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Les larmes de madame Gros-Louis
Gaston Deschênes
Tribune libre de Vigile
jeudi 29 mai 2008      434 visites      1 message


De passage à Brouage, à l’occasion du lancement des fêtes du 400e de Québec, l’épouse du grand chef des Hurons aurait éclaté en sanglots en voyant son nom (Allard) « sur un mur dédié aux familles souches [sic] de la Nouvelle-France ». Et l’émotion aurait été encore plus forte, selon le reportage du Soleil (samedi 24 mai 2008) « lorsqu’elle a retrouvé son nom sur La grande vague, une œuvre longue de 10 mètres qui porte les noms de 400 familles fondatrices de la Nouvelle-France ».

Une fois passé l’étonnement (les Hurons ont des ancêtres français ?!), plusieurs autres sentiments surgissent. L’envie, évidemment, puisque le nom de mon ancêtre Miville (qui était justement de Brouage) est probablement sur le mur et sur l’œuvre de Marc Lincourt. La déception aussi, car il faut aller à Brouage pour vivre ce genre d’émotion.

À Brouage ou ailleurs. Comme à Larochelle, où le Centre des monuments nationaux de France rend hommage « à tous ces piliers de la Nouvelle-France » dans une exposition où on peut aussi « avoir accès aux bases de données généalogiques des familles souches [re-sic] ». Ou encore, à Montréal, où le Musée de Pointe-à-Callière présente « France, Nouvelle-France, naissance d’un peuple français en Amérique », une exposition coproduite avec le Musée d’histoire de Nantes qui évoque les motifs qui ont poussé les Français à venir s’établir en Amérique. Voire même dans l’autre capitale nationale, où le Musée des Civilisations de Gatineau présente « Jamestown, Québec, Santa Fe, trois berceaux nord-américains » en collaboration avec la Smithsonian Institute.

Et à Québec, pour ceux qui veulent s’émouvoir tout en « ménageant leur gaz »  ? Rien de comparable, sur le plan thématique, avec ce que madame Gros-Louis a pu voir en Charente. L’Espace 400e offrira de multiculturels « Passagers/Passengers », comme si Québec devait être « ramenée exclusivement à sa fonction de port », selon l’expression de madame Bertho-Lavenir ; le Musée des Beaux-Arts prépare son mini-Louvre, le Musée de la Civilisation présente des expos de taille modeste sur Champlain (c’est la moindre des choses), Mgr de Laval, les Huguenots en Nouvelle-France et, « en exclusivité » deux expositions en provenance de musée du quai Branly à Paris  : « Objets blessés – La réparation en Afrique » et « Ideqqi – Art des femmes berbères »…

Ce n’est pas évident à première vue mais ces deux dernières expositions prétendent en remplacer une autre qui devait représenter une contribution de la France au 400e et porter sur… les familles souches du Québec. « Ce n’est pas un prix de consolation », nous a-t-on dit sérieusement. Bien sûr. Et l’exposition sur les familles souches a « été reportée en 2009 ». Tiens donc : juste à temps pour le 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

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Vos commentaires:
  • Les larmes de madame Gros-Louis
    29 mai 2008, par Gaston Boivin
    Cette émotion que l’on fait ressortir dans diverses régions de France, d’où sont partis nos ancêtres, pour souligner fièrement l’épopée de ces pionniers français, qui ont sillonné l’Amérique et qui l’ont faite, pour une partie, française, elle fait place au Québec et à Québec, chez nous, les descendants de ces pionniers, à cette tristesse lancinante, issue de la Conquête, qui, jusqu’à date, a presque des allures d’une condamnation à perpétuité, d’assister sans cesse depuis lors, dans une presqu’impuissance, comme jadis nos ancêtres, à notre constante dépossession, à l’utilisation sinon à la dénaturation de ce que nous sommes au profit de l’envahisseur anglais, et à ce jeu de la politique et du pouvoir à faire comme si nous n’étions pas là pour bien le mettre à l’évidence, lui et les autres tous et chacun qu’il a créés pour nous avaler,... juxtaposition qui, face à l’émotion du moment que traduit cette commémoration, ou celle qu’elle devrait traduire, si notre conquérant, avec la collaboration de nos représentants , qu’il utilise comme des fantoches à son service, ne nous empêchait pas de l’exprimer, avec toute la ferveur qui est la nôtre, dans les fêtes organisées pour la célébrer, témoigne bien que la France est libre mais que la Nouvelle-France ne l’est point !


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