem pour les républiques yougoslaves. 250,000 morts en Bosnie n’ont pas réussi à déplacer d’un seul centimètres la frontière.

    Bon tout ça c’est du passé. Si on parlait du présent. C’est quand la dernière fois que Gilles Duceppe a parlé de souveraineté ?

  • Raymond Poulin, 7 octobre 2008 17h34

    Au début, les menaces de partition du Québec n’étaient qu’un tigre de papier, mais ce tigre finira par prendre vie lorsque les fédéraux auront la certitude que très peu de Québécois sont prêts à prendre les armes pour protéger leur territoire. On peut bien se pavaner partout en invoquant le pacifisme, mais, dans la réalité géopolitique, le conseil de César demeure d’actualité : « Si vis pacem, para bellum ». Et, contrairement à ce qu’on prétend de Gandhi, il admettait la violence en certaines circonstances, notamment celle de la légitime défense. Ceux qui tiennent à la vie à n’importe quelle condition augmentent de beaucoup le risque de vivre dans de mauvaises conditions. Sur ce plan, les Québécois, y compris la plupart des indépendantistes, sont des enfants de choeur. Le meilleur moyen de ne pas devoir connaître la violence, paradoxalement, consiste à ne pas lui tourner le dos si nécessaire. De la part d’une carcasse de 65 ans qui n’a pourtant rien d’un casse-cou.

  • Gilles Bousquet, 7 octobre 2008 13h52

    J’aimerais ajouter que :

    Le meilleur moyen de diminuer les chances de partition du Québec et autres inconvénients est d’avoir le plus haut pourcentage possible de OUI au prochain référendum.

  • Gilles Bousquet, 7 octobre 2008 13h50

    Si le PQ avait gagné le référendum disons, à 50,5 % en 1995, le fédéral sous la gouverne de M. Chrétien le centralisateur vindicatif "il l’écrit dans ses mémoires qu’il n’aurait pas reconnu le résultat avec une faible majorité de OUI", ne serait pas demeuré passif. On ne sait pas trop ce qu’il aurait fait mais il y a des hypothèses comme :

    1- Le fédéral aurait pu tenir un référendum dans tout le Canada sur l’acceptation de l’indépendance du Québec, à ses conditions.

    2- Selon les résultats de son référendum, il aurait simplement déclaré que l’affaire était refusée avec une majorité qui aurait voté pour conserver le Québec dans le Canada.

    3- Il aurait pu aussi ne tenir son référendum fédéral qu’au Québec. S’il avait obtenu plus de 50 % de OUI à la souveraineté du Québec, il se serait senti obligé de dire OUI à la souveraineté mais il aurait examiné les résultats par région pour permettre à certaines, qui auraient voté NON à plus de 75 % disons, de joindre le ROC comme : L’ouest de Montréal et Westmount, déjà séparés de Montréal ; l’Outaouais et la Beauce fédéralistes et probablement, toutes les Réserves indiennes incluant tout le nord du Québec qu’ils disent leur appartenir, vu que nos Indiens sont majoritairement très fédéralistes.

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