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Les malheurs des libéraux
Lysiane Gagnon
La Presse
samedi 31 mars 2007


Jean Charest est évidemment en bien meilleure posture face à ses critiques qu’André Boisclair, pour la simple raison qu’il a été reconduit au poste de premier ministre. Mais c’est bien le seul avantage qui lui reste, après avoir mené le PLQ au plus mauvais score électoral de son histoire - qui plus est, après un premier mandat sans lustre, dont ne surnage aucun fait marquant, sinon une honnête gestion au jour le jour, entrecoupée de bourdes et d’atermoiements.

Ce second mandat ne s’annonce pas très bien non plus. Car si M. Charest s’est avéré si pusillanime alors qu’il était à la tête d’un gouvernement très largement majoritaire, que fera-t-il à la tête d’un gouvernement minoritaire ?

Certes, il y a des gouvernements minoritaires productifs - celui de Trudeau dans les années 70, celui de Harper ces années-ci. Mais encore faut-il que le premier ministre fasse preuve de leadership. Or, force est de constater que, jusqu’à présent, le sens du leadership est ce qui a le plus manqué à Jean Charest. On n’a qu’à penser à la crise d’Orford : une histoire de condos qui a dégénéré en crise nationale ! Ou à la saga du CHUM, alors que le premier ministre s’est déchargé du fardeau de la décision sur divers sous-fifres, lesquels ont fini par torpiller le seul projet d’envergure à avoir vu le jour dans l’Île de Montréal depuis des décennies.

Il est significatif que les bons coups dont le gouvernement Charest a pris le crédit étaient en fait des cadeaux de Stephen Harper : siège à l’UNESCO, reconnaissance de la « nation », budget Flaherty (sic)

Selon notre collègue Denis Lessard, M. Charest en voudrait à son entourage pour lui avoir fait mener une aussi mauvaise campagne. Mais dites donc, c’était qui le patron ? Pourquoi M. Charest s’est-il laissé guider par ses conseillers plutôt que de suivre ses propres instincts ? Mettre au programme de la tournée libérale la visite d’une usine dans le comté ultra-péquiste de Verchères, il fallait le faire ! Et lui couper les ailes et le sifflet à la veille du débat télévisé, alors que l’une des forces de M. Charest est justement d’être un vigoureux « debater », il fallait le faire aussi ! Mais voilà, c’était à M. Charest de déterminer lui-même son style de campagne.

Ironiquement, la présence d’une opposition adéquiste sera peut-être l’élément qui sauvera ce second mandat de l’insignifiance appréhendée. Si les libéraux ne faisaient face qu’au PQ, on serait dans un climat d’affrontement perpétuel. Mais l’ADQ a suffisamment de points en commun avec le PLQ pour qu’on puisse espérer une certaine fertilisation.

Soyons optimiste. Peut-être Mario Dumont, avec la fougue de la jeunesse, pratiquera-t-il sur le gouvernement une greffe de moelle épinière qui renforcirait l’épine dorsale chancelante d’un gouvernement qui est apparu jusqu’ici incapable de se brancher sur les questions controversées ?

Au moins, l’ADQ ne se mettra pas en travers du gouvernement quand il procèdera à l’augmentation (au demeurant beaucoup trop timide) des droits de scolarité universitaire. Surtout, on peut s’attendre à ce que l’ADQ, sur la base de son propre programme, fasse pression sur le gouvernement pour qu’il s’attelle enfin à une réforme sérieuse des services de santé. Le Québec est mûr pour un système à l’européenne, avec un régime mixte où les médecins pourraient utiliser leurs temps libres à faire ce pourquoi ils ont été formés, une fois remplies leurs obligations envers le secteur public.

Cela irait à l’encontre de la loi canadienne sur la santé. Mais si l’« autonomisme » dont se réclame l’ADQ a un sens, c’est bien dans ce genre de réformes concrètes. D’ailleurs, le reste du Canada est de plus en plus ouvert à la révision du Medicare. Les cliniques privées poussent comme des champignons à Toronto et Vancouver. En outre, la présence des conservateurs à Ottawa devrait faciliter les choses. M. Harper n’a pas osé inscrire ce projet à son programme, mais il n’y a pas de doute qu’il y serait sympathique. Qu’est-ce qui empêche le Québec d’être la locomotive d’un changement pan-canadien, dans un domaine qui concerne de près tous les citoyens du pays ?

En tout cas, cela serait plus productif, comme « affirmation nationale », que d’aller se jeter tête première sur un mur de briques en allant quémander, comme le propose la feuille de route adéquiste, l’ouverture de négociations constitutionnelles dont personne ne veut au Canada.

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