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Les médias, reflet de la déchéance de la langue
Jean-Marc Léger
Le Devoir
jeudi 15 février 2007


Il y a lieu, hélas, de constater un peu plus chaque jour la déchéance de la langue française, écrite ou parlée, dans les médias de toutes sortes. Les rédacteurs en chef et les directeurs de l’information, les cadres de tous niveaux, ou bien en sont inconscients, ou bien y sont insensibles. Cette situation affligeante tient à deux facteurs principaux : l’ignorance même de la langue, d’une part, et, d’autre part, l’imitation servile de l’anglais, une sorte de conditionnement inconscient par cette langue. Peuple de traducteurs, hélas, les Canadiens français n’ont même plus le sens du génie de leur langue. En fait, nous parlons anglais avec des mots, apparemment, français.

Peuple de traducteurs mais aussi de vaincus, de conquis, dont la plupart des institutions politiques ont été empruntées à celles du vainqueur, y compris, si l’on peut dire, leur mode d’emploi. Et il faut hélas constater que la situation se détériore un peu plus chaque jour. Ainsi, on nous parle de « la lieutenante-gouverneure », ce qui est proprement une aberration car les appellations des fonctions et des emplois sont invariables en français. Ainsi encore, les épouvantables : « haute commissaire », au lieu de « haut commissaire », « la policière » ou la « constable », parmi des dizaines d’horreurs du même ordre. Voilà qui, pour un peu, nous ferait mourir de rire (plutôt que « mourir au feuilleton », autre imbécillité de notre vocabulaire administratif).

Comment ne pas rappeler l’exemple, hélas non suivi, de la première femme à avoir occupé les fonctions de gouverneur général ? Jeanne Sauvé, qui avait auparavant été plusieurs fois membre du gouvernement fédéral, grande dame réellement cultivée et ayant dès lors connaissance et respect de sa langue, exigeait qu’on la désignât comme « madame le gouverneur général » et reprenait, avec humeur ou humour selon le cas, tout ignare qui l’appelait « la gouverneure générale ». Son papier à lettre et ses cartons d’invitation portaient « Le gouverneur général » ou « Madame J. S., gouverneur général ».

Aujourd’hui, hélas, l’accablante ignorance de la langue, dans la plupart des milieux et surtout dans les médias, ne fait qu’aggraver la situation. Encore une fois, les médias sont à la fois reflet et agent de cet état de choses, non pas les seuls coupables, il s’en faut, mais les artisans les plus redoutables du fait justement de leur influence. Même si le redressement de cette situation est éminemment improbable, il importe de continuer à la dénoncer : « C’est bien plus beau lorsque c’est inutile », ainsi que disait Rostand dans Cyrano. Et tentons de faire preuve d’un certain « optimisme tragique », selon le mot d’Emmanuel Mounier.




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