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Les larmes de Qin
Caroline Moreno
Tribune libre de Vigile
mardi 15 septembre 2009      241 visites


Bonjour Caroline,

Je suis chanceuse d’avoir une meilleure amie comme toi, ici. Je peux te raconter presque toutes mes histoires parce que tu me comprends et nous nous accordons bien même s’il y a des différences entre nos deux cultures. Quand j’ai des difficultés ou un questionnement, tu es la première personne à qui je peux téléphoner et tu me conseilles généreusement à chaque fois.

À notre dernière rencontre, tu m’as dit que tu voulais écrire mon histoire dans ton roman. Bizarrement, je pensais faire la même chose. Je crois que chaque histoire d’immigrants est intéressante, mais la mienne est à sa façon aussi très émouvante.

J’habitais à Pékin, la capitale de la Chine, avant d’arriver à Montréal. Pékin est une grande ville. Je vivais dans la cité universitaire où il y avait beaucoup de grands arbres de chaque côté de la rue.

Jusqu’à mes dix-sept ans, nous partagions avec deux autres familles un appartement qui avait seulement une toilette et une cuisine communes. La vie n’était pas toujours facile, parfois il y a avait des frictions entre nous. Mais cela m’a donné beaucoup de souvenirs, bons ou mauvais. Je les apprécie tous.

J’étais une jeune fille indépendante, capable et ambitieuse ; c’est pourquoi je pensais poursuivre mes études au Canada même su je travaillais déjà comme assistante-professeur dans une fameuse université de Chine : un poste que beaucoup de gens convoitaient. J’étais perfectionniste et je croyais que mes affaires étaient plus importantes que ma vie.

J’ai ressenti de la tristesse parce que je devais quitter mon petit ami. Nous travaillions ensemble à l’université. Nous nous sommes aimés profondément, je pense. Mes émotions étaient ambivalentes parce que d’un côté, pour mes affaires j’aurais plus de chance, mais je savais qu’il y avait des risques de perdre mon amour. Mes parents et mon frère ne l’acceptaient pas et ma mère m’a forcée à partir un mois plus tôt. Finalement, j’ai dû abandonner ma vie confortable en Chine.

Or, malheureusement, je suis pessimiste et je suis toujours capable de prévoir les côtés négatifs de la vie. Pendant que je me préparais à quitter mon pays, j’étais anxieuse parce que je n’étais pas sûre si mon anglais était assez bon pour étudier à l’Université McGill. J’ignorais que le Québec était une province francophone. Je ressentais de la solitude comme si je savais que ma vie serait très difficile même si mon père était à Montréal. Déjà parce que ma famille ne me comprenait pas !

Selon mes parents, j’étais une jeune fille inébranlable qui pouvait triompher dans toutes les difficultés. Ils ne se doutaient pas que parfois je suis tellement faible et j’ai besoin qu’on me comprenne, mais d’un côté, je ne voulais pas qu’ils s’inquiètent de moi jusqu’à leur mort. Par contre, avec mon petit ami, nous nous comprenions parfaitement, parfois seulement dans le regard de l’autre… À ce moment-là, j’ai dû laisser une partie de mon cœur avec lui !

Au souper de la veille de mon départ, j’ai pleuré à chaudes larmes et je n’ai pas mangé. Ma mère a eu une vraie surprise : « Tout le monde est content avant de partir, pourquoi es-tu triste ? Tu ne pleures jamais devant nous », a-t-elle dit.

Pour garder ma dignité, j’ai refusé à mon petit ami de venir me faire ses adieux à l’aéroport car je ne voulais pas qu’il voit mes larmes…

Tu vois ça Caroline, une triste histoire a commencé, n’est-ce pas ?

À suivre…

Qin




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