Les souverainistes péquistes surtout et les bloquistes aussi nous font penser à ces scolastiques qui s’amusaient avec la logique comme des enfants peuvent jouer avec leur yoyo. Les idées s’affirment dans tous les sens, mais jamais en-dehors de leur systématique. Pour leur part, les péquistes ronronnent depuis 40 ans sur l’article 1 de leur programme qui est dans les faits une imposture de l’indépendance. D’autre part, tout ce que peuvent nous offrir les bloquistes après 17 ans de présence dans le parlement canadien, c’est cette proposition principale d’« Imaginer le Québec de demain ». Ne seraient-ils pas victimes de la propagande fédéraliste ainsi que de la doctrine elle-même du fédéralisme ?
L’indépendance dans une fédération ou une confédération
L’idée de la souveraineté est assez simple pour eux. En gros, elle se résume en une phrase : « L’indépendance dans une fédération (ou confédération) consiste à récupérer tous les pouvoirs dévolus à l’État central. » (Voir l’ANNEXE) Selon cette définition de Me André Joli-Coeur de Québec et candidat péquiste aux dernières élections provinciales, nous ne sommes pas très loin du Rapport Allaire et finalement de Mario Dumont et de l’ADQ cuvée 2007. Les souverainistes et les autonomistes québécois devraient savoir aujourd’hui qu’il ne suffit pas de se contenter de décentraliser le Central ! N’en finirons-nous donc jamais avec l’optique fédéraliste ? Il revient aux souverainistes de bien comprendre que la dynamique de toutes les sortes d’union fédérale consiste à fédéraliser, à centraliser. Belle tautologie ! mais elle « marche » pour les défenseurs de l’idéologie fédéraliste. Les autonomistes ou les souverainistes ne sont à toute fin pratique que des provincialistes (cf. ANNEXE).
Au fond, les souverainistes péquistes et bloquistes recherchent tout simplement un type d’autonomie politique pour le Québec dans une fédération canadienne remodelée accordant des pouvoirs accrus au Québec seulement à cause de sa différence provinciale (cf. ANNEXE). Ils croient nous annoncer l’indépendance du Québec tout en admettant l’existence d’un organe central au sein d’une union canadienne dont il nous est très difficile de concevoir les contours. Le discours est ondoyant à souhait et donne même dans l’utopie.
La fuite en avant est une des caractéristiques du mouvement souverainiste au Québec. Ses tenants imaginent un Québec de demain, ils rêvent d’un pays, ils dessinent dans le détail les traits de la société québécoise de l’avenir (ce « projet » de pays), ils écrivent une constitution pour un État provincial, ils cherchent des ajustements dans la réforme du vote proportionnel, ils sont pacifistes, ils s’accrochent au protocole de Kyoto, ils souhaitent obtenir une société juste et solidaire, bref, ils prêchent constamment la vertu. Finalement, ils reportent systématiquement à plus tard l’objectif même de leur existence. Qu’il est beau de les entendre pérorer sur tous ces sujets et, en revanche, avoir tant de difficultés à prononcer le mot indépendance. Le 26 mars dernier, le citoyen « moyen » a décidé de reléguer les péquistes au rang d’un tiers parti à l’Assemblée nationale et de laisser passer Mario Dumont au poste de Chef de l’opposition à Québec.
Après les démissions successives des cinq chefs du Parti québécois depuis 1976 et du possible départ d’André Boisclair, il est à se demander où se trouve le problème chez ces souverainistes. Ils croient au Québec comme à la prunelle de leurs yeux mais à l’occasion d’un coup dur ou d’une insatisfaction personnelle, il quitte le bateau en proclamant toujours que le Québec souverain leur tient vraiment à cœur. Ils sont des lucides ! Il suffit de les voir aller (même après avoir quitté la scène politique active) pour constater à quel point ils sont tous très décevants. En réalité, si nous les comprenions nous n’aurions pas à être déçus. Ils sont tous des autonomistes associationnistes. De plus, ils sont imbus d’eux-mêmes et de leurs idées sur la nation québécoise qu’ils ont été obligée de circonscrire à l’intérieur d’un Canada uni. Maintenant qu’ils n’ont plus rien à nous dire de sérieux, ils nous répètent qu’ils défendent les intérêts supérieurs du Québec à Ottawa – et bien sûr à Québec.
Depuis le 26 mars…
Depuis le 26 mars dernier, les Québécois-Français, en particulier, sont chamboulés. Ils croyaient dur comme fer qu’un seul parti politique, le PQ, pouvait leur donner l’indépendance. Ils croyaient aussi que le BQ aurait pu influencer suffisamment au Central pour modifier les effets centralisateurs des politiques du gouvernement fédéral. À tous ces naïfs du souverainisme à deux, nous tenons à rappeler « Les deux solutions à la « question nationale » et les « options possibles » d’après l’analyse sociohistorique de Maurice Séguin au sujet de l’annexion du Canada-Français au Canada-Anglais. Les souverainistes péquistes et bloquistes comme tous les autres partis d’obédience souverainiste devraient réfléchir sur la grave question de l’ANNEXION d’une nation par une autre nation. Cette analyse est projetée à partir de l’optique indépendantiste (voir Les Normes, chap. 3, sect.10, division 1.-4).
et les options possibles
Y) La « question nationale » n’est pas une voie à sens unique.
Il est aussi intelligent et légitime d’aller
– soit vers l’indépendance,
– soit vers [l’annexion et] l’assimilation totale.
Ces deux solutions se rejoignent...
Z) La politique du « possible » :
1o) monter vers l’indépendance...,
2o) accepter lucidement l’annexion...,
3o) se laisser glisser vers l’assimilation (de préférence totale),
sont des options qui peuvent se justifier.
Accepter lucidement l’annexion inévitable,
faire face lucidement à la provincialisation
qui s’impose par la force des choses,
c’est tirer parti de la réalité « obligatoire »,
c’est logique et nécessaire.

On doit comprendre le paragraphe Y) à partir de la norme qui suit : « La cause de l’assimilation est l’annexion prolongée… » D’où les deux solutions qui peuvent mettre fin à l’annexion : l’indépendance ou l’assimilation. Toutefois, il existe trois options dans « la politique du possible » (cf. le paragraphe Z). Par conséquent, les subdivisions Y et Z doivent être vues comme un tout.
Dans un premier temps, l’auteur signale qu’il y a « deux solutions » à envisager. Toutefois, la politique du « possible » suggère trois « options » qui se justifient. Conséquemment, l’état de la situation est à peu près celui-ci : ou accepter « lucidement l’annexion » ou l’accentuer parce que la nation minoritaire y fait « montre de trop de zèle » ou, encore, savoir « ce que c’est que l’indépendance » et « attendre l’occasion… si jamais… » Voilà le très grand réalisme de Maurice Séguin devant l’impasse québécoise. Il se réserve toutefois un « si jamais » en guise de conclusion. Cette conclusion doit être rapprochée de celle de sa thèse de doctorat en 1946 : « Les Canadiens, écrivait-il, peuvent se réserver l’espérance. » (Cf. La Nation « canadienne » et l’agriculture (1760-1850).
Il faut signaler ici que malgré ses doutes sérieux sur l’avenir des Canadiens (français), cet historien est capable d’un espoir modéré fondé sur une connaissance de l’histoire et sur les capacités surprenantes de n’importe quelle société. Il est conscient que la réponse repose entre les mains d’une équipe qui souhaite « maîtriser et réussir sa vie collective selon sa fin propre ». Ce serait cette forme de nationalisme naturel que pourrait pratiquer consciemment une collectivité nationale désireuse d’accéder à son indépendance nationale.
Pour résumer, nous dirions que c’est là que réside tout l’espoir de Maurice Séguin. L’accuser de pessimiste serait mentir ou refuser de comprendre Les Normes. Finalement, le paragraphe Z) représente le testament de Maurice Séguin dont l’œuvre est de nous faire comprendre « ce que c’est que l’indépendance ». L’élite souverainiste dans l’embarras
En conclusion, l’élite souverainiste actuelle doit comprendre qu’elle ne peut faire fi des nombreux avertissements qu’elle a reçus et de ses membres et de la société québécoise. En déroute, elle n’est pas plus lucide aujourd’hui que le citoyen ordinaire. Quant aux indépendantistes raisonnables, ils ont compris depuis belle lurette que cette formation politique nationaliste ne veut que gouverner une province avant le Grand Soir qui lui serait servi un jour sur un plateau d’argent et sans effort, par la population québécoise en liesse. Enfin, on vous la donne l’indépendance, les petits amis ! Ce n’est pas ce qu’ils ont fait le 26 mars dernier.
Trop de suffisance et de naïveté politique a placé le PQ en troisième place sur l’échiquier parlementaire. La situation est pour le moins très décourageante et certainement très pénible à accepter pour les tenants du souverainisme (cf. l’ANNEXE). Nous croyons que les indépendantistes espèrent beaucoup trop des mécanismes électoraux et de la force d’un parti souverainiste qui préparerait le MOUVEMENT susceptible de gagner les Québécois et les Québécoises à la cause de l’indépendance du Québec. Quarante ans de militantisme péquiste viennent de se solder par un échec cuisant. Son chef actuel fait des apparitions, mais savons-nous où il veut aller ?
Le redressement exigerait beaucoup plus que des corrections mineures à l’article 1 du programme, car c’est la conception même de l’indépendance du Québec qui est en cause. Leur option souverainiste associationniste ne fonctionne pas auprès de la population. Hélas ! ils continuent quand même à raisonner dans l’optique fédéraliste. En fait, ils veulent renverser Trudeau, le déboulonner de son piédestal, pour donner au provincialisme un poids plus grand au sein d’un système politique canadien moins centralisé. En plus, ils comprennent mal que le Canada-Anglais ne restera pas immobile pour se laisser marcher sur les orteils. Comme l’a déclaré fermement Louis S. Saint-Laurent à l’autonomiste Maurice Duplessis, il y a plus de 50 ans, « le Québec est une province comme les autres ». Les boniments d’« ouverture » du Canada-Anglais sont à prendre avec circonspection.
Au lieu de toujours étaler à la face de l’opinion publique nos mêmes états d’âme, le combat bien organisé vers des objectifs politiques menant à l’indépendance du Québec doit s’organiser de manière systématique. L’union de tous les indépendantistes s’impose afin de créer le MOUVEMENT qui permettra l’accession du Québec à l’indépendance. Il semble bien que la lumière ne viendra pas du Conseil de la souveraineté tel qu’il existe et tel qu’il fonctionne en ce moment.
• D’après le Dictionnaire Encarta français Nom commun - masculin
1. [politique] refus de voir intégrer son pays dans un ensemble plus vaste
• la méfiance du souverainisme envers l’idée européenne
2. [politique] attitude consistant à prôner l’indépendance de sa province hors d’un gouvernement fédéral (québécisme)
• le souverainisme québécois
En complément à cette tentative de définition du souverainisme, nous suggérons de lire l’article d’Alain Bloedt dans Europeplus.net sur « Fédéralisme et souverainisme ». Nos souverainistes québécois pourraient réfléchir sur cette déclaration du député conservateur britannique au Parlement européen, Roger Helmer : « Nous ne voulons pas de gouvernement supranational à Bruxelles. Nous voulons être gouvernés par nos propres représentants élus qui siègent à Westminster, non par une bande d’eurocrates ! ».
* * *
C’est le cas de le dire, un problème de sémantique fort intéressant. Quant à la seconde définition du dictionnaire Encarta, si c’était le cas au Québec, il y a longtemps que la souveraineté se serait réalisée. Or, il y a toujours cette « maudite » idée de l’association, d’une union quelconque, dans un type de fédéralisme soit « très peu » ou « peu » centralisé qui flotte toujours dans l’air et embrouille les esprits. Ce qui est la conséquence de l’annexion dont se moque le clan des autonomistes fédéralistes (ou provincialistes). Il serait plutôt question de régionalisme. Il y en a d’autres qui ne cessent de chialer et de pester contre le fédéralisme quand ce n’est pas tout simplement de ronronner dans le sillon de notre nationalisme ancestral atavique qui nous a donné d’un seul coup les Lévesque et les Trudeau et qui sait demain les Dion et les Charest. L’histoire est tellement surprenante qu’on ne verra jamais tout de notre vivant. L’avenir est toujours incertain et imprévisible.
PROVINCIALISME
• D’après le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) ;
subst. masc.
B. Attitude favorable à une province, à ses particularités ; attachement plus ou moins passionné à une province face à l’État.
REM. Provincialiste, adj. et subst. (Celui, celle, ce) qui est attaché(e) à une province, qui la défend. • D’après Le Nouveau Petit Robert (1994)
n. m.
Mentalité provinciale. Voir Provincial.
Provincial, adj. et n.
4. (Canada, 1867) Qui concerne le gouvernement d’une province (opposé à fédéral). Gouvernement provincial.
• Quatre références avec des extraits :
1. – Blog « L’ancien et le moderne »
L’américain Thomas Stearns Eliot (1888-1965) nous met en garde contre un autre type de provincialisme, celui du temps. « À notre époque, écrit-il dans son essai sur Virgile en 1944, où les hommes sont plus que jamais enclins à confondre sagesse avec savoir, savoir avec information, où ils tentent de régler leurs problèmes avec la technologie, on voit apparaître une nouvelle sorte de PROVINCIALISME qui mériterait sans doute un autre nom. Il ne s’agit pas d’un provincialisme lié à l’espace et à l’éloignement du centre mais d’un PROVINCIALISME du temps. »
2. – Mario Beaulieu dans L’Aut’Journal
Certains dirigeants souverainistes en sont venus jusqu’à taxer de PROVINCIALISTE la revendication de mesures législatives visant à rétablir le français comme la langue commune et officielle et donc, à exclure le bilinguisme institutionnel. Il semble que plusieurs en sont venus à voir le bilinguisme canadien comme le modèle d’un aménagement linguistique national. […]
Il ne faut pas que les souverainistes se cantonnent dans l’attentisme stratégique et qu’ils cautionnent un rapetissement PROVINCIALISTE de l’aspiration nationale de faire du français la langue commune.
3. – Bruno Deshaies, « Fable comparative entre l’actif et l’agir. Ou de la compréhension de l’AGIR sous trois aspects dans toute société civile. » Dans INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 264, Chronique de Vigile jeudi 2 novembre 2006.
Le contenu de ce texte a l’avantage de mettre en évidence un fait très important, à savoir que l’indépendance n’est pas qu’une question de liberté et d’identité dont les nationalistes souverainistes abusent abondamment. L’indépendance est principalement cette capacité de mettre la prédominance sur l’AGIR collectif. À cet égard, il n’y a pas de palliatifs simples. Les Bernard Landry ou les Gérard Bouchard n’y parviennent pas vraiment. Ils sont dans le discours de l’égalité, de l’identité, de la fierté quand ce n’est pas dans celui de la dignité, de la liberté et enfin celui du « goût de l’avenir ». Essayez d’accrocher le discours indépendantiste véritable à ces concepts et vous pourrez vous dire que vous pouvez vraiment en faire autant dans le « PROVINCIALISME », c’est-à-dire dans l’esprit « de ceux qui croient qu’une « nation » peut se contenter d’être « province » d’une autre nation » (cf. Maurice Séguin. Les Normes, Chapitre deuxième, subdivision B-3 : 5-b. Un thème « à reprendre » selon l’auteur, car il concerne l’ANNEXION). Donc, à quoi bon faire l’indépendance, si le peuple québécois peut aussi bien s’épanouir dans le régime actuel, diraient les fédéralistes... Ce danger guette la pensée des souverainistes plus revendicateurs seulement qu’indépendantistes.
4. – Consulter le Dictionnaire allemand-français
Il est intéressant de noter le nombre d’usage du mot allemand « provinz » dans différentes acceptations. Voici une liste de mots utilisés en allemand à partir du mot « provinz » et traduit en français.
Provinz (-, en) [f] province [f] [région] ; département [m] in der Provinz en province die tiefste / finsterste / hinterste Provinz le fin fond de la province ; le trou ; le bled bischöfliche / erzbischöfliche Provinz province ecclésiastique Provinzausschuss (es, "e) [m] commission [f] provinciale Provinzbewohner (s, -) [m] provincial [m] Provinzbewohnerin (-, nen) [f] provinciale [f] Provinzblatt (s, "er) [n] feuille [f] / journal [m] de province Provinzbühne (-, n) [f] théâtre [m] / scène [f] de province Provinzhauptstadt (-, "e) [f] capitale [f] provinciale Provinzialisierung (-) [f] provincialisation [f] Provinzialismus (-) [m] provincialisme [m] provinzialistisch provincialiste Berlin ist so provinzialistisch was die Verwaltung angeht. Berlin est si provincialiste en ce qui concerne l’administration. Provinzialist (en, en) [m] provincialiste [m] Ein « merikanischer Provinzialist » entdeckt die Klänge der Welt. Un "provincialiste américain" découvre les musiques du monde. provinziell provincial ; de province Provinzielle Misswahl Élection provinciale de miss Provinzler (s, -) [m] provincial [m] Provinzlerin (-, nen) [f] provinciale [f] provinzlerisch provincial ; d’une manière provinciale Provinzmädchen (s, -) [n] (jeune) fille [f] provinciale Provinznest (s, er) [n] bled [m] Provinzlertum (s) [n] provincialisme [m] Provinzschulrat (s, "e) [m] inspecteur [m] d’académie Provinzstadt (-, "e) [f] ville [f] de province Provinztheater (s, -) [n] théâtre [m] de province Provinzzeitung (-, en) [f] journal [m] régional

