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« [L’indépendance] est le contraire politique de l’autonomie, même si, sur un plan historique, on peut la considérer comme son prolongement. Il n’y a rien de commun entre un séparatiste et un autonomiste : l’un veut la sécession du Québec, l’autre veut sa participation, plus ou moins intégrée, à la Confédération. »   Hubert Aquin
             
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Les indépendantistes ont toujours mauvaise réputation
José Fontaine
Chronique de José Fontaine
samedi 28 mars 2009      293 visites


Sauf pour le cas des indépendantistes des pays colonisés, l’identité revendiquée d’une partie d’Etat-nation qui n’est pas indépendante est toujours suspecte. A fortiori la lutte que l’on mène pour cette autonomie.

Les dérives sont partout

C’est la remarque d’une collègue sur la présence autrefois sur les listes du FDF bruxellois (qu’on pourrait qualifier d’autonomiste, même si ce parti a pignon sur rue), d’un député qui vira lentement au racisme d’extrême-droite sans quitter ce parti démocratique au départ (et sans qu’on ne l’en exclue) qui m’y fait penser. Elle me disait qu’il existe toujours dans les mouvements nationalistes ce genre de dérives. Elle n’avait pas tort, sauf qu’elle n’allait pas jusqu’au bout de son raisonnement. En effet, quelle est la formation politique, même démocratique, de droite, du centre, de gauche, nationaliste ou non, quelle est la nation démocratique, ouverte, (soucieuse des droits de l’homme et tout le toutim), qui serait à l’abri de dérives ?

La France issue de la Résistance n’a pas respecté toujours les droits de l’homme en Algérie et y a perpétré pas mal de crimes de guerre. Ne parlons pas de l’Angleterre en Irlande. Ou de l’Espagne face aux autonomies ou aux mains des séides de Franco. On sait que Guantanamo était en complète contradiction avec les principes les plus sacrés de la Déclaration unanime des représentants des Etats-Unis d’Amérique de 1776, l’une des plus fortes déclarations fondatrice des droits humains.

De la Tchétchénie,...

Comme directeur de TOUDI en ligne, je viens de m’en apercevoir encore tout récemment. Un collaborateur de la revue vient de me remettre un article extrêmement bien fait sur l’ultimatum terroriste envoyé aux habitants de Grozny, la capitale de la Tchétchénie, par les troupes de la Fédération de Russie en 1999. Les habitants avaient à quitter la capitale sécessionniste dans un délai fixé, ce délai étant passé l’aviation et l’artillerie russe détruisait de fond en comble la ville et tout ce qui y demeurait. Et c’était dans ses capacités. Il y eut tout de même alors un sursaut de l’Union européenne qui tint un langage extrêmement radical à l’égard de la Russie, la menaçant de sanctions économiques graves et tenant d’ailleurs un langage plus ferme que les USA. J’ai envie pour une fois d’être fier d’être européen, mais ces faits sont bien analysés par le collaborateur de TOUDI...

C’est vrai, mais qui se soucie vraiment aujourd’hui de la Tchétchénie, petite république autonome d’un million d’habitants grande comme les deux provinces wallonnes les plus étendues. Il semble bien que la misère y soit la seule réalité, dans un compromis entre puissance russe et forces de l’ordre autochtones.

...au Pays Basque

Hier, on apprenait que le Parti socialiste espagnol et le Parti populaire avaient finalement décidé de gouverner le Pays basque. Ces deux partis ont une seule chose en commun, ils sont contre l’indépendance basque et sont antinationalistes (ils sont nationalistes espagnols, donc). Ils disposent d’une majorité étroite au Parlement basque.

Les nationalistes basques du PNV ont gagné les dernières élections . Le PNV (nationaliste modéré), est le premier parti basque. Le parti Aralar qui est indépendantiste a même triplé ses résultats passant de 2% à 6% des suffrages et à quatre sièges au Parlement (le PNV en a 30). Aux élections précédentes, des partis dans la mouvance de l’ETA (interdite par la Justice), pouvaient encore se présenter. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Un parti s’est bien présenté le D3M (alias de l’ETA) mais il a été lui aussi interdit. Au Pays Basque, les électeurs choisissent le bulletin du parti dont ils ont fait le choix en entrant dans l’isoloir. Or D3M étant interdit, il n’y avait plus de bulletins avec son en-tête, plus de possibilité de voter indépendantiste (sauf via Aralar). Les sympathisants de l’ETA (qui restent nombreux dans la population), ont choisi de respecter la consigne donnée et de déposer dans l’urne des bulletins nuls dont la croissance permet à Christian Galloy de considérer que 60% des électeurs basques ont voté nationaliste.

Si je me suis permis de questionner ce confrère (excellent connaisseur de l’Espagne), c’est parce que j’avais entendu un long témoignage de députés wallons et bruxellois mettant en cause le véritable climat de terreur que fait régner l’Etat au Pays basque, comparant même cette terreur à celle de la mafia en Sicile. Cela me semblait un peu court. Mais il est vrai que la mafia a été au départ un mouvement de résistance elle aussi. Que la résistance aux nazis en France ou en Wallonie, héroïque et juste fondamentalement, a trempé aussi partiellement via certains épigones dans le banditisme. Et qu’il est possible que même face à la puissance de l’Etat de petits groupes peuvent imposer une terreur supérieure à la violence légitime de la démocratie (comme en Sicile).

Indépendantisme suspect a priori

Le problème évidemment, c’est que tous les mouvements indépendantistes, même quand ils n’utilisent pas la violence, peuvent être submergés par la suspicion dans laquelle on tient une nation qui n’est pas encore "officielle", un Etat qui n’est pas encore souverain. La mauvaise réputation que l’on fait à la Flandre me semble motivée par cela. Dans les rencontres francophones, on met parfois en cause des dispositions prises par la Flandre qui ressemblent à celles prises au Québec comme l’interdiction de l’affichage en français par exemple. Cette mauvaise réputation faite à la Flandre ne sert pas la Wallonie qui ne mène pas un combat linguistique contre la Flandre, mais vise à son redressement économique, l’usage du français n’étant pas menacé en Belgique. Cela ne sert pas la Wallonie, car on passe assez vite de la stigmatisation du nationalisme flamand à celle du nationalisme wallon. L’amalgame est par exemple vite fait entre le nationalisme violent de l’ETA et le nationalisme basque en général. On entend peu mettre en cause l’Etat espagnol et la monarchie espagnole qui a tout de même été adoubée au départ par le général Franco.

Il faut faire la part de ce qui est acceptable ou pas dans le combat politique (tuer des innocents comme le fait l’ETA, même si ce sont des policiers par exemple est d’autant plus inacceptable que le général de Galle s’opposa à ce que la Résistance française dans des conditions bien plus claires de combat et bien plus justifiées, abattent des soldats allemands d’occupation isolés). Mais il faut aussi être conscient lorsque l’on se bat pour l’autonomie de petites nations que l’on est a priori suspect ou incompris, et cela même chez soi. On pose toutes sortes de questions au Québec sur sa viabilité économique, le sens qu’il y a à devenir indépendant alors que, comme je le lisais dans une interview d’un député catalan nationaliste, ces questions en Europe ne sont jamais posées à des pays de moins d’un million d’habitants en Europe comme le Luxembourg ou Malte ou encore la Slovénie et la Lettonie qui sont moins peuplées que la Wallonie (e minuscules par rapport au Québec). Je ne dis pas que l’indépendance de ces pays doive être mise en cause ! Je veux dire qu’on doit savoir que le combat pour la liberté au Québec, en Wallonie, en Flandre ou au Pays Basque sera difficile jusqu’à leur reconnaissance officielle comme Etats indépendants ou quasi indépendants (pour la Wallonie, la Flandre et Bruxelles, je pense que la solution d’une confédération d’Etats est la meilleure solution).

Soyons donc prudents et informons-nous les uns les autres par-delà l’océan. Il y a une solidarité des petites nations à entretenir et à cultiver, pour elles mais aussi pour la démocratie et la civilisation.




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