Monsieur Gaudette, « historien » (Une conquête salutaire ou la libération d’un piètre colonisateur), se flatte d’avoir vu l’Empire britannique remplacer la France comme colonisateur chez nous. Cette dernière, selon ses propres phrases, fut un colonisateur « hautain, méprisant, dominateur, et sans vision ».
Soit, mais où et quand M. Gaudette a-t-il aperçu un colonisateur qui ne soit pas hautain, méprisant et dominateur ? Par ailleurs, les Neufrançois n’étaient pas des colonisés mais des colons et sujets français. L’aristocratie française, comme toutes les aristocraties, était hautaine, méprisante et dominatrice envers ses sujets aussi bien qu’envers les véritables colonisés. De même l’Empire britannique envers ses propres sujets, à l’exception de son élite : aristos, gentry, financiers, industriels et grands commerçants. Comme tout empire, toute oligarchie.
M. Gaudette prétend que l’Empire britannique nous a apporté la prospérité. Détruire 80% de Québec et 60% de Montréal, renvoyer en France tous les marchands et ceux qui s’y entendaient aux affaires, pour ensuite se réserver l’import et l’export, c’était la prospérité ? Réserver la majeure partie du territoire ékoumène aux colons britanniques, ce qui a obligé nos ascendants à racheter ces terres une à une pour se réapproprier le territoire, quelle magnanimité dans la dispensation et la répartition de la prospérité !
S’emparer d’un territoire où, à son arrivée, la majorité de la population savait lire et écrire et en faire, en 40 ans, un peuple où seulement 4000 personnes sont en mesure de signer leur nom, vous appelez cela de la dignité ? Autoriser une Chambre d’assemblée mais réserver tout le pouvoir au gouverneur et aux marchands britanniques, c’était faire bénéficier les colonisés du parlementarisme, sans doute ? La « primauté du droit et de l’entrepreneurship » ? Oui, pour les sujets d’origine britannique. La liberté de la presse, essentielle à une démocratie, elle origine d’abord, pour les descendants de la colonie française, des efforts de l’imprimeur Fleury Mesplet, Lyonnais voltairien, arrivé dans les valises de Benjamin Franklin avec Valentin Jautard, autre Français voltairien, créateurs de La Gazette de Québec et de La Gazette de Montréal (l’actuel Montreal Gazette), tous deux emprisonnés moultes fois par le gouverneur et finalement ruinés.
Selon vos dires, « l’Église catholique aura été un obstacle du même ordre pour le développement du peuple canadien-français ». Ben justement, elle n’aurait pas pu l’être, en tout cas certainement pas à ce point, si elle n’avait pas pactisé avec le régime colonial anglais, qui ne demandait pas mieux que de s’acheter un garant, gendarme des consciences, et n’a jamais lésiné là-dessus.
Quant à la « vision », en effet, l’Empire britannique n’en manquait pas ; elle portait tellement loin que le monde contemporain en paie encore les conséquences en Amérique, au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique et en Océanie.
« En effet, de cette colonisation émergent deux pays (États-Unis et Canada) qui sont aujourd’hui parmi les plus puissants de cette planète. » Le Canada parmi les pays les plus puissants ? By Jove, Mr Gaudette, some soot on your glasses, it seems !
L’historien Gaudette ne s’avérerait-il pas un peu restrictif ou négligent dans la consultation des archives et des documents d’époque ? À moins, sait-on jamais, que son orientation ait précédé son étude. Le métier d’historien est une chose et celui de propagandiste, une autre.
Un peu de baloney avec ça ?


